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Tunisie: suspense total avant le premier tour de la présidentielle

Sept millions de Tunisiens sont appelés à voter dimanche 15 septembre pour la deuxième élection présidentielle libre de leur histoire, à l'issue d'une campagne qui laisse le suspense entier et a ranimé la flamme politique dans le berceau du Printemps arabe.

Tunisie: suspense total avant le premier tour de la présidentielle
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Le 12 septembre 2019 à 8h47 | Modifié 11 avril 2021 à 2h43

Vingt-six candidats, dont un en prison, des familles politiques éclatées, des programmes parfois peu différenciés: rarement l'incertitude aura été si forte dans ce pays qui a connu plusieurs scrutins depuis la révolution de 2011, dont une présidentielle en 2014, et a poursuivi sur la voie démocratique malgré les embûches.

"Il y a un peloton de favoris, et toutes les combinaisons sont possibles: même le Bon Dieu ne peut pas nous dire le résultat du premier tour, encore moins la suite", souligne l’éditorialiste Zied Krichen. "Cette élection est vraiment celle de l'incertitude", renchérit le politologue Hatem Mrad.

Si la ligne de partage était claire lors de la présidentielle de 2014, entre islamistes et anti-islamistes, ce n'est plus le cas dans le paysage politique de 2019, qui s'éparpille en plusieurs pôles, selon M. Mrad: islamistes, laïques, populistes et partisans de l'ancien régime.

Crise sociale

L'un des candidats en vue, le publicitaire controversé Nabil Karoui, poursuivi depuis 2017 pour "blanchiment d'argent", a été placé en détention provisoire trois semaines avant les élections.

La situation pourrait devenir ubuesque si M. Karoui passait le premier tour. Le sulfureux homme d'affaires s'est construit une forte popularité en organisant ces dernières années des distributions d'aide médiatisées dans les régions défavorisées, et la chaîne privée Nessma qu'il a fondée fait sa campagne au rouleau-compresseur.

Le Premier ministre Youssef Chahed, qui a démenti toute instrumentalisation de la justice dans cette affaire, fait également figure de poids lourd dans l'élection, même si son niveau de popularité interroge.

Le ministre de la Défense Abdelkarim Zbidi, l'universitaire indépendant conservateur Kais Saied, ou encore un opposant à la dictature de Zine el Abidine Ben Ali et ex-ministre, Mohamed Abbou, sont également cités.

Dans la famille islamiste, le populaire avocat septuagénaire Abdelfattah Mourou porte les couleurs du parti Ennahdha, qui a toujours été au pouvoir -seul ou au travers d'alliances- depuis la révolution.

Deux femmes, dont une avocate farouchement anti-islamiste, Abir Moussi, sont aussi sur la ligne de départ.

La campagne s'achève vendredi 13 septembre, sans qu'aucun candidat ne soit véritablement sorti du lot, en dépit de multiples débats à la radio et de soirées politiques télévisées très commentées, signe d'un regain d'intérêt après le désabusement des scrutins récents.

Deux à trois millions de téléspectateurs ont suivi chacune des trois soirées d'interviews politiques inédites organisées en début de semaine, durant lesquels 24 des 26 candidats ont répondu à des questions tirées au sort.

La lutte antiterroriste, thème longtemps omniprésent dans une Tunisie traumatisée par les attentats de 2015-2016, n'est plus au coeur des débats, remplacée par celui de la lancinante crise sociale et économique.

La révolution a apporté la liberté d'expression mais pas la prospérité économique, et la population est surtout préoccupée par un chômage endémique, des salaires maigres érodés par plusieurs années d'inflation élevée et de chute de la monnaie nationale, et l'incapacité de l'Etat à répondre aux attentes sociales.

Calendrier serré

Dans un pays où le "capitalisme de copinage" perdure selon la Banque mondiale, certains candidats "ne se battent plus pour le pouvoir mais pour la maîtrise des rouages de l'Etat afin de pouvoir faire des affaires", déplore M. Krichen.

Les prérogatives du président restent limitées dans le domaine social: en vertu de la Constitution de 2014, marquée par la volonté de tourner la page de décennies de pouvoirs personnels, c'est le Parlement qui prime.

Le calendrier initial prévoyait la présidentielle en décembre, mais la mort du président Beji Caïd Essebsi en juillet a bouleversé les échéances et les législatives, prévues le 6 octobre, sont passées à l'arrière-plan.

Les luttes de pouvoir qui ont entraîné des candidatures multiples à la présidentielle et le court laps de temps entre les deux élections risquent de compliquer les alliances, et de se traduire par une fragmentation du Parlement.

Pour ce 1er tour, de premières estimations devraient être publiées dimanche soir par des organisations de la société civile et des instituts de sondage.

L'instance d'organisation des élections (Isie) doit publier des résultats préliminaires le 17 septembre. La date du second tour n'est pas encore connue.

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Le 12 septembre 2019 à 8h47

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