Le CESE demande une loi-cadre pour le développement rural
Dans le cadre d’une auto-saisine, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) s’est penché sur la question stratégique des défis du monde rural et les moyens de le développer. Après six mois d’études, son président Nizar Baraka a présenté, ce jeudi 26 janvier, une vision globale qui conclut à la nécessité d’élaborer une loi-cadre pour que les acteurs concernés parlent d’une seule voix.
43 recommandations pour que la ruralité puisse se développer à l’instar des centres urbains du Maroc. Confronté à un faible niveau de développement humain des populations locales, la persistance des inégalités socio-économiques, l’enclavement, la marginalisation et la pauvreté accentuée qui touche les populations les plus vulnérables des campagnes marocaines, le monde rural souffre de freins et de situations à risques qu’il convient de juguler par un nouveau paradigme.
Interrogé par Médias24, le président du CESE, Nizar Baraka, déclare que la problématique du monde rural est très complexe car elle doit être différenciée entre celle des habitants éparpillés dans les zones montagneuses et ceux des plaines ainsi qu’entre les populations masculine et féminine.
Selon lui, il est essentiel d’avoir une vision globale car il ne faut plus se cantonner à considérer le monde rural sous le seul prisme agricole. La nouvelle représentation proposée par le CESE doit intégrer l’aspect socio-économique, culturel et environnemental, grâce à une loi-cadre qui prendra en compte tous ces paramètres.
"Après débat, elle devra s’imposer aux gouvernants et aux acteurs concernés pour qu’une fois adoptée, elle puisse être déclinée sur le terrain rural par des politiques publiques efficaces. Le drame du monde rural est la politique actuelle de silos qui se fait sans coordination ministérielle et qui conduit à une faible efficacité en termes de développement sur place".
Notre interlocuteur poursuit que le plan de développement des infrastructures rurales lancé par le Roi Mohammed VI le 30 juillet 2015, devra être accompagné d'une politique qui veille à la diversification des moyens de production pour créer des emplois et des revenus aux habitants du monde rural.
"L’exode rural s’est accéléré avec la transformation de la céréaliculture en arboriculture qui ouvre de nouvelles perspectives d’exode que nous devons accompagner. Pour cela, nous recommandons la mise en œuvre de structures d’accueil au niveau des villes intermédiaires qui peuvent absorber une partie de ces migrants, en leur assurant des formations pour qu’ils puissent s’insérer dans leur nouveau lieu de résidence.
"Le plan Maroc Vert a certes permis de fixer les populations rurales mais il doit être aidé par d’autres politiques pour atteindre l’objectif escompté car l’intermédiation qui capte la majorité de la valeur ajoutée des biens agricoles, constitue une problématique majeure du PMV", ajoute Baraka qui conclut que le projet de rapport du CESE sur le monde rural fera certainement l'objet de modifications après débat afin d'être adopté en février prochain.
Recommandations du CESE (détails dans le document flip-flop)
Après avoir dressé un état des lieux de la situation du monde rural, les membres du CESE ont formulé 43 recommandations stratégiques et opérationnelles pour développer durablement le monde rural.
1. Adopter une loi-cadre relative au développement du monde rural.
2. Mettre en place une entité dédiée au développement rural et aux zones de montagnes.
3. Reconsidérer les modes d’affectation, de gestion des ressources humaines des différentes administrations et du secteur privé.
4. Mettre en œuvre les mécanismes d’intégration des politiques nationales et territoriales et optimiser les moyens nécessaires au développement du monde rural.
5. Procéder à une réforme en profondeur des statuts juridiques des terres.
6. Mettre en œuvre dans chaque région, un plan d’aménagement des centres ruraux.
7. Développer une véritable politique de l’habitat rural.
8. Accélérer l’utilisation des technologies de l’information et de la communication pour développer à moindre coût le monde rural.
9. Rendre effective l’approche intégrative de l’égalité femme-homme, et mettre en place des mesures pour autonomiser les femmes et éradiquer les pratiques discriminatoires.
