Le Roi Mohammed VI arrive à Doha dans un contexte de forte tension régionale
Le Roi Mohammed VI a entamé dimanche 12 novembre, une visite officielle au Qatar, après un séjour de plusieurs jours aux Emirats Arabes Unis. Ces deux visites interviennent dans un contexte de tension explosif dans la région.
Certes, la visite à Abou Dhabi se justifie d'abord par l'inauguration du Louvre local, événement régional et international qui a eu un fort retentissement. Certes, le séjour à Doha sera une visite officielle. Mais il paraît impossible que la crise inédite entre le Qatar d'un côté et les Emirats-l'Arabie et l'Egypte de l'autre, ne soit pas au centre des entretiens.
Le 5 juin dernier, l'Arabie Saoudite, les Emirats, le Bahrein et l'Egypte, suivis d'autres pays amis, avaient tour à tour annoncé une rupture en chaîne avec le Qatar, accompagné d'un embargo terrestre, aérien et commercial. Probablement sollicité pour se joindre au mouvement, le Maroc, contrairement à de nombreux pays, avait gardé une équidistance avec les protagonistes. Mieux, il n'a pas hésité à envoyer par avion, des produits alimentaires dont une pénurie se déclarait à Doha.
Les 4 pays à l'origine de cet embargo reprochaient -et reprochent encore- au Qatar son "ingérence" dans leurs affaires intérieures de la part du Qatar, le soutien de celui-ci aux Frères musulmans et aux insurgés islamistes dans plusieurs régions comme la Syrie ou la Libye. Accusée d'alimenter l'extrémisme, par les médias (Al Jazeera n'est que la partie visible, le Qatar contrôle un large empire médiatique international), l'argent et les armes, Doha a reconnu le bien-fondé de certaines accusations.
Plusieurs mois auparavant, on avait remarqué une certaine prise de distance marocaine à l'égard de certains axes dans le monde arabe. Début 2016, il devait accueillir le sommet arabe mais il s'est désisté. Fin mars 2017, le Roi ne s'est déplacé pour le sommet arabe de Amman en Jordanie, malgré la qualité des relations avec ce pays.
Quelques jours après le lancement du boycott du Qatar, le Maroc avait non seulement refusé d'emboîter le pas aux initiateurs de l'embargo, mais avait dans un communiqué remarqué, manifesté sa "neutralité positive et proposé ses bons offices en cas de besoin".
"En raison des liens personnels solides de fraternité sincère et de considération mutuelle entre Sa Majesté le Roi Mohammed VI, et ses frères Rois et Emirs des pays du Golfe, et tenant compte du partenariat stratégique singulier avec les Etats du CCG, le Royaume du Maroc a veillé à ne pas verser dans les déclarations publiques et les prises de position hâtives qui ne font que renforcer la discorde et approfondir les divergences," avait souligné le communiqué du ministère des Affaires étrangères.
Cinq mois après son déclenchement, la crise n'a pas pris la voie de l'apaisement. La tension est encore plus forte et les bruits de bottes sont clairement audibles. L'Arabie saoudite a donné une forte inflexion à sa politique étrangère et régionale, sous l'influence de l'homme fort MbS (Mohamed Ben Salmane, le prince héritier). Cette nouvelle politique n'est pas toujours très lisible et suscite de nombreuses questions. Le Maroc a pris part aux frappes aériennes contre Da'ech en Syrie puis au Yémen, surtout au début des opérations.
Aujourd'hui, le périmètre des tensions s'est élargi au Liban et frontalement à l'Iran. Les réserves marocaines qui portent sur la manière de faire, n'ont jamais été exprimées publiquement, mais elle se traduit dans les actes du Maroc.
La visite du Roi à Abou Dhabi a été manifestement un grand succès. Les relations entre les deux pays vont être redynamisées, ce qui signifie que les pays concernés acceptent désormais la position marocaine de "neutralité positive".
On va donc scruter attentivement le séjour du Roi à Doha et ses éventuelles conséquences. Arabie, Emirats, Egypte, Turquie, Iran, Israël, le Moyen Orient plus que jamais, c'est beaucoup d'histoire et de puissance militaire et peu de géographie.
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