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Jordanie: derrière le mouvement de contestation, une classe moyenne à bout

Ils sont médecins, avocats ou entrepreneurs mais partagent tous la même angoisse du compte en banque à la fin du mois. En Jordanie, c'est une classe moyenne excédée et épuisée qui a été au coeur des récentes manifestations contre la vie chère.

Jordanie: derrière le mouvement de contestation, une classe moyenne à bout
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Le 10 juin 2018 à 10h37 | Modifié 10 juin 2018 à 10h37

Durant une semaine, ils ont été plusieurs milliers à battre le pavé une fois la nuit tombée, réclamant en priorité le retrait d'un projet de loi sur l'impôt sur le revenu.

"Dans d'autres pays, des mouvements de contestation comme celui-ci peuvent sembler banaux, mais en Jordanie s'opposer publiquement au pouvoir relève de l'acte de bravoure", affirme Rahmé Jaafar, qui n'a pas raté une seule manifestation.

Titulaire d'un diplôme en commerce, la jeune femme de 24 ans travaille dans une ONG mais est obligée de faire des petits boulots à côté pour survivre.

C'est dans un modeste appartement encore entièrement vide d'un quartier populaire du nord d'Amman qu'elle espère bientôt emménager, après son mariage.

Elle ne fera pas de grande fête comme il est de coutume en Jordanie. "Mais qu'importe, on ne voulait pas commencer notre vie de couple endettés!", lance-t-elle.

Son fiancé, Mohammed Hassan, 23 ans, est chef cuisinier. Le salaire que lui rapporte son travail de 12 heures par jour dans un restaurant n'est pas non plus suffisant pour boucler les fins de mois. "Pendant les week-ends, je donne des cours de plongée ou d'escalade".

"La jeunesse a d'énormes capacités, mais on nous écrase, on tue nos rêves et nous pousse à émigrer", accuse-t-il.

  Petits boulots

Des rêves et des ambitions, Majd Jabali en avait aussi beaucoup avant que l'entreprise de son père ne fasse faillite en 2012.

Le jeune homme, aujourd'hui 29 ans, a alors dû arrêter ses études en tourisme à un semestre de l'obtention du diplôme et se mettre immédiatement à travailler pour subvenir aux besoins de la famille.

"J'ai fait toutes sortes de petits boulots et, depuis quelques années, je suis chauffeur pour touristes étrangers. Mais, en saison basse, le travail se fait rare", avoue-t-il.

Il s'estime toutefois encore heureux de travailler alors que le chômage touche officiellement plus de 18% de la population, dans un pays où 70% des personnes ont moins de 30 ans.

Le véhicule qu'il loue actuellement lui permet de travailler pour une plateforme de réservation de voiture avec chauffeur (VTC) 14 heures par jour.

"En décomptant le coût de location, il me reste tous les soirs en poche environ 15 dinars" (18 euros), explique-t-il.

Une somme maigrelette pour vivre dans ce qui est la capitale la plus chère du monde arabe, selon une étude de l'hebdomadaire The Economist.

Mohammed Khalil Tahboub, la soixantaine, est lui aussi abattu. Sa société immobilière qu'il a créée en 1992 n'est plus que l'ombre d'elle-même.

"Le secteur immobilier a connu ces dernières années une récession vertigineuse. Depuis 2014, je ne vends pratiquement plus rien", indique-t-il à l'AFP, en faisant visiter un de ses appartements à la vente.

  "Plus rien"

Dans l'immeuble de M. Tahboub destiné aux ménages à faibles revenus construit en 2016, seuls deux appartements sur dix ont trouvé acquéreur, "alors qu'on propose des prix cassés".

"Mais les gens n'ont plus rien dans les poches et les banques n'accordent plus de prêts. Quand le citoyen n'arrive plus à payer les produits de première nécessité, comment peut-il espérer s'acheter un appartement?", s'insurge-t-il.

Alors que la Banque mondiale évoque une "faible perspective de croissance" cette année en Jordanie, l'homme aux yeux bleus délavés semble désabusé.

Même s'il convient être loin de vivre dans la misère comme beaucoup de ses concitoyens, M. Tahboub affirme que sa société ne fait déjà plus aucun bénéfice.

"On grignote le capital accumulé durant toute une vie mais ça ne peut pas durer éternellement", souligne-t-il.

C'est pour cette raison qu'il dit ne pas avoir hésité à participer aux deux grèves lancées ce mois par les syndicats.

Sous la pression de la rue, le Premier ministre a dû démissionner et son successeur a annoncé le retrait du projet de loi fiscale controversé. Mais les Jordaniens attendent désormais de voir le nouveau gouvernement à l'oeuvre.

Mayssoune al-Khoureissat, architecte d'une trentaine d'années, a aussi participé aux grèves.

"Ce n'est pas normal que les impôts soient si élevés sans aucune contrepartie ou presque" pour l'éducation ou la santé, argue cette mère de deux enfants.

Elle a fondé sa start-up il y a un an mais celle-ci peine à décoller, notamment à cause des charges "excessives".

"En fondant une famille avec mon mari, on avait toutes sortes de rêves, aujourd'hui tout est remis à plus tard". (AFP)

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Le 10 juin 2018 à 10h37

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