Présidentielle en Tunisie: Ennahdha présente un candidat, une première
Le parti d'inspiration islamiste Ennahdha en Tunisie a présenté, mercredi 7 août, un candidat, Abdelfattah Mourou, à la présidentielle anticipée de septembre, une première dans l'histoire de cette formation.
L'annonce de cette candidature a été faite dans un communiqué laconique par le parti qui doit tenir dans l'après-midi une conférence de presse.
Abdelfattah Mourou, 71 ans, est chef du Parlement par intérim, depuis que son prédécesseur Mohamed Ennaceur est devenu président par intérim après le décès le 25 juillet du président Beji Caïd Essebsi à l'âge de 92 ans.
En 2011, 9 mois après la révolution qui a chassé du pouvoir le président Zine el Abidine Ben Ali et mis le pays sur la voie de la démocratie, Ennahdha avait remporté les législatives, le premier scrutin post-révolution.
Mais "c'est la première fois de son histoire que le mouvement présente un candidat à la présidentielle", a déclaré à l'AFP le porte-parole d'Ennahdha, Imed Khmiri.
"Le Conseil consultatif du parti a voté à une majorité de 98 voix en faveur de la candidature de Abdelfattah Mourou à l'élection présidentielle", a indiqué Ennahdha dans son communiqué.
Connu pour sa modération, Abdelfattah Mourou est l'un des membres fondateurs d'Ennahdha au côté de Rached Ghannouchi. Le parti a été fondé en 1981.
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Avant le décès du chef de l'Etat et le bouleversement du calendrier électoral, Ennahdha était réticent à l'idée de présenter son propre candidat à la présidentielle et misait sur un succès aux législatives prévues initialement avant la présidentielle pour laquelle il voulait jouer les faiseurs de roi.
Mais le premier tour de la présidentielle a été avancé au 15 septembre et les législatives sont prévues le 6 octobre.
Forte opposition
Les candidats à la présidentielle ont commencé à déposer le 2 août leur candidature. Mardi, 27 prétendants avaient déjà soumis leur dossier au siège de l'Instance indépendante chargée des élections (Isie).
Parmi eux, l'homme d'affaires et magnat des médias Nabil Karoui. Inculpé pour blanchiment d'argent, il se présente comme le candidat des plus démunis.
M. Karoui est un adversaire de taille pour le Premier ministre Youssef Chahed, candidat du parti Tahya Tounes.
Abir Moussi, pasionaria de l'ancien régime du dictateur déchu Zine el Abidine Ben Ali, s'est également enregistrée dans la course. Elle prône entre autres l'exclusion des islamistes dont ceux d'Ennahdha.
Les candidats ont jusqu'au 9 août pour déposer leur dossier. Le 31 août, l'Isie annoncera la liste de ceux qu'elle a retenus et la campagne se déroulera du 2 au 13 septembre.
Les résultats préliminaires seront annoncés le 17 septembre. La date du deuxième tour n'a pas été décidée, mais il devrait se tenir avant le 3 novembre selon l'Isie.
Pour les législatives d'octobre, Rached Ghannouchi est tête de liste dans la circonscription électorale de Tunis.
Il s'agira de la seconde présidentielle depuis la révolte de 2011. Avant celle de 2014 remportée par Beji Caïd Essebsi, le pays était dirigé par Moncef Marzouki, un laïc, élu par le Parlement.
"Démocrate musulman"
Ennahdha reste marqué par sa première expérience au pouvoir, lorsqu'il s'était retrouvé empêtré dans des crises et confronté à une forte opposition politique, après avoir remporté les législatives de 2011. Il avait dû céder la place à un cabinet de technocrates début 2014.
Depuis qu'il a pris un peu de recul, le parti s'évertue à policer son image, insistant pour être décrit comme un parti "démocrate musulman", et non "islamiste". A ce titre, il a dit poursuivre sa transformation -annoncée en 2016- en force "civile", en excluant toute activité de prédication religieuse.
En mai, Rached Ghannouchi n'avait pas exclu de présenter "un membre d'Ennahdha" à la présidentielle, tout en ajoutant que "le plus important" était de trouver "un candidat consensuel".
"Cet oiseau rare, on ne l'a pas encore trouvé", avait dit M. Ghannouchi dont le parti avait gagné la majorité des mairies lors des élections locales de 2018.
Berceau du Printemps arabe, la Tunisie est le seul des pays arabes touchés par les contestations à poursuivre sur la voie de la démocratisation malgré les soubresauts politiques, la morosité économique et des attaques jihadistes.
(Avec AFP)
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