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Retraite: la CMR veut améliorer le rendement bas de ses réserves

La CMR cherche un conseiller pour revoir sa stratégie d’investissement et améliorer le rendement de ses placements. Elle gère des réserves de plus de 90 milliards de DH qui lui rapportent moins de 4% par an. Une hausse du rendement permet d’atténuer le déficit technique de la caisse et repousser l’épuisement des réserves.

Retraite: la CMR veut améliorer le rendement bas de ses réserves

Le 26 février 2019 à 12h05

Modifié 11 avril 2021 à 2h39

La CMR cherche un conseiller pour revoir sa stratégie d’investissement et améliorer le rendement de ses placements. Elle gère des réserves de plus de 90 milliards de DH qui lui rapportent moins de 4% par an. Une hausse du rendement permet d’atténuer le déficit technique de la caisse et repousser l’épuisement des réserves.

La Caisse marocaine des retraites (CMR) a lancé, le 22 février, un appel d’offres pour choisir un conseiller dans le but d’élaborer une nouvelle stratégie d’investissement du fonds de réserves du régime des pensions civiles.
 
Et ce, quelques mois après avoir mandaté un cabinet (Colliers International) afin de revisiter sa stratégie de placement dans le secteur immobilier qui ne pèse que 0,5% de ses réserves alors que la réglementation lui permet d’atteindre le seuil de 3%.
 
Cette fois, la refonte visée est plus globale. Toute la politique d’allocation des réserves de la CMR peut subir des changements importants.
 
La répartition des provisions de prévoyance de la caisse par type de produit financier est fixée par arrêté du ministère des Finances comme suit :
 
–      Valeurs de l’Etat ou jouissant de sa garantie : 75% minimum (bons du Trésor, obligations d’établissements et entreprises publiques).
–      Dette privée et OPCVM obligataires : 7% maximum (obligations privées, titres de créances négociables…).
–      Actions cotées et OPCVM actions et diversifiés : 15% maximum
–      Immobilier : 3% maximum.
 
A fin 2017, les réserves, plus de 90 milliards de DH dont 85 milliards pour le régime des pensions civiles, étaient investies de la façon suivante :
 
–      87,9% en produits de taux (bons du Trésor, obligations…).
–      11,7% en actions et parts sociales (actions cotées en bourse, titres d’OPCVM actions…).
–      0,5% dans d’autres catégories (Immobilier).
 
Compte tenu de la prédominance des produits de taux et de la baisse des rémunérations de cette classe d’actifs au cours des dernières années, les réserves ne rapportent plus beaucoup : autour de 3,7% par an contre 6% au début des années 2000.
 
Or c’est le rendement des réserves qui permet à la CMR d’atténuer son déficit technique que génère le décalage entre les prestations servies et les cotisations encaissées.
 
En 2017, la Caisse a enregistré un déficit technique pour la quatrième année consécutive : 5,6 milliards de DH contre 4,7 milliards une année auparavant. Ce n’est que grâce aux produits financiers, quelque 3,8 milliards de DH, que le déficit global du régime a pu être limité à 1,8 milliard de DH (+23,7% par rapport à 2016).
 
La CMR puise donc dans ses réserves et s’ils poursuivent leur diminution, parallèlement à celle des rendement, ils risquent de s’épuiser rapidement, en 2027 selon les projections actuarielles, à moins d’opérer une nouvelle augmentation du taux de cotisation des fonctionnaires après celle décidée en 2016 et appliquée progressivement (jusqu’en janvier 2019). Ou de mener la réforme systémique du système des retraites au Maroc, chantier lourd qui traîne depuis des années et qui nécessitera encore beaucoup de temps.
 
Donc, en attendant une poursuite de la réforme paramétrique ou le lancement de celle systémique, la CMR se penche sur sa stratégie de placement pour atténuer ses déficits.
 
