Dardouri: « Les projets INDH se feront d’une manière évaluable et claire »

Préscolaire, accompagnement des jeunes, choix des associations, identification des responsabilités, suivi des projets… Mohamed Dardouri revient pour Médias 24 sur les leçons tirées des précédentes expériences et les nouveautés de la nouvelle phase de l’INDH.

Dardouri: « Les projets INDH se feront d’une manière évaluable et claire »

Le 2 octobre 2019 à 13h07

Modifié 11 avril 2021 à 2h43

Préscolaire, accompagnement des jeunes, choix des associations, identification des responsabilités, suivi des projets… Mohamed Dardouri revient pour Médias 24 sur les leçons tirées des précédentes expériences et les nouveautés de la nouvelle phase de l’INDH.

Après le lancement de la troisième phase de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), les critiques et les doutes refont surface. A quels critères obéit le choix des associations ? Comment se fera l’évaluation des projets ? Qui, des acteurs associatifs ou des responsables de l’administration centrale, devra rendre des comptes en cas d’échec ?

Mohamed Dardouri, wali coordinateur national de l’INDH, n’élude pas ces questions. Des phases précédentes, il a tiré des enseignements qui ont bâti les fondements de la nouvelle phase: engagements précis, suivi continu et obligation de résultats. Dans cet entretien, le wali revient sur les grandes lignes et les nouveautés de la phase III de l’INDH.

– Médias24: En quoi la troisième phase est-elle différente des autres?

– Mohamed Dardouri: Grosso modo, la troisième phase de l’INDH est venue renforcer les acquis et se recentrer sur le développement humain, notamment les générations montantes. Il y a ainsi quatre programmes, dont deux constituent un prolongement des phases précédentes : celui touchant aux infrastructures et aux équipements dans les communes qui souffrent d’enclavement et celui destiné aux personnes en situation de précarité. Ce dernier cible onze groupes allant des enfants abandonnés aux personnes âgées en passant par les personnes en situation de handicap et les femmes en situations difficile.

Quant au troisième programme, il est dédié à l’inclusion économique des jeunes. Il s’agit de les écouter et de les accompagner pour améliorer leur employabilité et les aider à créer des TPME. Le quatrième programme, lui, vise les générations montantes, accompagnant celles-ci à partir de la naissance. L’un des points essentiels est la santé de l’enfant et le préscolaire.

S’agissant d’ailleurs du préscolaire, l’INDH va accompagner le ministère de l’Education nationale notamment au niveau du monde rural, là où il n’y a pas d’école. En tout, c’est un budget de 18 milliards de dirhams sur cinq ans (2019-2023).

– Mais le préscolaire ne dépend pas que du ministère de l’Education nationale. Les écoles coraniques, nombreuses dans le monde rural, sont sous l’autorité du ministère des Habous. Comment allez-vous harmoniser le secteur ?

– Nous avons un programme pour couvrir tout le monde rural. Nous allons construire 10.000 unités de préscolaire et en réhabiliter 5.000. Cela fait 15.000 unités. Nous allons offrir un préscolaire de qualité et gratuit.

Maintenant, c’est aux parents et aux familles de choisir le modèle qui leur parait le plus idoine pour l’enfant. Notre objectif n’est pas de remplacer quelqu’un mais de mettre au service de chacun des citoyens marocains, notamment dans les douars les plus éloignés, des unités de préscolaire de qualité tant sur le plan de l’aménagement et de l’équipement que des éducateurs, formés pour accompagner ces enfants.

– Dans sa troisième déclinaison, l’INDH se donne pour mission de former les jeunes. Comment cette formation se matérialisera-t-elle ? Y aura-t-il des centres de formation propres à l’INDH?

– On ne fera pas de centre mais on va orienter ces jeunes là où il faut, là où il y a des centres (ceux de l’OFFPT). On pourra les aider aussi dans les langues.

En tout cas, l’INDH mettra en œuvre tout l’accompagnement qu’il faut aux jeunes qui le souhaiteraient pour qu’ils soient renforcés dans leurs capacités, notamment en matière de soft skills.

Il y a aussi l’exemple du Hackathon que nous avons organisé récemment autour de la thématique de la petite enfance. Des concours d’idées à travers le Maroc ont permis à plusieurs participants de bénéficier d’un accompagnement. C’est pour vous dire que les appels à projets se feront désormais d’une manière plus moderne.

– La réalisation sur le terrain des projets de la troisième phase repose sur la société civile. Ne craignez-vous pas que des associations y  voient une certaine forme de rente?

– La question est légitime, d’autant plus que l’expérience des quatorze dernières années nous a donné des leçons. Aujourd’hui, il y a un cahier des charges. Puis, on va travailler avec ce qu’on appelle des associations tête de réseaux, c’est-à-dire des associations qui ont de l’expérience, des structures, des administrations et des approches déjà élaborées. Et on travaille avec ces associations sur la base de conventions et de partenariats bien définis.

