Faillite de Thomas Cook : la cellule de crise marocaine manque de réactivité
La faillite du voyagiste anglais a laissé des factures impayées à des hôteliers du monde entier. Réactifs, les Tunisiens ont obtenu du gouvernement anglais le remboursement d’une partie de leurs créances et mis en place un plan d'aide aux opérateurs locaux lésés. Selon une source ministérielle, les négociations ne font que commencer au Maroc et les résultats ne sont pas sûrs.
"Contrairement à nos amis tunisiens qui ont été très réactifs, et ont obtenu un remboursement des nuitées à partir du 23 septembre, la cellule de crise, mise en place par le ministre du Tourisme n’a encore obtenu aucun engagement financier de l’ambassadeur de Grande-Bretagne et encore moins de son gouvernement", nous révèle une source proche du département ministériel requérant l’anonymat.
En d’autres termes, il y a pour l’instant, peu de chances que les hôteliers marocains, qui hébergent depuis le 23 septembre les milliers de clients envoyés par Thomas Cook, soient remboursés rapidement par l’Etat anglais.
"Pour l’instant, nous ne savons pas si le gouvernement anglais va rembourser les nuitées (plus les repas, les transferts…) de tous les touristes envoyés par le voyagiste anglais.
"Quel que soit le volume qui sera pris en charge, le ministre tunisien du Tourisme a très bien négocié en obtenant le remboursement d’une partie des factures impayées à ses hôteliers.
"S’il n’a pas encore obtenu l’engagement du gouvernement anglais de régler la totalité des créances hôtelières de l’été (juin, juillet, août), les négociations qui ont débuté à l’annonce de la faillite continuent, et c’est un très bon début", ajoute notre interlocuteur qui espère que le ministre marocain obtiendra les mêmes résultats.
Sachant que selon plusieurs sources crédibles, les factures impayées aux hôteliers marocains s’élèvent à au moins 200 millions de dirhams, un grand hôtelier ex-partenaire de Thomas Cook nous fait part de son désarroi sur l’absence de résultats de la cellule de crise ministérielle.
"A ce jour, nous n’avons aucune nouvelle et surtout aucune visibilité pour recouvrir nos factures impayées.
"C’est d’autant plus étonnant que dans le tour de table de la cellule ministérielle de crise, siège le président de la CNT, partenaire de TC également lésé, à savoir, Abdellatif Kabbaj qui préside le groupe hôtelier Kenzi.
"Dans ce genre de situation, la réactivité est essentielle pour se faire rembourser rapidement, car si l’on doit passer par des tribunaux, cela prendra plusieurs années.
"Je ne sais pas quels étaient les arguments des Tunisiens pour faire plier le gouvernement anglais, mais au surlendemain de la faillite du voyagiste, ils ont obtenu des garanties de se faire rembourser, au moins en partie, sans compter la prise en charge totale des frais de rapatriement aérien", s’inquiète l’hôtelier qui parle d’une ardoise impayée qui concerne des dizaines de milliers de touristes anglais sans compter les Français, les Belges, les Allemands et les Hollandais. Au Maroc, seuls les touristes britanniques sont rapatriés par la Grande-Bretagne.
"C’est bien de parler de patriotisme et d’image du Maroc mais il ne faut pas oublier que les hôteliers font travailler des milliers de personnes qui font eux-mêmes vivre des centaines de milliers de parents.
"Si nous ne sommes pas remboursés d’une manière ou d’une autre, c’est notre chiffre d’affaires de juin, juillet et août qui va partir en fumée, c’est-à-dire le fruit de la haute saison en particulier sur Agadir", déclare notre interlocuteur qui attend toujours que la cellule de crise finisse par trouver un arrangement avec le gouvernement anglais dont les ressortissants étaient le 1er contingent de TC.
N’étant pas assuré contre ce genre de faillite, l’hôtelier affirme que le non-paiement des créances pèsera lourd sur son bilan, sans compter le fait qu’il devra licencier du personnel, en attendant de trouver un voyagiste capable de remplacer Thomas Cook pour remplir ses chambres d’hôtels.
Reste donc à espérer que le ministère marocain du Tourisme parvienne, à l’image de son homologue tunisien, à obtenir un remboursement au moins partiel des factures impayées de Thomas Cook.
Le ministre tunisien du Tourisme a également réuni son ministre des Finances, le directeur des impôts, les banquiers et les hôteliers, et un plan de soutien fiscal (crédit de TVA) et bancaire (crédits à taux zéro pour l'exploitation) a été conclu en un temps record.
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