Au procès Lagarde, un grand absent et des témoignages à charge
On attendait le bras droit de Christine Lagarde à Bercy, mais ce sont un ex-ministre et un ancien haut fonctionnaire qui, dans des styles différents, ont livré le 14 décembre des témoignages à charge au procès de la patronne du Fonds monétaire international (FMI).
Au début de l'audience, l'avocat de l'actuel PDG d'Orange, Stéphane Richard, annonce à la Cour de justice de la République (CJR) que celui qui fut directeur de cabinet de l'ancienne ministre de l'Economie ne viendra pas témoigner.
M. Richard, un des protagonistes de l'arbitrage Tapie, qui vaut à la directrice générale du FMI d'être jugée, est lui-même mis en examen dans le volet non ministériel de l'enquête. Pour préserver ses droits à la défense, il n'aurait pas prêté serment et aurait pu décliner certaines questions. "Un sous-témoin", résume son avocat, Jean-Etienne Giamarchi.
La directrice générale du FMI est accusée de "négligence", pour avoir autorisé un arbitrage avec Bernard Tapie, ayant coûté plus de 400 millions d'euros au contribuable.
Depuis lundi 12 décembre, début du procès prévu jusqu'au 20 décembre, elle insiste sur la "confiance" qu'elle portait alors à Stéphane Richard pour le traitement de ce dossier.
C'est sans lui que la CJR plonge mercredi dans l'univers particulier de la technocratie de Bercy.
Bruno Bézard y a passé 28 ans, jusqu'au poste le plus prestigieux, celui de directeur général du Trésor, auquel il a été nommé sous le quinquennat Hollande. Le haut fonctionnaire a vu passer 13 ministres.
En 2007 et 2008, lorsque se noue l'arbitrage frauduleux, il dirige l'Agence des participations de l'Etat (APE), laquelle recommande de rester devant les tribunaux classiques pour régler un vieux contentieux entre Bernard Tapie et l'ancienne banque publique Crédit Lyonnais.
"La pire des solutions"
L'arbitrage était "la pire des solutions", dit M. Bézard, qui travaille aujourd'hui pour un fonds d'investissement franco-chinois. Mais ses notes ne parviennent pas à la ministre, il n'est pas invité à plusieurs réunions décisives.
Pourquoi n'est-il pas allé exposer directement son point de vue à Mme Lagarde?
"J'ai indiqué au directeur de cabinet notre position à plusieurs reprises et fait savoir que j'étais disponible pour être reçu".
- "On ne dit pas -je souhaite être reçu-?", demande la présidente Martine Ract Madoux, perplexe face à ce qu'elle qualifie de "langage codé".
- "Cela revient au même".
Quand tombe la sentence arbitrale très favorable à l'homme d'affaires en juillet 2008, Mme Lagarde renonce à l'attaquer, au motif qu'il y a très peu de chances qu'un recours aboutisse.
"Devant une décision aussi scandaleuse, même si nous n'avions qu'une chance sur 1.000 de gagner", il fallait tenter, assène M. Bézard.
L'arbitrage, annulé depuis au civil et soupçonné au pénal d'être un colossal détournement de fonds, a été décidé parce que "les membres du gouvernement, Matignon, la présidence de la République" y étaient favorables, estime-t-il.
"Précipitation"
Arrive Thierry Breton, ministre des Finances entre 2005 et 2007. Lui ne charge personne mais son témoignage, en creux, est certainement pénible à entendre pour Christine Lagarde.
D'abord parce qu'il se pose en vrai "patron" de Bercy, lisant lui-même les notes, convoquant les hauts fonctionnaires, s'occupant personnellement du contentieux avec Bernard Tapie. "Quand on est ministre, il n'y a pas de petites responsabilités."
Christine Lagarde, immobile et silencieuse sur sa chaise depuis le matin, encaisse. Elle a dit et répété à la Cour que l'affaire Tapie n'était "pas prioritaire" à ses yeux, et qu'elle comptait sur son cabinet pour filtrer les notes.
Thierry Breton assure surtout que lorsqu'il quitte Bercy en 2007, l'Etat "se trouve dans une situation très favorable" sur le plan judiciaire face à Bernard Tapie. Grâce à un arrêt de la Cour de cassation, "le temps jouait pour nous".
Avant de partir, l'actuel PDG du groupe de services informatiques Atos tient à lire un petit mot gentil pour celle qui a été sa ministre déléguée au Commerce extérieur, qui a "fort bien" rempli cette mission et avec laquelle il a eu d'"excellentes" relations de travail.
En quittant la barre, il s'arrête brièvement pour serrer la main de Christine Lagarde. Elle lui adresse un mince sourire.
(Avec AFP)
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