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CULTURE

Mehdi Qotbi: un homme d’influence au service de la culture

Qu’on l’apprécie ou pas, le président de la Fondation nationale des musées du Maroc a incontestablement donné une visibilité artistique inédite à son pays. L’occasion de revenir sur son parcours exceptionnel sachant qu’avant de devenir le porte-parole international de l’art marocain, Mehdi Qotbi a grandi dans un milieu défavorisé qui ne le destinait pas à une telle réussite.   

Mehdi Qotbi: un homme d’influence au service de la culture
Samir El Ouardighi
Le 23 mars 2018 à 17h46 | Modifié 11 avril 2021 à 1h31

Natif d’un bidonville de la capitale, Mehdi Qotbi a fait un long chemin qui lui permet désormais de frayer avec les grands de ce monde pour faire reconnaître la culture de son pays à l’international.

Son dernier fait d’armes remonte au mardi 20 mars où il a reçu l’ancien président de la république française François Holllande, au musée Mohamed VI de Rabat pour une conférence sur la culture.

Pour comprendre comment cet artiste doublé d’un redoutable lobbyiste a pu arriver à un tel niveau d’influence, Médias24 lui a donné la parole où il est revenu sur sa destinée de l’ombre à la lumière.

"Je ne veux pas faire pleurer dans les chaumières mais mon principal catalyseur dans la vie remonte à mes frustrations avec un père violent et une mère peu démonstrative. Les gens pensent que j’ai du culot pour aborder les puissants alors que pendant toute ma vie, je n’ai fait que chercher de l’amour", précise le président qui ajoute que sa réussite est un enchaînement incroyable de chances. 

Selon lui, c’est sa rencontre déterminante avec le grand peintre Jilali Gharbaoui qui a enclenché sa carrière d’artiste. Ce dernier lui a en effet acheté ses premiers dessins et encouragé dans sa vocation.

"A cette période, je n’avais même pas de quoi acheter des pinceaux ou des tubes de couleurs. Après m’être présenté à lui dans une exposition au centre culturel français de Rabat, il m’a donné rendez-vous le lendemain. Cet homme d’une élégance rare m’a offert un vrai festin dont je me rappelle encore du goût car à l’époque je n’étais pas habitué à manger des plats à base de viande.

"Il a ensuite proposé les deux dessins que j’avais ramenés aux deux amis avocats qui partageaient sa table et ces derniers m’ont payé 20 dirhams pour chacun d’entre eux. C’est grâce à ces 40 dirhams que j’ai pu acheter du matériel et que je me suis vraiment lancé dans une carrière d’artiste".

Après avoir fréquenté l’institut des beaux-arts de Rabat pendant quelques mois où il observe les techniques de peinture, il arrive à obtenir un passeport par l’intermédiaire de Mahjoub Aherdane.

Etant frustré par son manque de perspectives, il préfère s’envoler pour Toulouse qui lui offre une "renaissance" en lui apprenant à plaire aux femmes et à affronter le regard des autres. Il décroche un diplôme de l’école des beaux arts avant de démarrer sa carrière d’enseignant en arts à Auxerre. Deux ans après, il s’installe à Paris pour enseigner dans un lycée chic du 7ème arrondissement.

"Ma vie a été une succession de hasards chanceux. Parmi mes élèves, j’ai eu les enfants Juppé, Villepin, Fillon et beaucoup d’autres personnalités. Moulay Ahmed Alaoui m’a alors incité à mettre au service de mon pays ce réseau qui ne cessait de s’étoffer. Ainsi, au lendemain de la parution du livre de Gilles Perraut, j’ai créé le cercle d’amitié Maroc-France qui m’a permis de connaître toute la classe politique française et de développer une diplomatie parallèle culturelle", précise notre interlocuteur.

Interrogé sur l’origine de son bagout qui arrive à rassembler des hommes d’horizons différents pour adhérer à la cause marocaine, notre interlocuteur préfère utiliser le mot passion, seul "sésame pour convaincre".

Afin d’illustrer son propos, il cite une anecdote avec l’ancien ministre Aherdane qui a été une personne "déterminante" au début de sa vie et dont il se targue d’être le fils "adoptif".

"Pour être convaincant, il faut être passionné. Cinquante ans après m’avoir fait entrer au lycée militaire puis aidé à avoir un passeport, je lui ai demandé pourquoi il m’avait offert son aide. Il m’a répondu que tout le monde lui réclamait de l’argent mais qu’il avait été frappé par le fait que le jeune chétif et mal fagoté avait préféré lui demander un travail et pas l’aumône", explique Qotbi.

A côté de ses activités de diplomatie parallèle, la carrière artistique du peintre prend son envol avec des expositions dans le monde entier et des toiles dont le prix explose littéralement. En 2008, il décide enfin de rentrer pour créer dans son pays après plusieurs décennies d’exil volontaire.

Convoqué par le Roi en 2011, il apprend, surpris, sa nomination au poste de président de la Fondation nationale des musées. C’est à partir de là qu’il va donner toute la mesure de son talent relationnel pour organiser et accueillir des expositions exceptionnelles au Maroc et à l’étranger.

Musée du Louvre, Institut du Monde arabe, musée de Dubaï, les œuvres du Maroc sont à l’honneur partout et offrent une visibilité inédite aux grands artistes du Royaume.

Fin négociateur, il arrive même à convaincre les plus grands musées ou collectionneurs du monde de prêter au musée Mohamed VI d’art contemporain des œuvres majeures de grands maîtres comme Giacometti, Picasso, Goya, Monet, Delacroix …

Même s’il reconnaît sans peine être fâché avec les chiffres, il se dit bien entouré pour gérer les 80 millions de DH dédiés au fonctionnement annuel de la fondation qu’il préside. Cela ne l’empêche pas de solliciter en personne des dons pour rénover des musées à l’abandon comme Dar Bacha (500.000 euros)  …

Interrogé sur ses détracteurs qui le qualifient de courtisan et de zélote de la monarchie, il assume sa dévotion pour le Roi qui a su "mettre la culture et l’art au service des Marocains".

"Malgré ce que l’on peut colporter sur moi, je n’ai jamais été un homme d’argent, si c’était le cas, j’aurai privilégié ma carrière d’artiste qui est bien plus lucrative que ma fonction à la tête de la fondation.

"Le plus important est d’être heureux dans ce que je fais pour rendre aux autres ce que la vie m’a donné car quand on a eu une enfance misérable comme moi, c’est tout ce qui importe", conclut Qotbi qui ne pense pas être irremplaçable pour poursuivre la dynamique culturelle lancée grâce à son entregent exceptionnel.

Ci-après, plusieurs photos de Mehdi Qotbi avec des Chefs d'Etat

 

Mehdi Qotbi: un homme d’influence au service de la culture

Mehdi Qotbi: un homme d’influence au service de la culture

 

Mehdi Qotbi: un homme d’influence au service de la culture

Mehdi Qotbi: un homme d’influence au service de la culture

 

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Samir El Ouardighi
Le 23 mars 2018 à 17h46

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