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ENTRETIEN (2). Moncef Lyazghi: “L’équipe nationale est le plus grand parti du Maroc”

(Suite et fin). Le football est un facteur important dans la cohésion sociale, et ce, aux quatre coins du globe. Au Maroc, nous avons vu des milliers de personnes dans les rues après la victoire des Lions de l’Atlas contre la Côte d’Ivoire. Seulement, cet engouement n’est jamais automatique, et il y a même une sorte de pessimisme aigu avant le début des compétitions internationales. Moncef Lyazghi livre à Medias 24 son regard sur ces phénomènes sociaux. 

ENTRETIEN (2). Moncef Lyazghi: “L’équipe nationale est le plus grand parti du Maroc”
El Mehdi Berrada
Le 26 janvier 2017 à 11h37 | Modifié 11 avril 2021 à 2h39

- Médias24: Sur les réseaux sociaux, deux courants se sont dessinés au sujet de l’équipe nationale. Avant la CAN, c’était le pessimisme. Depuis la qualification, c’est l’engouement. C’est tout de même bizarre...

- Moncef Lyazghi: Les Marocains ont cumulé déceptions et frustrations durant les 12 dernières années sur le plan sportif et en particulier, footballistique, au point de s’y habituer. À la veille de chaque compétition continentale, les Marocains portaient beaucoup d’espoir sur la sélection qui, en fin de compte, n’arrivait pas à passer le cap du premier tour.

C’est à partir de cela que le Marocain a perdu espoir, et qu'il est même devenu pessimiste. Aucun d’entre nous n’osait, avant le début de cette CAN, dire que les Lions de l’Atlas pourraient créer la surprise et passer le premier tour. Après, on s’habitue à la victoire petit à petit.

-Mais pourquoi donc, l’engouement n’est-il pas automatique, parfois même lorsque le Maroc gagne?

- Il y a un autre point, et qui est tout aussi important. Nous avons atteint le stade de ne plus faire confiance aux victoires des Lions de l’Atlas, c’est-à-dire que, quand l’équipe nationale arrive à gagner un match, le public justifie cette victoire par la faiblesse de l’autre équipe, et non parce que les éléments marocains étaient bons.

Quelques-uns s’interdisent même de jubiler après une victoire. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé après Maroc-Togo. J’ai même vu sur les réseaux sociaux des personnes qui estimaient que la Côte d’Ivoire n’était pas en forme le jour du match contre le Maroc. C’est comme si elles n’arrivaient pas à croire que le Maroc a une belle sélection qui arrive à battre le champion d’Afrique.

-Ils veulent, en quelque sorte, que les victoires soient méritées, non?

- Je rappelle que l’Allemagne qui a remporté la Coupe du monde en 1990 n’avait pas montré un grand niveau et beaucoup disaient qu’elle ne méritait pas ce titre. Et le dernier exemple en date, c’est le Portugal qui a gagné la dernière édition de la Coupe d’Europe, sans montrer une très grande forme. Le plus important, c’est d’avoir un titre. L’histoire retiendra le palmarès en premier lieu.

Nous sommes devenus durs avec nous-mêmes, et c’est regrettable de voir même des blagues sur la sélection. Il y a bien évidemment les inconditionnels de l’équipe nationale, qui écartent toutes les polémiques et encouragent la sélection. Pour conclure, disons que chacun a sa propre façon d’aimer la sélection nationale.

-Et maintenant, le Maroc tout entier ne parle que football et équipe nationale. Ceci confirme que ce sport est la première passion des Marocains...

- On se rappelle tous, du débat que nous avions, notamment sur les réseaux sociaux, avant le début de la CAN. Ça ne parlait que de Benkirane, du gouvernement et du blocage. Aujourd’hui, et après la victoire de l’équipe nationale, tout le monde parle football.

Nous avons presque oublié que nous vivons sans gouvernement, grâce au football. Si le Maroc avait perdu contre la Côte d’Ivoire, le débat autour du blocage gouvernemental aurait repris deux ou trois jours après. Maintenant, ça attendra que l’aventure des Lions de l’Atlas au Gabon prenne fin. Et nous savons très bien que le football fédère plus de monde que la politique ne peut le faire.

En 2004, avant le début de la Coupe d’Afrique, l’Exécutif avait adopté la loi contre le terrorisme, qui avait créé une grande polémique. Mais les très bons résultats du Maroc lors de cette édition, l’ont fait passer au second plan. Tous les Marocains étaient préoccupés par l’équipe nationale, et c’est ça la magie du football.

-Nous avons l’impression qu’après chaque exploit, c’est un Maroc uni qui sort dans la rue. Comment expliquez-vous cela?

-Le football est réellement un facteur important dans la cohésion sociale. Les Marocains portent tous un grand amour, et pour la nation et pour l’équipe nationale. La sélection nationale est le seul élément qui peut créer une telle harmonie. Nous assistons même à une sorte de coexistence entre les Marocains de toutes les catégories sociales.

Il est révolu le temps où les Mokkadems venaient demander aux foyers de brandir le drapeau national à l’occasion des fêtes. Maintenant, pour exprimer sa joie, le supporter va directement acheter son drapeau et sort dans la rue, sans que personne ne lui demande.

D’ailleurs, je me rappelle en 2004, les ventes des drapeaux avait enregistré un record. C’est une joie innocente, loin de toutes appartenances politiques. A partir de là, moi je dis que le football avec l’équipe nationale est le plus grand parti du Maroc.

Ce qui est drôle, c’est la posture de quelques partis politiques. Ils ne se sont jamais intéressés au sport dans leurs programmes, et maintenant ils surfent sur la vague notamment sur les réseaux sociaux. C’est le summum de la contradiction.

-En dehors du public, même les médias n’ont pas été cléments avec l’équipe nationale, et encore moins avec Hervé Renard avant le début de la compétition...

-Si je dois blâmer quelqu’un, ça ne sera pas le public, mais les analystes et les techniciens qui passent à la télé et dans les autres médias. Nous avons lu et vu des personnes qui se prétendent être objectives, et qui n’ont pas arrêté de critiquer les joueurs et le coach, même avant de voir le premier match.

Depuis la victoire contre le Togo et contre la Cote d’ivoire, elles ont changé de discours et elles sont devenues les premiers à supporter les Lions de l'Atlas. Mais quelle crédibilité ont ces gens? C’est tout de même des pourvoyeurs d’idées et ils doivent avoir plus de respect pour les personnes qui les suivent.

Je ne sais pas ce qu’ils pourraient reprocher au coach. Tout le Maroc demandait à avoir un grand entraîneur. Sincèrement avec le palmarès que Hervé Renard a pu avoir ces dernières années, il a le profil idéal pour notre sélection.

1ère partie: Les réussites du football national étaient ponctuelles

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El Mehdi Berrada
Le 26 janvier 2017 à 11h37

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