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ECONOMIE

Les sociétés de financement veulent abandonner les crédits auto à 0%

Les sociétés de financement veulent abandonner le crédit automobile gratuit. Ce qui n’arrange pas les affaires des concessionnaires de voitures. Une négociation est en cours pour trouver une solution.

Les sociétés de financement veulent abandonner les crédits auto à 0%
S.N. & H.G.
Le 15 mars 2019 à 17h20 | Modifié 11 avril 2021 à 2h41

Se dirige-t-on vers la fin du crédit gratuit à 0% pour le financement automobile ? C’est fort probable.

Selon notre confrère L'infomédiaire, "l’Association Professionnelle des Sociétés de Financement (APSF) a saisi officiellement l’Association des Importateurs de Véhicules Automobiles Montés (AIVAM) pour l’informer de l’arrêt futur du financement à 0%".

L'information a été confirmée par Médias24 auprès d’une source sûre du secteur automobile. Mais contrairement à ce qui a été avancé par notre confrère, Bank Al-Maghrib n’a pas sommé les sociétés de financement de l’arrêter.

En fait, une source sûre contactée par Médias24 nous affirme que l’origine de cette affaire remonte à décembre 2018. Date à laquelle la Banque centrale a saisi par écrit les concessionnaires automobiles sur deux points :

- Les affiches publicitaires : BAM a interdit aux concessionnaires de communiquer sur les offres de financement dans leurs publicités sans spécifier l’organisme de financement qui les accorde.

- Conformité légale des formules à taux 0 : La Banque centrale a également exigé des opérateurs de respecter les dispositions des articles 100 à 102 de la loi sur la protection du consommateur.

Selon l’article 100 « on entend par crédit gratuit, dans la présente section, tout crédit remboursable sans paiement d'intérêts ».

L’article 101, quant à lui insiste que « toute publicité effectuée dans le lieu de vente comportant la mention "crédit gratuit" ou proposant un avantage équivalent doit indiquer le montant de l'escompte consenti en cas de paiement comptant. Toute publicité comportant la mention "crédit gratuit" doit porter séparément sur tout produit, bien ou service ».

Enfin, l’article 102 dispose que « lorsqu’une opération de financement comporte une prise en charge totale ou partielle des frais de crédit, le fournisseur ne peut demander à l’emprunteur ou locataire une somme d'argent supérieure au prix moyen effectivement pratiqué pour l'achat au comptant d'un article ou d'une prestation similaire, dans le même établissement de vente au détail, au cours des trente derniers jours précédant le début de la publicité ou de l'offre. Le fournisseur doit, en outre, proposer un prix pour paiement comptant inférieur à la somme proposée pour l'achat à crédit gratuit ou la location ».

Contraintes de transparence et de rentabilité

Les demandes de BAM, si elles sont appliquées, vont mettre à nu les relations commerciales entre concessionnaires et sociétés de financement (affichage du nom de la société de crédit et du montant de l'escompte par rapport à l'achat au comptant). Elle vont également réduire davantage la rentabilité des formules à taux 0%, celles-ci étant souvent assorties de frais de dossier qui portent le coût du crédit à un montant supérieur à celui de l'achat au comptant.

C'est cette deuxième conséquence éventuelle qui a poussé les sociétés de financement à vouloir carrément abandonner le crédit gratuit. En tous les cas, à en croire les raisons évoquées officiellement à l'Association des importateurs de voitures au Maroc (AIVAM) par les gros du marché du crédit conso (et non l'APSF qui n'intervient pas sur ce dossier).

Ces opérateurs du crédit ont justifié leur décision par une dégradation de leur rentabilité, nous assure une source proche du dossier. Les sociétés de financement ont assuré aux concessionnaires qu’elles ne pouvaient pas vendre leurs services à perte.

L’argument de la rentabilité de ce type de financement n’est pas nouveau ; il a toujours été problématique. La banque centrale a, à maintes reprises, alerté les sociétés de financement sur ce type de dossier et le danger qu’il représenterait sur leur rentabilité en les sommant de remédier à la situation, sans jamais aller jusqu’à exiger l’abandon du produit.

Aux origines du problème

Il faut rappeler que suite au ralentissement du crédit aux entreprises, les banques ont investi massivement le segment du crédit à la consommation, notamment automobile, considéré comme un bon relais de croissance. Elles ont même dépassé les sociétés de financement spécialisées en termes de parts de marché (plus de la moitié de l'encours des crédits), grâce à leur force concurrentielle (coût de l'argent réduit, réseau de distribution).

Pour riposter, les sociétés de financement ont renforcé les offres à taux zéro. Elles ont pu résister à la concurrence des banques, mais au détriment de leur rentabilité.

L'escompte qu'elles obtiennent auprès des concessionnaires et les frais de dossier leur permettent à peine de couvrir le coût de l'argent (plus onéreux, les sociétés de financement ne disposant pas de dépôts non rémunérés comme les banques), les charges d'exploitation et le coût du risque (impayés).

Si ces organismes respectent la loi sur la protection du consommateur (pas de frais rendant le coût de la formule supérieur à celui de l'achat au comptant), ils financeraient les emprunteurs à perte.

L’abandon du financement à 0% est-il une décision irréversible ? « Rien n’est encore tranché. Les deux associations sont en pourparlers à ce sujet », nous assure une source proche du dossier.  

Ce qui est certain, c’est que les sociétés de financement qui ont été à l’origine de ce produit veulent aujourd’hui renégocier leurs marges ou le substituer par une nouvelle formule alliant rentabilité correcte et respect de la réglementation. 

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S.N. & H.G.
Le 15 mars 2019 à 17h20

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