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El Moussaoui El Ajlaoui: “La purge sécuritaire en Algérie prépare le terrain électoral à un des deux Bouteflika”

Depuis l’arraisonnement par la marine algérienne d’un bateau contenant une cargaison de cocaïne, des têtes ne cessent de tomber en Algérie. La purge a démarré avec le limogeage du directeur de la sûreté nationale. Elle n’épargne désormais plus aucun corps sécuritaire. Derrière ce mouvement inédit par son ampleur, des intérêts claniques, à la veille d’une élection qui a de fortes chances de voir un Bouteflika succéder à un autre, selon El Moussaoui El Ajlaoui, expert en géostratégie.

El Moussaoui El Ajlaoui: “La purge sécuritaire en Algérie prépare le terrain électoral à un des deux Bouteflika”
Samir El Ouardighi
Le 25 septembre 2018 à 15h00 | Modifié 25 septembre 2018 à 15h00

Interrogé par Médias24 sur le mouvement actuel qui a déjà démis une vingtaine d’officiers supérieurs, l’expert en géopolitique explique que depuis le coup d’Etat en 1965 du colonel Boumediene contre le président Ben Bella, l’histoire du régime algérien est parsemée de purges.

Troisième purge du genre depuis l’avènement du président Bouteflika

"Ce qui se passe aujourd’hui n’est pas vraiment nouveau même si l’ampleur des limogeages est surprenante. Ainsi, nous avons assisté au même phénomène en 2004 avec le débarquement des inamovibles généraux Larbi Belkheir et Khalid Nezzar. En 2013, ce fut le tour du général Toufik (Mohamed Mediene) surnommé le Edgar Hoover algérien pour sa longévité à la tête des services de renseignements. 

"Aujourd’hui, c’est une nouvelle déclinaison sachant que le grand ménage en cours a lieu dans un contexte politique particulier qui se situe dans une période préélectorale.

"A la manœuvre, la garde rapprochée du président sortant (en 2019) avec son frère Saïd, le général Tertag, coordinateur des 3 services descendants du célèbre DRS (direction du renseignement et de la sécurité) et le général Ben Ali qui dirige le corps militaire des forces républicaines.

"Depuis quelques mois, tout le monde avait crû (à tort) que le général Ahmed Gaïd Salah était devenu l’homme fort de l’Algérie et qu’il avait même pris de l’ascendant sur le clan présidentiel.

"Après la saisie d’une cargaison de cocaïne sur la foi d’informations de la marine espagnole (et pas d’une instance sécuritaire de l’Algérie), la marine algérienne n’a eu d’autre choix que de suivre et d'interpeller les commanditaires algériens.

"La 1ère victime a été le général Abdelghani Hamel qui dirigeait la direction nationale de la sûreté nationale. En déclarant que ceux qui voulaient combattre la corruption devaient commencer par balayer devant leur porte, il a précipité sa perte sachant que ses déclarations s’adressaient indirectement à Gaïd Salah.

"C’est à partir de là qu’a démarré la purge en cours et qui continue de prendre une tournure inattendue.

"Au début, elle a concerné les adversaires directs de Gaïd Salah comme les généraux Hamel ou Said Bey mais le mouvement de limogeage a très rapidement visé ses proches dans l’armée.

"Malgré le peu de recul, on peut avancer que cette campagne a pour objectif de l’isoler, en affaiblissant les instances militaires qu’il contrôle et surtout de rappeler que le clan présidentiel est le vrai patron.

La continuité a pour nom Bouteflika (Abdelaziz ou Saïd)

"Pour moi, la finalité est de préparer le terrain à un 5ème mandat du président Bouteflika ou de parachuter son frère Saïd pour le remplacer", avance notre interlocuteur qui cite les propos récents de deux soutiens du régime actuel incarné depuis 18 ans par Abdelaziz Bouteflika.

"Que ce soient le patron du FLN, Ould Abbès, ou Ahmed Ouyahia, Premier ministre et chef du parti RND, ils ont en commun d’évoquer continuellement la nécessité d’une continuité au sommet de l’Etat algérien.

"Entre les lignes, si la continuité ne peut pas être assurée par le président sortant, elle doit l’être par son frère", précise El Ajlaoui qui ajoute que le régime fermé de l’Algérie ne permet pas une autre voie démocratique et que même la France a opté pour le soutien à la continuité.

Ahmed Gaïd Salah, prochain dans la liste des limogés?

Pour notre interlocuteur, Gaïd Salah n’est pas un candidat potentiel à la présidentielle qui pourrait nuire à une éventuelle candidature d’un Bouteflika. Il n’empêche que le contenu de ses récentes déclarations, sur la nécessité d’une armée forte pour éviter la déstabilisation du pays, n’ont pas plu au clan présidentiel.

"En dehors de ses déclarations tonitruantes lors de tournées dans les régions militaires, ce général est l’objet d’une solide rancune de Saïd Bouteflika à son égard. Gaïd Salah l'a en effet chassé manu militari d’une réunion militaire en arguant qu’il n’avait pas qualité à y assister.

"A la lecture de tous ces éléments, il est de plus en plus probable que le clan présidentiel l’a inscrit sur la liste des limogés à venir.

"Cela n'est pas sans rappeler le cas du général Toufik, que tout le monde pensait indéboulonnable. Avant d’être débarqué en 2014 à la suite d’un processus qui avait duré près d’une année, celui qui avait servi 5 présidents avait vu ses proches démis l’un après l’autre et son bras droit avait même fini en prison.

"Aujourd’hui, le numéro 2 de l’armée (après le président Bouteflika) est dépassé par les événements sachant que sur les 15 généraux limogés, 4 font partie de ses proches. Ces derniers ont même été accusés par le site Ennahar (très proche de la présidence) de corruption et d’enrichissement personnel", conclut El Ajlaoui qui pense que les jours du général Gaïd Salah dans l’armée sont désormais comptés.

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Samir El Ouardighi
Le 25 septembre 2018 à 15h00

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