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ECONOMIE

Depuis le Maroc, Sarkozy analyse l’économie mondiale de demain (Verbatims)

Invité d'honneur de la deuxième édition de l’université d’été de la CGEM, Nicolas Sarkozy a tenu en haleine une salle comble pendant plus d'une heure. Verbatims. 

Depuis le Maroc, Sarkozy analyse l’économie mondiale de demain (Verbatims)
Nicolas Sarkozy reçu à la CGEM en septembre 2019. Ph. MEDIAS24
Hayat Gharbaoui
Le 13 septembre 2019 à 18h32 | Modifié 11 avril 2021 à 2h43

Nicolas Sarkozy a fait son show à Casablanca ce vendredi 13 septembre. Très attendu, l’ancien président français n’a pas déçu. Son intervention lors de la deuxième édition de l’université d’été de la CGEM a été l’un moments phares de cette première journée.

Afrique, Maroc, ordre mondial, économie, démographie, … sont autant de sujets sur lesquels l’ancien président est revenu.

Voici quelques unes de ces déclarations.  

Bien évidement, il a d'abord évoqué le Maroc en avançant que le Royaume "est important pour l’équilibre méditerranéen, car c’est un pôle, je dis bien UN pôle, de stabilité". 

"Je n’ai pas beaucoup d’exemple de trajectoires où il y a eu autant de risques, autant d’étapes mesurées vers la modernité, cela ne veut pas dire que tout est résolu. Ici et notamment durant la période que j’ai bien connue du printemps arabe, le Maroc a donné une leçon de stabilité".

L'ancien président donne le ton. "Le devoir d’amitié doit s’exprimer dans la sincérité et la liberté de ton. Franchement, je ne suis pas là pour résumer ce qu’il y a dans le journal ou plus exactement ce qu’il n’y a pas dans le journal. Je vais vous parler très franchement".

Les institutions internationales à revoir

Premier sujet évoqué: celui de l'international, notamment avec la récente actualité du sommet du G7. Pour celui qui a présidé aux destinées de la France, membre du G7, l'écart entre la réalité du monde et les instances qui le dirigent est important. "Nous sommes au 21e siècle et nous avons les institutions internationales du 20e siècle. Ça ne peut pas fonctionner".

"Le premier G7 auquel j’ai assisté, j’ai tout de suite compris que ça n’allait pas. J’ai dit à l’époque à madame Merkel, que tour cela est ridicule. Les cinq invités du troisième jour représentent à eux seuls 2,8 milliards d’habitants et ils ne sont pas dans le coup. Quelle est la vérité ? Pendant cinq siècles, l’Occident à dominé le monde. C’est fini !"

"L’axe du monde a muté, à mon avis d’ailleurs assez définitivement, d’Ouest en Est. Quand vous pensez qu’au Conseil de sécurité, comme membre permanent, il n’y a pas un pays africain, il n’y a pas un pays arabe, il n’y a pas l’Inde, il n’y a pas le Japon, il n’y a pas un seul pays de l’Amérique du Sud… cela signifie que le marché mondial s’est installé sans que l’ordre mondial ne soit installé", analyse-t-il. 

"Nos institutions internationales ne correspondent plus à la réalité du monde".

"C’est un scandale qu’il n’y ait pas de pays sud-américain, africain ou arabe qui compte dans les grandes institutions internationales". 

 Crise ou pas crise ?

A la question de savoir si le monde est sur le point de vivre une nouvelle crise, imminente selon certains experts, Sarkozy répond que "celui qui prédit une crise ne peut pas se tromper car elle arrivera forcément".

"Grosso modo, ça fait dix ans que nous avons un cycle haussier. Je pense que les crises sont des opportunités. La crise est un vrai accélérateur de prise de décision. Elle permet de surmonter un immobilisme insurmontable en période de stabilité. Donc, c’est toujours une chance. Elle vous balaie ou elle vous change".

"Les risques de crise sont très grands, car si vous regardez l’évolution du PIB mondial depuis 1994, il a été multiplié par 2, et la masse monétaire mondiale multipliée par 16… On est entré dans une politique qui consiste à créer une monnaie qui ne correspond en rien à de la création de richesse".