10. Renforcer le réseau routier des localités rurales.
11. Renforcer les actions agissant sur les déterminants de la santé (accès à l’eau potable, assainissement et épuration, éducation sanitaire et éducation globale, accessibilité etc.).
12. Rendre effective l’article 16 de la loi-cadre 34-09 relative à l’offre de soins.
13. Diversifier les modes d’action du système scolaire (curricula, gestion du temps scolaire, …), en explorant d’autres voies plus novatrices adaptées au milieu rural.
14. Elargir le programme "Tyassir" pour inclure l’enseignement secondaire collégial et le développer afin de lutter contre la déperdition scolaire en milieu rural.
15. Améliorer l’attractivité de l’école en milieu rural et accélérer la généralisation des écoles communautaires.
16. Améliorer les programmes d’adduction d’eau potable et d’électrification.
17. Lier l’électrification au développement des activités économiques avec la promotion et le soutien de projets micro-méso ou macro-économiques.
18. Réhabiliter et repenser la planification et la gestion des souks hebdomadaires en tant qu’espace de vie, de rencontres et d'activités économiques, sociales et culturelles.
19. Procéder à l’évaluation objective des retombées socio-économiques et environnementales de la stratégie plan Maroc Vert (PMV) sur les ménages concernés.
20. Mettre en place des mécanismes adaptés à chaque type de production pour maîtriser les circuits d’approvisionnement (ex: intrants, produits chimiques, phytosanitaires).
21. Mettre en place des mesures incitatives pour encourager l’installation des unités de valorisation des produits agricoles en milieu rural.
22. Soutenir et renforcer le développement et la réglementation de l’agriculture bio et différents produits du terroir issus notamment de l’agriculture familiale et solidaire.
23. Accélérer la mise en œuvre de la stratégie du développement de l’espace rural et des zones de montagne élaborée en mars 2016.
24. Encourager les actions du développement du tourisme rural territorial.
25. Elaborer un plan de développement régional des activités d’artisanats rurales.
26. Développer des activités non agricoles en milieu rural, notamment les services liés à l’agriculture et à l’usage commercial.
27. Valoriser le potentiel d’exploitation et d’élevage du secteur de la pêche, en développant et diversifiant les activités autour des produits de la mer.
28. Eriger la dimension environnementale comme priorité et systématiser les études d’impact des projets sur l’environnement.
29. Renforcer les moyens de préservation et de valorisation des ressources et écosystèmes de haute valeur dans les zones rurales les plus fragiles.
30. Saisir les opportunités offertes par les fonds internationaux de l’environnement et du climat (ex: fonds vert pour le climat, initiative Adaptation de l’Agriculture Africaine,…).
31. Renforcer le rôle et soutenir les initiatives de la société civile et des réseaux d’associations actives dans les domaines de protection de l’environnement rural.
32. Créer au niveau de chaque région et centres ruraux des lieux de vie culturels et sportifs (maisons des jeunes, animations et compétitions sportives, scoutisme rural).
33. Renforcer et développer les manifestations culturelles et sportives (ex: festivals, arts).
34. Activer la mise en œuvre des mécanismes de la démocratie participative.
35. Renforcer le taux et la qualité d’encadrement des agriculteurs.
36. Promouvoir l'entrepreneuriat, surtout les petites et moyennes entreprises.
37. Promouvoir la recherche scientifique dans les domaines de l’agriculture.
38. Développer les programmes d'alphabétisation dédiés à la femme du monde rural.
39. Mettre la citoyenne et le citoyen du monde rural au cœur des affections budgétaires.
40. Encourager les investisseurs privés et les financiers (locaux, nationaux et internationaux) à s’intéresser au monde rural en prenant des mesures incitatives.
41. Explorer les différents modes de financements alternatifs en direction du monde rural.
42. Inciter les responsables locaux à préparer des banques de projets à caractère social finançables par les investisseurs retenus ayant bénéficiés des mesures incitatives.
43. Activer la mise en œuvre du nouveau "programme de lutte contre les disparités territoriales et sociales de l’espace rural et des zones de montagne".
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