Les masques marocains de protection sont-ils efficaces? Voici les réponses

La qualité des masques produits localement est au cœur des débats. L'équipe de Médias24 est allée à la rencontre des producteurs de masques à Imanor et aux centres techniques qui en contrôlent la qualité. Voici les réponses à toutes les questions. 

Les masques marocains de protection sont-ils efficaces? Voici les réponses

Le 10 avril 2020 à 16h56

Modifié 11 avril 2021 à 2h45

La qualité des masques produits localement est au cœur des débats. L'équipe de Médias24 est allée à la rencontre des producteurs de masques à Imanor et aux centres techniques qui en contrôlent la qualité. Voici les réponses à toutes les questions. 

Alors que les Marocains rencontrent encore des difficultés à se procurer les masques de protection dont le port est devenu obligatoire, des voix se sont élevées pour interroger la qualité des masques produits au Maroc. On évoque des masques de « mauvaise qualité », « hors normes » et qui « n’ont de protection que le nom ».

Sans chercher à savoir si ces attaques sont fondées ou pas, les consommateurs sont en droit de se demander si les masques qu’on les oblige à porter pour les « protéger » sont à même de remplir cette mission de protection.

En réponse à ces interrogations, le ministère de l’Industrie et du Commerce a ouvert à la presse les portes d’une des usines de production et celles des différents centres techniques de contrôle et d’essais impliqués dans le contrôle du produit fabriqué. 

Voici une visite à l’intérieur d’une usine de production filmée dans la matinée de ce vendredi 10 avril (vidéos: Mouad Jamali Idrissi):

Pourquoi les masques sont obligatoires aujourd’hui

Mais avant de se pencher sur le sujet de la qualité de production des masques fabriqués localement à l’heure où ils sont introuvables dans d’autres pays et que les gens sont amenés à fabriquer des masques de fortune, il est nécessaire de rappeler le contexte.

Dès l’annonce des premiers cas de Covid-19 sur le sol marocain, la demande pour les masques a augmenté. Les masques médicaux ont été pris d’assaut, au point d’être en rupture.

Et comme partout dans le monde, l’Etat a réquisitionné le stock des masques médicaux pour sécuriser cet équipement pour le personnel soignant et les malades. C’est d’ailleurs une des raisons qui, au début de l’épidémie, a poussé l’OMS et les différents pays à ne pas recommander le port de masques à toute la population pensant que les autres mesures barrières, notamment le confinement, sont largement suffisantes.  

Or, la variable des porteurs sains c’est-à-dire les porteurs du virus asymptomatiques a changé la donne. La propagation du virus se poursuit justement car il y a des personnes contaminées et contagieuses qui ne présentent aucun symptôme et le propagent sans le savoir. C’est pour maîtriser cette variable que l’OMS a fini par recommander la généralisation du port de masques.

Les différents types de masques

Ce qui nous amène à se demander, quel type de masque est recommandé pour le grand public car il y en a plusieurs :

– Les masques FFP2 qui ont une double filtration de l’air à l’intérieur et à l’extérieur. Ils sont utilisés par les personnes qui évoluent dans un environnement avec des particules dangereuses pour l’homme (industrie). Et dans le cadre du Covid-19, ils sont recommandés pour le personnel soignant. Ce type de masque à usage médical est classé comme dispositif médical. Il est régi par la norme marocaine NM EN 149.

– Les masques chirurgicaux qui ont une filtration de l’intérieur vers l’extérieur. Ils sont recommandés pour les malades et les cas contacts. Ce type de masque est classé comme dispositif médical. Il est régi par la norme marocaine NM EN 14683.

– Les masques de protection grand public. Ce sont des masques dont la qualité et les prix varient en fonction des producteurs. Avant la crise du Covid-19, ils ne disposaient pas d’une norme particulière.

Mais avec la crise du Covid-19, le masque de protection grand public dit masque-barrière est devenu un produit prisé. Et depuis qu’il est recommandé par l’OMS pour contrer l’épidémie, il doit répondre à des objectifs bien précis :

– limiter au maximum le passage des postillons et des aérosols au travers du masque

– protéger contre les agents pathogènes externes

– empêcher les gens de se toucher le nez et la bouche

Pour répondre à ces objectifs, un comité de normalisation s’est réuni au cours du mois de mars pour fixer des normes marocaines en la matière. Il en résulte la NM ST21.5.200 fixant le cadre normatif des masques de protection non tissés qui a été exigé par le ministère aux différents producteurs impliqués dans ce nouveau « écosystème » mis en place pour sécuriser la production locale.

Que dit la norme marocaine ?

Ce qui nous ramène à la question de la qualité des masques produits au Maroc et à leur efficacité. Excluons d’abord le prix de l’équation. Ce n’est pas parce que son prix est de 0,80 DH l’unité, qu’il est de mauvaise qualité. Son prix est subventionné par le fonds Covid-19.

Il reste donc les autres spécificités techniques. Comment cette norme a été fixée ? « La norme marocaine a été conçue sur la base des standards internationaux relatifs à deux normes, celle des semi-masques utilisés dans l’environnement industriel et les masques à usage médical. Nous avons pris les importantes dispositions de chacune de ces deux normes pour les adapter au contexte actuel afin qu’elle protège du Covid-19. Nous avons aussi enrichi cette norme par d’autres dispositions relatives aux spécificités de la matière première utilisée et aux conditions d’hygiène », explique Abderrahim Taïbi, DG de l’Institut marocain de normalisation (Imanor). 

