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Médecine: Introduction historique au Maroc d’une chirurgie contre l’épilepsie

Deux jeunes patients atteints d’épilepsie sévère ont bénéficié d’une technique chirurgicale inédite au Maroc. Le Pr El Khamlichi affirme à Médias24 que cette intervention changera la vie d’une partie des épileptiques qui n’avaient d’autre choix que de souffrir en silence.

Médecine: Introduction historique au Maroc d’une chirurgie contre l’épilepsie
Samir El Ouardighi
Le 2 novembre 2016 à 17h02 | Modifié 2 novembre 2016 à 17h02

Depuis le 26 octobre dernier, les Marocains souffrant d’épilepsie réfractaire (incurable malgré les traitements médicamenteux) peuvent bénéficier d’une chirurgie appelée «hémisphérotomie».

Pratiquée en Europe et aux Etats-Unis depuis les années 90, cette technique consiste à isoler l’hémisphère malade à l’origine des crises du deuxième hémisphère, qui est sain.

En coupant leurs inter-connexions, l’hémisphère sain prend le relais pour que le patient retrouve dans la majorité des cas, une vie normale au prix de séquelles moins lourdes que les crises persistantes.

A l’origine de son introduction au Maroc, le neurochirurgien Abdeslam El Khamlichi affirme à notre rédaction que l’opération par son équipe des deux jeunes patients a été, jusqu’ici, un succès total.

Dans un premier temps, les patients âgés de 19 et 20 ans ont été explorés puis sélectionnés par l'équipe de neurophysiologie, dirigée par Pr Réda Ouazzani. Ils ont ensuite été opérés à tour de rôle le 25 et 26 octobre par l'équipe de neurochirurgie du Centre des neurosciences, dirigée par Pr Abdeslam El Khamlichi, avec l'assistance du professeur Sarat Chandra, directeur du All India Institute for Medical Sciences, qui préside la Société asiatique de la chirurgie de l'épilepsie.

Après leur intervention et quatre jours en réanimation, les deux jeunes patients ont rejoint leur chambre d'hôpital et aucun d’entre eux n'a plus fait de crises d'épilepsie.

Interrogé par Médias24, le Pr El Khamlichi est revenu sur la portée de ces opérations, qu’il qualifie de grand renfort pour la médecine marocaine et surtout pour des patients souvent désespérés.

-Pourquoi cette technique chirurgicale a mis autant de temps à être pratiquée au Maroc?

-Parce qu’elle très complexe et délicate pour être mise en œuvre. Elle nécessite une grande compétence pour sélectionner les malades concernées car il existe de multiples types d’épilepsie ou de maladies cérébrales à l’origine de cette pathologie.

Pour la mener à bien, il faut une équipe multidisciplinaire et une technologie biomédicale de pointe, en particulier pour exploiter et interpréter l’imagerie (IRM …). Tout cela pour supprimer des connexions entre les deux hémisphères du cerveau, sans aggraver l’état de santé du patient.

-Cette opération n’est donc pas destinée à tous les épileptiques...

-Absolument pas, car elle est pratiquée par quelques rares services ultra-spécialisés qui traitent certains cas d’épilepsie. En France, on dénombre à peine un ou deux services capables d’effectuer ces interventions neurochirurgicales réservées à certains cas désespérés.

-Combien de patients marocains peuvent en bénéficier?

-Sans étude épidémiologique sérieuse du ministère de la Santé, il est difficile de répondre.

Aujourd’hui, il y a entre 600.000 et 1 million d’épileptiques au Maroc, dont on arrive à guérir partiellement ou totalement 60% par des traitements médicamenteux.

Il existe plusieurs techniques chirurgicales pour ceux que la chimie n’aide pas et une des plus complexes est l’hémisphérotomie que nous venons d’introduire au Maroc.

Ce qu’il faut retenir, ce n’est pas le nombre, mais plutôt le type de malades à qui nous avons affaire. Il s’agit souvent de jeunes enfants qui ont des crises qui ne s’arrêtent pratiquement jamais.

Plus la fréquence est élevée, plus leur cerveau se détériore et à l’âge de 15 ans, cela aboutit à une régression mentale et à une perte des moyens psychomoteurs. Sans cette opération qui permet de corriger ces pathologies extrêmement handicapantes, les cas de ces patients deviennent désespérés.

-Votre centre dispose donc d’une équipe spécialement dédiée pour pratiquer cette chirurgie...

-Hormis l’Egypte et l’Afrique du Sud, le Centre national de réhabilitation et des neurosciences est le seul du Maghreb et d’Afrique à disposer d’une telle équipe. Au total, cela représente une vingtaine de personnes (médecins, infirmiers, techniciens) qui ont été formés et qui ont les compétences pour traiter les cas graves d’épilepsie.

-Pourquoi ce genre d’opérations ne se pratique pas dans les CHU du Maroc?

-L’efficacité de notre centre vient du fait qu’il a été créé et financé à hauteur de 180 MDH par la Fondation Hassan II pour la prévention et lutte contre les maladies du système nerveux et pas par l’Etat. Pour être efficient face à ce genre de pathologie, il faut des ressources humaines et des technologies pointues, que le budget de l’Etat ne permet pas de financer.

-Combien a coûté l’opération des deux jeunes patients?

-L’essentiel des frais a concerné la préparation de l’intervention, car il y a beaucoup d’examens préalables à l’opération chirurgicale, qui a été suivie d’un séjour en soins intensifs de quatre jours.

Pour l’ensemble des prestations médicales, il faut compter entre 80 à 100.000 DH de frais, ce qui n’est pas énorme, sachant qu’en Europe, la facture est au moins de 50.000 euros. 

-Sauf qu’en France, la sécurité sociale rembourse ou finance à l’avance l’essentiel de la facture...

-La CNOPS et la CNSS ne remboursent en effet qu’une toute petite partie des opérations chirurgicales, mais les assurances privées permettent de limiter la facture.

C’est aux pouvoirs publics d’intégrer cette nouvelle opération dans ses barèmes de remboursement pour les plus démunis, qui ne peuvent pas la financer. Notre centre qui fonctionne sur un mode privé à but non lucratif prend en charge un certain nombre de malades qui sont couverts par le RAMED.

-Vos patients ont-ils été opérés à titre gracieux?

-Ils ont été exonérés des honoraires médicaux des chirurgiens qui ont pratiqué les interventions, mais une famille a réglé les examens et les consommables et l’autre patient a été pris en charge par la clinique du Palais royal. 

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Samir El Ouardighi
Le 2 novembre 2016 à 17h02

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