Tourisme: les formules “All Inclusive” prolifèrent, faut-il s'inquiéter?
Depuis quelques années, les formules de séjour All Inclusive regroupant hébergement et repas se développent dans nos grands centres touristiques. Selon le vice-président de la CNT, Fouzi Zemrani, ce modèle économique est très utile dans les zones touristiques excentrées mais présente un risque important quand il s’installe à l’intérieur des villes.
Faut-il s’inquiéter de la prolifération des formules All Inclusive dans les grands centres urbains alors qu’auparavant elles étaient réservées aux zones excentrées à l’image des clubs Méditerranée ?
Joints par Médias24, certains hôteliers classiques ont qualifiés ce phénomène de « virus » mettant en danger l’avenir du tourisme marocain et faisant baisser les recettes de voyages tandis que d’autres en ont parlé comme d’un modèle d’avenir.
Plus mesuré, Fouzi Zemrani, vice-président de la CNT (Confédération nationale du tourisme) a justifié le développement de ces formules par l’existence d’une demande qu’il n’est pas possible d’ignorer.
Le All Inclusive a le vent en poupe
« Soyons réalistes, de plus en plus d’étrangers, marocains ou même MRE privilégient le All Inclusive car ils ne veulent rien débourser de plus de leur poche. Ils désirent partir une semaine et être entièrement pris en charge, c’est-à-dire nourris, logés, blanchis avec l’animation et même le goûter des enfants.
« Au départ, c’était surtout pratiqué dans des destinations enclavées hors périmètre urbain comme dans certaines plages éloignées du Mexique ou de Turquie (Antalya).
Le principe fondateur était de faciliter la vie à des touristes en leur offrant tout ce dont ils ont besoin dans des zones sans lieu de vie et des villages excentrées où il est difficile de trouver des restaurants.
« Vu que la mayonnaise a pris et que les clients ont apprécié ce concept, il y a eu un véritable engouement pour ces formules et aujourd’hui, on trouve même des hôtels All inclusive en plein centre-ville.
« Le problème est que ce concept en zone intra-urbaine n’a pas lieu d’être car les lieux de vie et d’animation autour finissent souvent par mourir faute de fréquentation.
« Les premiers à souffrir sont en effet les restaurateurs et les bars car les clients de ces formules ne sortent pas de leur hôtel et veulent le plus souvent s’en tenir à leur budget d’origine.
Les commerçants d’Agadir fragilisés par un développement incontrôlé
« Le meilleur exemple de ce phénomène de fragilisation est Agadir où la grande majorité des hôteliers ont opté pour ces formules car ils sont soumis à la pression des Tour-opérateurs étrangers.
Dans les années 80, le groupe Sahara Tours a développé des produits hôteliers Bed Only (appartement-hôtel), pour le marché scandinave en particulier, qui ont été entourés de nombreux lieux d’animation (restaurants, discothèques, bars …).
Quand ce marché a commencé à se faire rare et que les allemands, français et italiens ont commencé à débarquer, ces unités sont passés à du All Inclusive et ont donc tué toute la vie qu’il y avait autour.
« En premier lieu, ce sont les restaurants qui trinquent mais comme les hôteliers vendent même des produits d’artisanat sur place, toutes les boutiques du centre-ville doivent souvent fermer boutique.
« On a créé des ghettos à l’intérieur des villes avec des gens qui rentrent dans ces unités hôtelières le dimanche pour en ressortir le dimanche suivant à la fin de leur séjour », regrette Zemrani.
Selon lui, la forte demande s’explique surtout par les prix très abordables affichés par des hôtels quatre et même cinq étoiles qui pratiquent d’ordinaire des tarifs de nuitée beaucoup plus chères.
«En fonction de la catégorie du club, les prix démarrent à 450 DH la nuitée par personne. Quoiqu’on dise, la rentabilité doit être au rendez-vous sinon ces formules ne se développeraient pas autant.
« En tant qu’agent de voyages, j’offre ce que me demande le client mais en tant qu’acteur du tourisme, ce développement incontrôlé est le meilleur moyen de fragiliser une destination car il tue la vie autour de ces clubs. Lorsqu’un touriste s’enferme une semaine, ce n’est pas vraiment lucratif.
« En fait, c’est le club Méditerranée qui a créé ce concept. Ce n’était pas vraiment du All Inclusive mais de la pension complète avec vins inclus et animation », rappelle le vice-président qui ajoute que ces clubs étaient le plus souvent situés en dehors du périmètre urbain comme Saidia par exemple.
Coexistence possible entre All Inclusive et Bed And Breakfast
Ainsi, selon lui, l’existence du All Inclusive à Saidia s’explique par le fait que cette nouvelle station balnéaire soit excentrée et qu’il n’y ait pas encore d’animation.
« Tous les hôteliers de Saidia pratiquent ces formules mais ils sont obligés de le faire car c’est le propre d’une station balnéaire située loin des grands centres d’animation.
« A contrario, dans le modèle espagnol sur la Costa Del Sol, il n’y a pas du tout de All Inclusive mais juste des hôtels qui vendent du Bed And Breakfast. Pour se restaurer, il faut obligatoirement sortir dehors et cela permet de faire fonctionner les restaurants, bars et divers commerces.
« Aux îles Canaries qui sont des stations balnéaires, les deux modèles cohabitent sereinement. Il y a certains qui font du AI et d’autres qui vendent uniquement du séjour avec restauration en plus.
« A Marrakech, les hôtels de la palmeraie font tous ces formules mais c’est normal car c’est une zone située à 10 kilomètres de la ville. Pour l’instant, c’est un modèle de coexistence.
Une formule utile réservée à la clientèle familiale
A la question de savoir si le développement de ces formules ne risquait pas de transformer le Maroc en une destination touristique bas de gamme comme en Tunisie ou en Turquie, Zemrani réfute ce terme « péjoratif » qu’il préfère remplacer par « destination familiale ».
« Si on fait le choix d’une clientèle composée d’un couple avec enfants, nous ne pouvons pas faire l’impasse et sommes obligés d’adopter ce produit.
« Cela permet de remplir les hôtels car si ce n’était pas le cas, il y a longtemps que ce concept aurait disparu. Ceci dit, si on veut qu’une destination soit attractive par elle-même et pas que pour manger et dormir, il est dommage de l’instaurer à l’intérieur des villes.
« Au final, les deux modèles doivent cohabiter sans que l’un phagocyte l’autre », conclut le vice-président qui ne se dit pas inquiet pour l’avenir des séjours hôteliers classiques.
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