« Comme toute norme, la NM ST21.5.200 est évolutive et peut être améliorée. La porte est ouverte à tous les experts marocains et toutes les compétences pour faire des propositions qui nous permettraient d’avoir une norme marocaine complète », ajoute-t-il. 

Medias24 a consulté le document de référence de la norme. Ce document spécifie « les exigences de construction et de performance, ainsi que les méthodes d’essai des masques de protection en tissu non tissé destinés à limiter la transmission d’agents infectieux (gouttelettes, projections, …) de personnes pouvant présenter un risque d’infection virale vers leur voisinage ».

« La conformité à la présente spécification technique permet également de s’assurer que le masque en tissu non tissé peut être utilisé par le porteur pour le protéger, avec une probabilité élevée, contre le risque de son infection virale par son voisinage », est-il assuré sur le document. 

Parmi les exigences de la norme marocaine, le masque en tissu non tissé doit :

– couvrir le nez, la bouche et le menton, et doit être équipé de moyens garantissant que le masque est bien ajusté sur les côtés.

– assurer une étanchéité suffisante vis-à-vis de l’atmosphère ambiante au niveau du visage du porteur, lorsque sa peau est sèche ou humide et lorsqu’il bouge la tête.

– être de nature hydrophobe avec des mailles de la couche intermédiaire de taille variant entre 2 et 5 micromètres, suffisantes pour empêcher la transmission d’agents infectieux, et sans causer aucune difficulté respiratoire à son porteur.

– être composé de trois couches filtrables superposées en tissu non tissé, et doit satisfaire les caractéristiques suivantes : la couche interne et celle externe ont chacune a un grammage minimal de 20 g/m²; la couche intermédiaire a un grammage minimal de 50 g/m².

– avoir une largeur totale minimale du masque ouvert de 150 mm, une longueur minimale du masque de 150 mm et disposer d’un minimum de 2 plis.

– Les parties du masque susceptibles d’entrer en contact avec la peau du porteur ne doivent pas présenter de risques connus d’irritation ou d’effets indésirables pour la santé.

– Le ph des couches internes et intermédiaires doit être compris entre 6 et 8.

– Les parties du masque susceptibles d’être en contact avec le porteur doivent être exemptes d’arêtes vives et de bavures.

– La jonction entre les trois couches formant le masque doit se faire par ultrason avec un minimum de deux soudures latérales.

– La couche externe doit être de couleur différente de celle d’un masque chirurgical (blanc, vert et bleu).

Ces exigences assurent-ils une qualité optimale ?  » Comme je l’ai précisé, nous avons mis en place des normes basées sur des standards internationaux. Sachez que la norme marocaine exige ce qu’il se fait de mieux en la matière. Après la publication de notre norme, une norme française a été publiée. Les deux normes sont très proches, les mêmes points de vue sont partagés car il n’y a pas eu d’expériences et de tests spécifiques au sujet de ce virus. On puise dans ce qu’il y a au niveau de la réglementation pour l’adapter au contexte actuel. Donc, au niveau du contenu technique, je tiens à rassurer les Marocains sur le sérieux des exigences techniques qui restent évolutives », répond Abderrahim Taïbi.

Voici la procédure des essais et tests de contrôle des masques, effectuée par le Centre technique de plasturgie et de caoutchouc (CTPC) et le Centre Technique du Textile et Habillement (CTTH).

Un arrêté fixant des exigences techniques obligatoires en cours de finalisation

Cela dit, toutes ces exigences ne sont pas obligatoires. Il faut savoir que cette norme est utilisée par les producteurs agréés par le ministère. Rien n’empêche d’autres producteurs ou des acteurs dans l’informel de se lancer sur ce marché sans respecter ces exigences, ni d’établir le prix de 0,80 DH qui est spécifiquement fixé pour les masques répondant à la norme ST 21.5.200.

Cela peut créer une confusion au niveau du marché en termes de qualité et de prix. Il peut même engendrer un risque sanitaire car le port d’un masque de protection, qui plus est ne répondant pas à la norme, peut donner un faux sentiment de protection à son utilisateur et entraîner ainsi un relâchement au niveau des autres gestes barrières. 

Comment s’assurer donc que touts les masques sur le marché respectent la norme  ? « Le ministère de l’Industrie occupe pleinement son rôle de supervision et de contrôle du marché pour s’assurer que les masques vendus respectent les exigences spécifiées », répond le DG d’Imanor. 

Selon nos informations, le ministère de l’Industrie et du Commerce travaille actuellement sur un projet d’arrêté spécifiant des exigences techniques pour tout masque de protection grand public vendu sur le marché.

Ces exigences inspirées de la norme citée plus haut seront obligatoires. Ainsi, tout masque qui n’y répond pas ne peut être vendu. L’arrêté est en cours de finalisation au niveau du SGG.

Ainsi, le gouvernement coupera l’herbe sous les pieds de ceux qui voudront faire des masques, un business informel lucratif en ces temps de crise.

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