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Cheikh Omar Alkazabri fustige les femmes non-voilées et "la nudité étalée dans nos rues"

Sur sa page Facebook, l'imam de la Mosquée Hassan II de Casablanca joue avec le feu. Avec l'aura que lui confère sa position, il lance une violente attaque contre les femmes "dénudées" qui remplissent nos rues et provoquent les "bas instincts des hommes". Il affirme qu'elles iront en enfer.

Cheikh Omar Alkazabri fustige les femmes non-voilées et "la nudité étalée dans nos rues"

Le 18 août 2016 à 14h10

Modifié 11 avril 2021 à 2h38

Sur sa page Facebook, l'imam de la Mosquée Hassan II de Casablanca joue avec le feu. Avec l'aura que lui confère sa position, il lance une violente attaque contre les femmes "dénudées" qui remplissent nos rues et provoquent les "bas instincts des hommes". Il affirme qu'elles iront en enfer.

Quelle mouche l’a piqué? Peut-on dire que les Marocain-e-s sont plus dénudé-e-s que jamais? Que la tendance vestimentaire dans la société marocaine est au nu?

C’est en tous les cas ce que laisse entendre un long texte posté par Omar Alkazabri, le populaire imam de la Mosquée Hassan II de Casablanca.

L’article ci-après est un commentaire. Il est écrit avec un parti-pris, celui de la défense des libertés individuelles, dans le respect des lois marocaines.

Dans un post partagé près d’un millier de fois en quatre jours, Cheikh Alkazabri fustige ce qu’il appelle la “nudité croissante dans nos rues“.

Le texte est intitulé “Le désaveu de la nudité“, expression qui est loin d’être innocente et sur laquelle nous allons revenir.

>L’auteur affirme ceci:

-“la nudité n’est plus affaire de saison, elle est étalée sous nos yeux, hiver comme été.

-“ceux qui critiquent la nudité peuvent être traités de réactionnaires, mais être réactionnaire est un honneur lorsqu’il s’agit de religion et d’Honneur.

-il cite un hadith qui figure dans le recueil de l’imam Muslim et selon lequel les femmes qui ne sont pas suffisamment couvertes sont vouées à l’enfer.

-“La nature humaine nous pousse à suivre la voie de la Vérité. Le problème n’est pas dans la nature humaine mais dans les bandits de grands chemins qui sèment la confusion. Ils savent que c’est la Vérité, mais ils la combattent, car leurs âmes sont viles, car la Vérité s’oppose à leurs bas instincts (…) ils combattent les défenseurs de la pudeur. Ils ne respectent pas la liberté de celle qui a choisi le voile ou le niqab.

-“Regardez nos rues. Cela fend le cœur de voir la situation dans laquelle nous nous trouvons, la nudité obscène, l’étrange audace contre les commandements de Dieu, un défi et un outrage à la population, des femmes jeunes, dénudées et fumant des cigarettes; où sont leurs tuteurs? Des filles dénudées, des garçons perdus, tombés dans les filets de la séduction; ils sont tous victimes d’un complot contre cette nation, un complot dont les concepteurs ont voulu tuer la pudeur, les valeurs, les principes“.

Le commentaire.

1-On ne peut pas dire que les rues marocaines sont le théâtre d’un défilé quotidien et massif de filles dénudées ou habillées-déshabillées d’une manière offensant la pudeur.

2-L’objectif est donc ailleurs. C’est une offensive claire en faveur du voile et du niqab.

3-Le titre est évocateur: “Le désaveu de la nudité“. Le mot désaveu rappelle la littérature wahabite et celle d’Ibn Taymiyya. Dans ces mouvances, désavouer un coreligionnaire signifie rompre les liens avec lui, l’excommunier, l’exclure de la communauté, lui vouer sa haine et son animosité. C’est une posture que l’on réserve aux mécréants. Les femmes non voilées sont donc des mécréantes. Alkazabri connaît trop bien le sens des mots pour l'avoir utilisé par hasard.

4-Le mot nudité est utilisé ici par excès. Il désigne, et c’est clair dans le texte, toutes celles qui ne portent ni voile ni niqab. Ces femmes sans niqab et sans voile, celles qui sont en jupe courte, celles qui portent des vêtements où l’on peut deviner une transparence ou des formes, sont considérées comme nues. Elles sont stigmatisées, désignées à la vindicte publique.

Il est vrai que la notion de pudeur est variable selon les cultures. Mais l'auteur va loin en qualifiant de nudité tout ce qui n'est pas entièrement soustrait aux regards (supposés être concupiscents) des mâles. Les mâles sont d'ailleurs exonérés de tout reproche. Ils sont des victimes de la séduction exercée par ces femelles déchaînées, ces créatures de l'enfer.

5-Contre ces femmes et ceux qui les défendent, le cheikh invoque Dieu, l’enfer et enfin le complot étranger contre la nation musulmane.

6-Ce texte fait peur, très peur. Nulle trace de raisonnement. Il s’adresse aux instincts, aux émotions. Il mobilise la communauté, il ignore l’individu, la liberté, les droits.

7-L’auteur considère qu’il est le seul, lui et ses semblables, à être capable de légiférer sur le code vestimentaire des Marocains. Il dénie à tout autre citoyen le droit de le faire, sauf s’il fait partie de sa communauté à lui. En d’autres termes, il s’arroge le monopole de la compréhension et de l’interprétation des textes sacrés.

8-L’auteur considère que l’individu n’existe pas. Il n’y a que des croyants et des non-croyants. Et la communauté a un droit de regard sur eux.

9-Le texte fustige et stigmatise les femmes qui ne s’habillent pas selon les règles énoncées par l’auteur et qu’il dit être les règles de la religion musulmane. Accepterait-il un débat sur ce point? Non, parce que selon lui, le débat doit rester circonscrit aux détenteurs de la Vérité, autrement dit ceux qui pensent comme lui.

10-Le discours d'Alkazabri est d'autant plus dangereux qu'il est très audible. Ce n'est pas l'imam d'une mosquée de quartier. Il parle avec l'aura que lui donne sa position d'imam de la Mosquée Hassan II.

11-Et pour finir: ne pas porter le voile deviendra-t-il un acte de résistance?

12-Petit rappel à l'intention du cheikh Alkazabri: le Maroc est un pays où il y a un monopole du religieux exercé sous l’autorité du Roi, Amir Al Mouminine. Ne dépassez pas vos limites.

Signalons que nous avons tenté de joindre M. Elkazabri sans succès. Nos colonnes lui sont ouvertes s'il souhaite s'expliquer, se reprendre ou débattre.

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Réaffirmation du monopole du religieux par le Roi

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