Jean Michel Blanquer: “L’ESSEC Rabat sera notre porte d'entrée vers l’Afrique”
Le campus "Afrique-Atlantique" de l’ESSEC a été inauguré vendredi 21 avril en présence de plusieurs personnalités. L’occasion d’interroger son directeur général sur les ambitions du groupe.
Médias24: Pourquoi installer un campus ESSEC au Maroc après ceux de Paris et de Singapour?
Jean-Michel Blanquer: Nous avons une longue histoire avec le Maroc car c’est un pays très proche de la France. De plus, nous avons beaucoup de Marocains diplômés de l’ESSEC qui travaillent dans des entreprises publiques ou privées au Maroc ou qui y ont créé leurs propres entreprises.
Lorsque nous avons décidé de nous installer en Afrique, ce choix s’est imposé car nous avons constaté que ce pays a réussi une percée importante sur le continent africain.
Cette installation permettra de répondre aux défis du 21ème siècle dans les secteurs du management, de l’éducation, de la santé, des infrastructures, de l’entreprenariat pour créer de la valeur. Dans tous ces domaines, le Maroc et l’Afrique ont besoins de compétences que l’ESSEC est prête à partager.
Après le campus de Cergy Pontoise et celui de Singapour, il nous a semblé évident d’en créer un 3ème intitulé "Afrique-Atlantique" pour qu’il constitue une connexion entre ces deux hubs.
-A terme, vous visez donc le marché africain du management?
-L’objectif assumé est de devenir un hub vers ce continent grâce à la dynamique relationnelle déjà existante entre le Maroc et de nombreux pays africains. Hormis les Marocains que nous accueillerons en septembre prochain, nous espérons que de nombreuxs Africains s’inscriront dans nos programmes de départ comme le BBA (Bachelor Business of Administration).
-Quels seront les premiers cursus proposés?
-Dans un avenir proche, ce campus a vocation à accueillir tous les programmes enseignés à Paris, c’est-à-dire les diplômes des grandes écoles, les BBA, les masters et MBA jusqu’aux doctorats.
Nous allons commencer avec le "Global BBA" puis nous développerons des masters "Gestion et conception des villes modernes" en partenariat avec l’Université internationale de Rabat (UIR).
Au fur et à mesure et en fonction des demandes de la société marocaine (pouvoirs publics et entreprises), nous proposerons d’autres formations managériales adaptées à ce marché.
-Quels seront les critères d’admission pour ce BBA?
-Ceux qui disposent d’un baccalauréat français passeront un concours d’admission et les autres qui constituent la majorité des demandes seront admis sur dossier en fonction de la qualité de leur parcours scolaire.
-Pourquoi démarrer uniquement avec l’enseignement d’un BBA?
-On a démarré de la même manière à Singapour parce que c’est le diplôme le plus compréhensible et le plus demandé au niveau international. Ce diplôme de 4 ans correspond aux besoins des marchés africains où la demande en compétences managériales et opérationnelles est très importante.
Nous l’avons appelé "Global BBA" pour signifier qu’on le commençait quelque part pour le continuer ailleurs (Cergy, Rabat ou Singapour). Ce que nous voulons créer avec lui, c’est un campus monde dans lequel on circule mais d’autres diplômes ont vocation à se déployer au Maroc.
-En dehors du BBA, quand seront lancés les autres diplômes?
-Ils s’installeront au fil des années mais nous avons déjà des modules de nos différents diplômes qui vont être enseignés comme l’économie en Afrique. Nous voulons faire de ce campus un endroit où on viendra du monde entier pour comprendre le Maroc et l’Afrique et où on se spécialisera.
-Qu’avez-vous prévu pour les étudiants désargentés?
-Comme dans nos autres campus, les élèves viennent de toutes les couches sociales. Il y aura un système de bourses pour les plus méritants et des possibilités de prêts avantageux pour financer les études. Nous allons également établir des partenariats avec des entreprises marocaines pour qu’elles financent la formation continue de leurs cadres.
-Avec quelles écoles marocaines, allez-vous établir des partenariats?
-Nous avons déjà une alliance stratégique avec l’Ecole Centrale de Paris qui va se prolonger avec celle de Casablanca. L’ESSEC Rabat va également s’associer avec l’Université internationale de Rabat sur des questions européennes et d’autres thématiques. Dans le futur, nous serons ouverts à d’autres partenariats qui nous permettront d’être complémentaires (écoles d’ingénieurs …).
-Le secteur public sera-t-il concerné par vos programmes d’enseignement?
-Le partenariat public-privé est essentiel car l’ESSEC est avant tout une association à but non lucratif qui accomplit une mission de service public. Tout comme Harvard, nous sommes un établissement privé d’intérêt général où des doctorants de l’université publique marocaine pourront compléter leur formation.
-Le lancement d’autres campus est-il prévu?
- Nous voulons nous installer sur les cinq continents même si le but n’est pas de multiplier les campus comme des champignons mais plutôt d’avoir une logique de hub continental qui soit efficace. Notre prochaine ouverture se fera à l’île Maurice puis à plus long terme en Amériques mais d’ici là nous nous concentrons sur ceux de Rabat et de Singapour.
-Quelle sera la part des enseignants marocain dans le corps professoral?
-A l’ESSEC, nous ne distinguons pas les nationalités car notre corps est par définition international avec 50% de nos professeurs qui ne sont pas français. On peut très bien envoyer un de nos enseignants marocains basés à Paris car Rabat est proche de Paris ce qui facilite les déplacements.
Cette année, nous allons innover sur le plan pédagogique avec une formule qui associe un professeur de l’ESSEC (en début et fin d’études) à un Marocain (au milieu du processus). Cela permettra de délivrer une expérience unique qui s’articule entre l’excellence académique et le pragmatisme de la vie économique du Maroc.
-D’où viendront les professeurs marocains?
- Nous allons d’abord faire venir des professeurs de France qui constituent le cœur de notre dispositif pédagogique. Après quoi, nous constituerons progressivement une équipe d’enseignants marocains ou d’autres nationalités.
Au début, ce seront des vacataires avec qui nous travaillerons de manière complémentaire.
-Quels seront les critères de recrutement?
-Ils devront cumuler un doctorat, des publications dans des revues internationales et une expertise reconnue par leurs pairs. Des commissions organisées ponctuellement proposeront des candidats au directeur général qui tranchera à la fin car un recrutement est un long processus qui prend un an.
-Dans combien d’années, ce campus deviendra-t-il un vrai pôle de recherche?
-Ce sera le cas dans moins de cinq ans. Nous avons déjà un professeur de droit qui a été sollicité pour encadrer des doctorants marocains. Basé à Paris, il viendra deux fois par mois pour amorcer une dynamique qui se fera en fonction des demandes et de la disponibilité de nos enseignants.
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