Les commentaires de Jouahri sur le rapport de l’OCDE
Rendement des investissements, dépenses publiques, éducation, chômage et financement de l’économie, le gouverneur de la Banque centrale a commenté, à sa façon, les principaux points abordés par le rapport de l’OCDE.
"Quand on parle de croissance, il ne faut pas oublier le rendement des investissements". C’est pour Abdelatif Jouahri l’un des points les plus handicapants pour l’économie marocaine. Le gouverneur de la Banque centrale a pris la parole, lors de la présentation du rapport réalisé par l’OCDE "l’examen multidimensionnel du Maroc", et il a été très didactique.
Il a commenté, comme à son habitude et sans langue de bois, les principales conclusions publiées par le rapport et a fini par fournir quelques conseils pour l’avenir.
Le point qui dérange le plus Jouahri, c’est que le pays fait partie des nations qui investissent le plus dans le monde. "Nous faisons un effort invraisemblable en matière d’investissement par rapport aux autres pays de la planète, mais ça ne se répercute pas au niveau de la croissance", a avancé le gouverneur de la BAM.
Selon lui, la part du PIB qui est destinée à l’investissement au Maroc est bien plus importante que celle dépensée par des grands pays asiatiques. "Il faut que nous cherchions ensemble une explication pour que cet effort se traduise au niveau de la croissance", conseille Abdelatif Jouahri.
Ce n’est pas tout. Pour le patron du secteur bancaire, il faut pousser la réflexion plus loin et opter pour une approche globale. L’efficience des dépenses publiques doit être diagnostiquée. "L’exemple typique de l’inefficience de la dépense publique est à voir au niveau du secteur de l’éducation", poursuit Jouahri.
D’ailleurs, la relation entre l’éducation, le chômage et la croissance est indissociable. "L’un des premiers déficits pour le Maroc, c’est l’emploi et il me semble qu’attaquer ce problème, revient à attaquer celui de l’éducatif et de la formation", analyse le gouverneur de la Banque centrale. Avant d’ajouter que "pour lutter contre le chômage, il faut de la croissance".
Pour aborder cette question sociale, le gouverneur de la Banque centrale a fait un petit retour en arrière rempli d’enseignements. Il a rappelé que le Maroc a perdu entre 1999 et 2016, plus de 8 points de base sur le taux d’activité qui avoisine les 48% actuellement.
Autrement dit, nous avons au Maroc plus de la moitié des ressources humaines qui ne participent pas à la croissance du pays. "Si nous étions restés au même taux qu’en 1999, on aurait 2 millions d’actifs supplémentaires actuellement. Il me paraît utile de trouver des explications à ce recul", regrette Jouahri.
Une fois arrivé à son sujet de prédilection, Abdellatif Jouahri a démonté une partie des remarques de l’équipe de l’OCDE qui a élaboré le rapport. L’on apprend dans le diagnostic livré par l’OCDE que le segment des TPME souffre d’un accès difficile au financement. "C’est le même constat que font toutes les organisations internationales qui rédigent un document sur le Maroc, mais sans aucune étude approfondie", déplore le gouverneur de BAM.
Pour lui, quand une entité telle que l’OCDE s’attaque à ce sujet, le mieux c’est de nommer la problématique et dire à quel niveau elle se situe. Ils devraient, selon Jouahri, pouvoir dire si c’est un problème lié à la demande, à l’offre, à une conjoncture spéciale ou encore à la qualité du tissu économique. Pis encore, ce que les différents rapports ne disent pas, c’est que c’est une problématique permanente et qui touche tous les pays du monde, même le Japon ou les USA. "D’ailleurs, selon un rapport de la Banque mondiale, le Maroc arrive en tête des pays qui accordent le plus de crédit à la PME", lance le wali de la BAM.
Avant de conclure, Abdellatif Jouahri a continué sur sa lancée et s’est permis de donner quelques conseils aux équipes de l’OCDE. Pour lui, quand une organisation internationale propose ou conseille des réformes, il faut respecter quelques points importants.
"La priorisation des chantiers est un point essentiel, ensuite il faut placer ces réformes dans un cadre macroéconomique et veiller au respect de ses équilibres car nous sommes suivis par un organisme international et des agences de notation", conclut Abdelatif Jouahri.
Les stratégies doivent être flexibles, adaptables et permettre la cohérence des choix. A côté de cela, l’état doit penser à la rationalisation et l’optimisation des dépenses.
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