"Le système de l’économie de marché a été tel que les institutions financières créaient de la monnaie au prorata de la création de richesse, et le delta c’était l’inflation". 

Pour l'ex-président, "il y a de l’argent, beaucoup d’argent qui n’a plus de valeur. Des taux d’intérêt négatifs. Cet argent doit donc s’employer, et cela est fait dans des pays ou secteurs spéculatifs … Ce dont on peut être certain, c’est qu’une bulle spéculative va certainement exploser".  

Pour résumer, Nicolas Sarkozy explique que nous sommes "dans un univers instable et dangereux, sans instances d’arbitrage. C’est Twitter qui sert d’instance de dialogue et d’arbitrage. En 40 mots, on formule une pensée, ça tombe bien car il n’y a pas de pensée". 

"Dans le système médiatique, la seule chose qui compte c’est le buzz. On ne parle jamais des questions essentielles mais toujours des questions d’images". Pour exemple, l’ancien président français choisit la thématique du dérèglement climatique.

 L'évolution démographique, une bombe à retardement

"Le dérèglement climatique est la conséquence d’un dérèglement démographique que le monde n’avait jamais connu", commence-t-il. 

"Je connais bien Lagos, 22 millions d'habitants. C’est formidable de mettre du tri sélectif à Lagos, mais si cette dernière passe à 42 millions d'habitants, tri sélectif ou pas, c’est une bombe climatique", ajoute-t-il. 

"Quand je suis né, il y avait plus de 2 milliards d'habitants sur la planète, nous sommes à 7,5 milliards d'habitants, ça été multiplié par trois... C'est une bombe démographique. Nous sommes à 7,5 milliards d'habitants, nous serons 9 milliards d'habitants dans 30 ans, 11 milliards d'habitants à la fin du siècle … Jamais, jamais, jamais, la planète n’a connu un choc de cette ampleur". 

"C’est certain, dans 30 ans, le Nigéria aura plus d’habitants que les Etats-Unis et c’est un sujet important notamment pour le Maroc qui était un pays d’émigration et qui est devenu un pays d’immigration".  

"Tout cela pour dire que parler du dérèglement climatique est tout à fait nécessaire, mais en parler en mettant sous le tapis le dérèglement démographique ça n’a aucun sens !".

"Entre des institutions internationales qui n’ont pas de sens, une création de monnaie qui n’a pas de sens, et une évolution démographique où il n’y a même pas une institution internationale pour suivre… à la fin de ce siècle, il y aura plus d’habitants en même temps sur la planète que si vous additionnez tous les êtres humains depuis 3 millions d’années". 

L'Afrique et l’Europe sont liées

Au sujet de l'Afrique, Nicolas Sarkozy a été on ne peut plus clair. "Les destins de l’Afrique et l’Europe sont liés. Nous sommes si proches que nous sommes condamnés à réussir ensemble ou à échouer ensemble". 

"Les progrès de l’Afrique sont trop lents et immédiatement dévorés par l’évolution démographique dont je parlais. Ça ne va pas assez vite pour éviter le drame !"

"Nous devons changer du tout au tout notre politique africaine et l’Afrique doit changer son analyse de l’Europe pour construire ensemble un modèle d’accélérateur de croissance en Afrique et en Europe". 

"En Afrique, ce n’est pas tant un problème d’éducation mais un problème d’infrastructures. Vous pouvez faire toute l’éducation que vous voulez si vous n’avez pas internet, l’électricité, les routes, l’aéroport, gares, ports,… comment vous faites ?", s'interroge l'invité d'honneur de l'université d'été de la CGEM.

"Il faut décider d’un gigantesque plan de réalisation d’infrastructures pour l’Afrique, c’est le seul moyen de stabiliser le flux migratoire. Pour cela je demanderai une modification complète du droit de la concurrence européen, et je ne veux être désagréable avec personne, mais il ne va pas y avoir les financements européens pour financer les chantiers des entreprises chinoises. Si c’est de l’argent européen qui financera les infrastructures en Afrique, ça doit être avec les entreprises européennes". 

Voici la retransmission totale de l'intervention de Nicolas Sarkozy: 

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Hayat Gharbaoui
Le 13 septembre 2019 à 18h32

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