D’ailleurs, parmi les nouveautés de l’INDH, nous avons mis en place, au niveau organisationnel, tout un système de suivi et d’évaluation. Tout sera évalué et, à la moindre dérive, on interviendra pour rectifier le tir ou résilier. J’insiste sur le fait que tous les engagements sont contractuels. Il ne s’agira pas de donner de l’argent sans contrepartie.

– Durant les phases précédentes, il y avait aussi des engagements qui, pour certains, n’avaient pas été tenus. D’autant que vous reconnaissez vous-même, dans un diagnostic, que le « tissu associatif partenaire est hétérogène et atomisé »…

– Les enseignements des deux phases, c’est un peu ça: un partenariat clair et précis avec des responsabilités bien déterminées pour chacune des parties.

Que donnera l’INDH ? Pour quelle contrepartie ? Voilà la base du partenariat. S’ensuivra une évaluation à court, moyen et long terme.

Le choix des associations, j’insiste là-dessus, obéit à des critères précis. Par exemple, pour le préscolaire, notre partenaire est une fondation qui a dix ans d’expérience, avec beaucoup de salariés.

D’une manière générale, on estime que chacun doit remplir sa part du contrat: à l’INDH de donner les moyens et de tracer un cadre, à l’opérateur (association, fondation ou tout autre organisme) de faire le reste, car il le fait mieux que l’INDH.

Autre chose : on a prévu, dans le cadre de ces conventions, que ces associations « têtes de réseaux » doivent mettre à niveau les autres associations, car l’INDH n’exclura personne.

Vous parliez du caractère atomisé du tissu associatif, c’est un autre enseignement que nous avons tiré de notre expérience. Avant l’INDH, il y avait peu d’associations qui agissaient dans le domaine du social, puis il y a eu foisonnement avec l’avènement de l’INDH. Le moment est venu de professionnaliser les choses.

Que chacun fasse ce qu’il a à faire et d’une manière évaluable et claire. Et les associations qui n’ont pas assez de moyens vont travailler avec les leaders pour se hisser au niveau que nous souhaitons.

– Il y a une obligation de résultats?

– Bien sûr. Nous avons mis en place un pôle « suivi et évaluation », indépendant du pôle de mise en œuvre, qui aura pour rôle de suivre chaque étape.

Pour donner à nouveau l’exemple du préscolaire, on a mis en place avec l’association un système d’information en temps réel pour suivre l’état d’avancement des projets dans n’importe quel coin du Maroc. Si on remarque que quelque chose ne va pas, on réajuste tout de suite.

Avec le système de gestion scolaire Massar, il y a un identifiant qui accompagne l’enfant durant sa scolarité depuis le préscolaire, ce qui permettra de situer le niveau de la faille.

– Les actions de l’INDH impliqueront à la fois le comité régional, le comité provincial et le comité local de développement humain. Cela ne risque-t-il pas de diluer les responsabilités?

– La gouvernance est partagée avec au moins la société civile, les élus et l’administration.

Le comité local a pour rôle de diagnostiquer l’environnement « développement humain » (accouchement, situation des enfants en matière de nutrition…) et cela concerne tout le Maroc.

Puis, il y a le comité provincial dont le rôle est d’élaborer un plan pluriannuel de développement humain, étant donné qu’on ne travaille plus année par année mais avec une planification. Sa mission principale est de prendre tous les diagnostics des comités locaux et d’élaborer des plans pluriannuels en fonction des moyens disponibles et des convergences.

Une fois élaboré, cela monte au niveau de la région pour approbation du plan et allocation des moyens. Une fois les arbitrages au niveau de la région effectués, le plan revient vers la province, laquelle doit exécuter le plan en choisissant les acteurs. Tout ce qui est construction, c’est en général du ressort de la province mais le fonctionnement incombe aux associations.

Au niveau national, il y a un comité de pilotage et un comité stratégique. Le comité de pilotage réunit tous les ministres concernés par le développement humain pour qu’il y ait une coordination et la nécessaire convergence qu’il faut avoir à la base.

Si on considère que, dans telle ou telle région, il y a des besoins importants, on peut même demander aux ministères concernés d’allouer plus de moyens, même lorsque cela concerne d’autres programmes.

Il faut préciser que le budget de 18 milliards de DH de l’INDH, rapporté au nombre de bénéficiaires du Ramed, cela fait 300 DH par personne et par an. C’est vous dire qu’on ne peut pas tout faire avec ce budget.

Autre nouveauté: lors du dernier comité de pilotage qui s’est réuni à Skhirate, il a été proposé qu’il n’y ait pas seulement les ministres mais aussi, pour constituer une sorte de conseil d’administration, des personnalités étrangères expertes dans le domaine.

La discussion a concerné également la création de deux commissions, l’une ayant pour rôle de pérenniser le préscolaire (avec le ministère à l’Education et les Finances), tandis que la deuxième aura pour mission de réfléchir sur la nutrition.

En amont, par exemple avec l’Onssa, tout ce qui est fortification alimentaire, supplémentation et rajout de nutriment (farine, iode, huile) doit être fait dès le départ. Cela prémunirait les enfants contre les maladies générées par l’obésité ou le faible poids.

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