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Guergarate: Victoire ou recul du Maroc?

Le retrait unilatéral marocain de la zone tampon de Guergarate a été exécuté dimanche 26 février, apprend Médias24 auprès de camionneurs marocains joints au téléphone. Le “polisario“ en a profité pour occuper le tronçon goudronné de la route Guergarate-Mauritanie et relever le niveau de ses provocations. Il procède désormais à des fouilles poussées des camions et déclare la zone “territoire libéré“.

Guergarate: Victoire ou recul du Maroc?

Le 27 février 2017 à 8h56

Modifié 11 avril 2021 à 1h07

Le retrait unilatéral marocain de la zone tampon de Guergarate a été exécuté dimanche 26 février, apprend Médias24 auprès de camionneurs marocains joints au téléphone. Le “polisario“ en a profité pour occuper le tronçon goudronné de la route Guergarate-Mauritanie et relever le niveau de ses provocations. Il procède désormais à des fouilles poussées des camions et déclare la zone “territoire libéré“.

De leur côté, des camionneurs marocains qui refusent d’enlever le drapeau national et la carte du Maroc de leurs véhicules stationnent toujours sur place, le “polisario“ refusant de les laisser passer. Ces milices font stationner en permanence 3 à 4 véhicules armés, et une quinzaine d’hommes.

La décision marocaine de retrait unilatéral, annoncée dimanche par un communiqué du ministère des Affaires étrangères, a été saluée par la France et par l’Espagne. Elle fait toutefois l’objet de débats à l’intérieur du Maroc où l’on se demande s’il ne s’agit pas d’un recul marocain.

Pour bien comprendre, il faut revenir au cessez-le-feu et à l’accord militaire n°1 conclu entre le Maroc et la Minurso en 1991. Cet accord prévoit cinq zones à statuts différents. La première d’entre elles est la zone tampon de 5 km de large qui longe l’extérieur du mur de défense.

La bande de terrain qui sépare Guergarate de la frontière mauritanienne est justement large de 5 km environ. Elle est donc entièrement incluse dans la zone tampon. L’accord interdit cette zone à toute présence, quelle qu’elle soit, militaire ou civile. C’est littéralement, un no man’s land.

En arrière-plan, gendarmes marocains à Guergarate, juste avant leur retrait de la zone.

Pour analyser à chaud les derniers rebondissements, il faut rappeler les précédentes étapes:

-La région de Guergarate était devenue une zone de non-droit, au point que les usagers l’appelaient Kandahar. Il y avait trafic de drogues, de voitures volées, d’armes, contrebande…

-Seule zone de passage terrestre du Maroc vers le sud, elle était devenue importante pour ces échanges commerciaux entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne. Aziz Lkissi, porte-parole de l’Association des chauffeurs routiers marocains, nous explique que 100 à 200 camions transitent quotidiennement vers le sud. Les destinations sont la Mauritanie, le Sénégal, le Mali, le Niger et d’autres pays de la région…

Notre interlocuteur nous explique que les camions proviennent généralement d’Agadir avant de descendre vers le Sud. Les marchandises transportées sont des produits agricoles ou des biens de consommation.

Le 14 aout 2016, le Maroc avise l’ONU et la Mauritanie et entame une opération de police pour nettoyer la zone et construire une route goudronnée de quelques kilomètres reliant Guergarate à la frontière mauritanienne.

La raison officielle avancée est le nettoyage d’une zone devenue un foyer de trafics en tous genres et une menace pour la sécurité de toute la région. Cette raison est plausible, car on ne voit pas quelle autre raison aurait pu pousser le Maroc à rompre le statu quo de l’époque. Dès lors qu'il a informé l'ONU, que cette initiative est justifiée par la sécurité internationale et que son intervention est ponctuelle, l'initiative marocaine se justifiait au regard du droit et du statut juridique de la zone.

-Peut-être en raison du manque de coopération mauritanien, ou bien en raison des gesticulations algériennes et des provocations du “polisario“, le Maroc ne goudronne qu’une partie de cette route, probablement les deux tiers selon les témoignages de camionneurs recueillis par nos soins.

-Progressivement, le “polisario“ relève ses provocations, en prévision du sommet d’Addis Abeba, essayant de perturber l’adhésion du Maroc à l’UA.

-En ce mois de février, le nouveau statu quo qui s’installe est intenable pour le Maroc. Le “polisario“ communique, diffuse des images, contrôle les véhicules de passage. Il prend toutefois garde à ne pas tirer un seul coup de feu. Lorsqu’un camion marocain refuse de s’arrêter, les miliciens lui jettent des pierres, brisant une vitre, nous raconte Aziz Lkissi. 

-La dernière provocation consiste à empêcher les camions arborant un drapeau ou une carte du Maroc, de traverser le no man’s land.

-Vendredi 24 février, le Roi Mohammed VI s’entretient au téléphone avec le secrétaire général des Nations Unies. Il le prend à témoin et lui demande d’intervenir. Le message implicite est clair: le statu quo actuel n’est pas acceptable. Soit on revient au statut de zone tampon et donc au statu quo ante. Soit, et c’est implicite, le Maroc va être libre de réagir.

-24 heures après cet entretien, le secrétaire général publie un communiqué qui réaffirme le statut juridique de la zone, en tant que zone tampon, appelle au retrait des éléments armés, et à la liberté de circulation dans la zone.

Une question se pose concernant la Minurso: selon Aziz Lkissi, les éléments de la Minurso sont arrivés dans la zone lorsque des éléments armés du “polisario“ ont commencé leurs provocations. Ils ont été témoins de ces agissements. Ils sont donc bien placés pour savoir qui a violé l’accord.

Au final, si le “polisario“ refuse de se retirer et continue à entraver la circulation, l’ONU devra intervenir et, s’il ne le fait pas, gageons que le Maroc le fera.

Quel sera le bilan d’un retour au statu quo ante? Le nettoyage de Kandahar et la sécurisation d’un point de passage devenu essentiel pour les échanges commerciaux entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne.

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