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CULTURE

Razzia: le nouveau film sismique de Nabil Ayouch sortira le 14 février au Maroc

Après Much Loved (Zin Li Fik), qui avait été censuré au Maroc, le réalisateur sort un nouveau film qui sera projeté dans les salles nationales dans un mois. Interdit aux moins de 16 ans, "Razzia" raconte l’histoire de cinq personnages qui luttent pour défendre leurs espaces de liberté. Encensé par la presse spécialisée internationale, il sonne comme une réponse à l’intolérance croissante au Maroc.

Razzia: le nouveau film sismique de Nabil Ayouch sortira le 14 février au Maroc
Samir El Ouardighi
Le 5 janvier 2018 à 15h25 | Modifié 11 avril 2021 à 2h44

Quitte à se faire de nouveaux amis chez les conservateurs qui le vouent aux gémonies, Nabil Ayouch persiste et signe avec son nouveau film qu’il n’hésite pas à nous présenter comme «sismique».

«Mon but n’est pas de me faire de nouveaux ennemis. Mais si c’est le cas j’assumerais, car pour moi, le plus important est de dire ce que j’ai sur le cœur en faisant un film sincère», nous déclare le réalisateur.

Fidèle à son combat contre la crispation identitaire qui touche de plus en plus notre société, il s’attaque à la thématique de l’intolérance à travers 5 tranches de vie confrontées à ce phénomène.

Littéralement encensé par la presse spécialisée après sa projection au festival de Toronto, il a recueilli les critiques suivantes de grands magazines américains et d’un site européen:

- «Après Much Loved, Nabil Ayouch revient en force avec un film magistral» (Magazine Screen).

- «Une réponse à l’intolérance» (Magazine Variety, baromètre américain du cinéma mondial).

- «Une œuvre remarquable et une poignante sensibilité à l’humain»(Cineuropa).

S’il faudra attendre le 14 février pour émettre un jugement sur sa qualité, la bande-annonce nous entraîne d'ores et déjà dans l’univers engagé de celui qui s’est fait connaître pour avoir su brosser les travers marocains.

L’identité plurielle du Maroc qui, selon lui, est en train de disparaître ou a tendance à être régentée par une forme d’hégémonie culturelle et religieuse constitue le fil conducteur de ce film très engagé.

Place de la femme dans l’espace public, coexistence avec les Amazighs et les juifs marocains, rejet d’un jeune perçu comme homosexuel et révolte populaire constituent les sujets abordés dans le film. Une trame commune s'en dégage: l'intolérance, que le réalisateur présente comme croissante au Maroc depuis quelques années.

Refusant de dévoiler l’intrigue et encore moins la chute, Ayouch consent cependant à donner quelques pistes sur le contenu de ce film tourné à Casablanca, Ouarzazate et dans les montagnes de l’Atlas.

Ainsi, un instituteur désirant enseigner l’amazigh à des écoliers dans un petit village sera confronté aux tenants de l’arabité qui le pousseront dans un combat du pot de terre contre le pot de fer.

«Au-delà de sa tentative d’enseigner cette langue reconnue par la Constitution à une population amazighe, c’est plus une lutte pour la diversité linguistique et culturelle», précise le cinéaste.

La place de la femme dans une société «de plus en plus intolérante à son égard» est également évoquée à travers un personnage qui doit supporter les regards inquisiteurs et faire face à la question controversée de l’avortement au Maroc.

La troisième tranche de vie s’intéresse au destin d’un jeune amateur de rock qui doit faire face aux quolibets de ses voisins et au rejet de son père, qui n’apprécient pas son droit à la différence.

«Son admiration et son mimétisme de la rock-star planétaire gay Freddy Mercury lui vaudra d’être perçu comme un déviant. Même si son homosexualité n’est pas affirmée dans le film, la perception biaisée de son image par ses proches lui laissera peu d’espace pour s’exprimer», révèle Ayouch.

La thématique principale qui s’articule autour de l’intolérance de plusieurs catégories sociales traite également de la place des derniers juifs locaux "qui ne cesse de se rétrécir dans la société".

«Au fil des années, on passe de plus en plus devant les valeurs universelles de coexistence qui caractérisaient naguère le Maroc. Une partie de la population manifeste désormais une hostilité envers les juifs. Le personnage du restaurateur vit dans le déni de la réalité à laquelle il fait face: il se sent toujours profondément marocain, tout en étant conscient qu’il n’a plus sa place dans son pays d’origine», estime notre interlocuteur.

Le début de la bande-annonce semble quasi-prémonitoire avec des images d’une manifestation qui renvoient subliminalement à celles du hirak qui agite le pays depuis une année.

«Il arrive que la fiction rejoigne la réalité mais des fois l’inverse se produit. Même si le script a été écrit deux ans avant les événements d’Al Hoceima, le mouvement de révolte décrit dans Razzia présente des similitudes avec ce qui se passe actuellement au Maroc, mais je n’en dirais pas plus», conclut Ayouch qui invite les Marocains à découvrir son film lors de la sortie nationale qui aura lieu le 14 février prochain.

Soucieux de le diffuser également à l’international, le réalisateur affirme que Razzia fera une grosse sortie française, à partir du 14 mars. Le film sera projeté dans une centaine de salles.

Au Maroc, le film n'est programmé que dans 12 grands cinémas (Casablanca, Rabat, Marrakech, Fès, Tanger, Agadir, Meknès) sur les 30 que compte le pays, sachant qu’une bonne partie d’entre eux ne présentent aucun enjeu car ils ne diffusent que des films de seconde zone.

Si son précédent film a pu choquer une partie des cinéphiles marocains, le nouveau promet, selon le réalisateur, de «remuer tout autant» ses admirateurs et ses détracteurs.

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Samir El Ouardighi
Le 5 janvier 2018 à 15h25

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