Elle prépare d’ailleurs un projet d’amendement de l’arrêté du ministre des Finances fixant la structure d’allocation des réserves.
 
La revue de la stratégie d’investissement de la CMR a été décidée par son conseil d’administration tenu en novembre 2018.
 
« L’objectif est d’améliorer l’équilibre financier du régime des pensions civiles à travers une optimisation des rendements des placements, qui devraient profiter, amplement, des potentialités des marchés financiers (en local et international) et d’un élargissement de l’univers d’investissement des réserves de la CMR », lit-on sur la documentation de l’appel d’offres.
 
« Il va sans dire que cet objectif ne pourrait en aucun cas occulter les principes fondamentaux liés à la liquidité et à la sécurité des placements des fonds de réserve du régime », insiste la CMR.

S’ouvrir à l’international et sur d’autres instruments financiers

L’intervention du conseiller portera, entre autres, sur :

–       la réalisation d’un bilan analytique de la stratégie d’investissement et des benchmarks adoptés par la CMR sur les dix (10) dernières années (de 2009 à 2018),
–       l’examen des potentialités de placements offertes, à la CMR, par les marchés financiers,
–       la proposition d’une allocation stratégique d’actifs,
–       la formulation de recommandations et plan d’actions pour la mise en œuvre de la stratégie proposée.
 
Comprendre, la CMR veut s’ouvrir sur le marché financier international et investir dans de nouvelles classes d’actifs (titrisation, organismes de placements collectifs en immobilier, actions non cotées en bourse…) pour faire face à la baisse des rendements des instruments classiques (bons du Trésor essentiellement) tout en maîtrisant le risque de liquidité et de dépréciation des actifs.
 
Les principaux objectifs de cette mission est de permettre à la CMR :

1.     d’avoir une bonne perception de la stratégie d’investissement qui lui permettrait une meilleure allocation des FDR ;
2.     de disposer d’une analyse détaillée des différents instruments financiers et classes d’actifs et d’appréhender la teneur des risques qu’ils portent ;
3.     d’identifier les catégories d’actifs les plus adaptées au profil de la CMR ;
4.     d’avoir une parfaite connaissance de la démarche à entreprendre, des moyens humains et techniques à mettre en œuvre, et du timing approprié pour implémenter la stratégie d’investissement proposée;
5.     d’identifier l’organisation appropriée à la stratégie d’investissement proposée ;
6.     d’accompagner la CMR dans l’élaboration et la mise en place d’un plan d’actions pour la mise en œuvre de la stratégie.
 
« Il s’agit, aussi, de procéder à une appréciation de la gestion financière opérée jusqu’à présent par la caisse, en vue de dégager les forces et les faiblesses qui caractérisent la stratégie d’investissement et de proposer des pistes d’amélioration », conclut la CMR.

La CMR, deuxième investisseur institutionnel de la place

Pour rappel, la CMR sert des pensions à 34,7% des bénéficiaires des régimes de retraite de base, soit environ 360.000 personnes (retraités, conjoints et orphelins). Elle collecte des cotisations auprès de 15,8% des actifs cotisants aux régimes de base au Maroc, soit environ 660.000 personnes.
 
Son rapport démographique pour le régime des pensions civiles (actifs cotisants / retraités) est d’environ 2,5. Un niveau critique eu égard à son mode de financement reposant sur le principe de la répartition.
 
Et vu la générosité de son régime, elle n’a collecté en 2017 que 18,6 milliards de DH de cotisations alors qu’elle a servi 24,3 milliards de DH de pensions. La pension annuelle moyenne à la CMR est de 86.000 DH, soit 7.166 DH par mois contre 1.865 DH à la CNSS.
 
Avec plus de 90 milliards de DH de réserves, la CMR est toujours le deuxième investisseur institutionnel du pays derrière la CDG. La refonte de sa stratégie d’investissement pourrait contribuer à redynamiser le marché financier et l’économie en général.

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