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Viol de Oumaima: des versions contradictoires

Une affaire de viol à Casablanca fait polémique. La victime, mineure, est hospitalisée à Ibn Rochd en attendant l'aboutissement des investigations. Des versions contradictoires sur la teneur du dossier. 

Viol de Oumaima: des versions contradictoires
B.M. et A.E.H.
Le 24 janvier 2020 à 11h14 | Modifié 11 avril 2021 à 2h44

Une affaire sordide, des investigations en cours. Oumaima, 17 ans, est actuellement hospitalisée au CHU Ibn Rochd à Casablanca. Quelques semaines plus tôt, elle aurait été séquestrée, battue et violée par une vingtaine de personnes. A ses dires, le cauchemar a duré 20 jours.

"Ma fille est dans un état très critique, les médecins m’ont dit qu’elle doit rester à l’hôpital. Les gens me disent de ne pas trop parler dans les médias car ma fille risque de ne plus se marier. Le corps et la vie de ma fille ont été détruits. Quelle vie peut-elle encore avoir?". Désorientée, Nadia, la mère, squatte les abords du CHU depuis quelques jours.

Il en est de même pour Khadija, la grand-mère: "Depuis qu’elle a été hospitalisée (le 10 janvier selon les proches), je fais des allers-retours pour m’enquérir de l’évolution de son état de santé. Nous n’avons même pas de quoi lui payer les médicaments", se plaint cette septuagénaire, vendeuse de persil.

"La police a diligenté une expertise médicale dont les conclusions ne nous ont pas été communiquées", rapporte Walid Bensalima, président de "Sayidati Marocaine". Cette ONG locale "assure à Oumaima l’assistance juridique", affirme-t-il. Pour l’heure, aucun avocat n’a été engagé.

"Ils en ont interrogé trois. Deux d’entre eux ont été relâchés avant-hier", nous dit M. Bensalima à propos des suspects. "Un individu a été arrêté. Deux autres ont été identifiés et font l’objet d’un avis de recherche", indique pour sa part une source policière.

L’enquête en est au stade préliminaire. Ses résultats devront mieux nous éclairer sur les faits, leur teneur et leurs auteurs. Pour l’heure, nos recherches ont buté sur une série de déclarations contradictoires, partielles et pas souvent chronologiques. Mais avec le viol pour dénominateur commun.

L’événement est relaté par la victime elle-même lors d’une interview accordée à Chouf TV, diffusée le 14 décembre 2019 sur Youtube. Elle y décrit son calvaire. "On m’a agressée à Lahraouyine. Ils m’ont séquestrée, battue et violée pendant environ 20 jours", dit-elle.

"Je faisais une course pour ma grand-mère à 13h (…) Il a brandi son sabre et m’a frappée lorsque j’ai refusé de l’accompagner. Les gens étaient là, mais n’ont pas pu m’en débarrasser. Il m’a emmenée de force sur son triporteur".

Direction Lahraouiyine (communément appelé par les Casablancais le 'Chichan'), quartier désœuvré situé dans la périphérie de Casablanca. "Il m’a placée dans une baraque. Il a appelé ses amis. Tous m’ont violée. Chaque jour, 20 personnes venaient, me frappaient et me droguaient pour que je ne mémorise rien. Quand je me réveillais, je me retrouvais toujours au milieu de poignards", poursuit Oumaima. Elle dit ne plus se rappeler de ses agresseurs.

"Ils m’ont retenue pendant 20 jours. Je ne pouvais pas m’échapper. Ils m’ont confisqué mon téléphone (…) Je criais, mais personne ne venait à ma rescousse (pleurs). Nous étions dans un endroit isolé." Elle sera finalement libérée par l’un des protagonistes.

Ce récit en cache un autre, antérieur. "Il y a eu deux viols. Le premier en décembre 2018, le deuxième à fin 2019. Les deux personnes impliquées la première fois sont les mêmes qui l’ont séquestrée et violée la deuxième fois. Cette fois-ci, ils ont rassemblé tous les vagabonds de Lahraouyine pour abuser d’elle. Ils l’ont fait par vengeance car elle avait porté plainte en 2018", accuse M. Bensalima.

La version de la police 

Une version dont la DGSN ne valide, pour l’heure, que la première partie. Quelques heures après la médiatisation de l’affaire, la préfecture de police de Casablanca a diligenté une enquête, qui consistait pour l’essentiel à réexaminer la procédure effectuée par la brigade de la police judiciaire (Moulay Rachid) après la première plainte en 2018.

En revenant au dossier, les enquêteurs découvrent ainsi que le 13 août 2018, la grand-mère s’est présentée devant la police de Hay Moulay Rachid pour déclarer la disparition de sa petite fille. Une procédure de recherche est alors lancée. Quelques semaines plus tard, Oumaima se présente spontanément au commissariat. Accompagnée de sa grand-mère, elle porte plainte contre deux individus qu’elle accuse "d’attentat à la pudeur" et de "séquestration".

Le premier mis en cause "est un individu avec lequel elle entretenait une relation antérieure", selon ses déclarations à la police. Les faits qu'elle rapporte, eux, ont eu lieu au domicile de l’intéressé. La plaignante déclarera également avoir été abusée par un complice, mais sans dévoiler son identité.

Le premier suspect est arrêté le 10 juin 2019. Or, à cette date même, la grand-mère dépose un désistement de plainte. Au même moment, Oumaima avait "quitté" une deuxième fois le domicile familial. Une autre procédure de disparition est alors mise en marche.

Par ailleurs, et malgré le retrait de la plainte, le premier accusé sera présenté devant la justice, tandis que les recherches étaient en cours pour l’arrestation du deuxième.

Suite aux premières sorties médiatiques où la victime et sa grand-mère évoquent "le viol par 20 personnes", Oumaima est convoquée, puis auditionnée par la police. Selon la DGSN, "elle s’en est tenue à ses déclarations antérieures, affirmant qu’elle a été abusée uniquement par le même suspect qui était sous le coup d’une condamnation ainsi que son complice recherché, et ce contrairement à ses déclarations médiatiques". 

Après la diffusion de l’interview de Chouf TV, Oumaima sera de nouveau sollicitée par les enquêteurs. Pour recueillir sa plainte, ils se déplacent eux-mêmes au domicile de la victime. Ils seront épaulés par des éléments de la cellule de prise en charge des femmes victimes de violence. Sur place, Oumaima "a refusé, de manière catégorique, de fournir une quelconque information ou d’introduire une plainte sur le sujet", explique la DGSN.

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B.M. et A.E.H.
Le 24 janvier 2020 à 11h14

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