Abdelaziz El Omari, le Rastignac du PJD
On ne se méfie jamais assez de l’eau qui dort et des hommes qui paraissent trop lisses. On ne se méfie jamais assez de ceux qui ne mettent pas suffisamment d’eau dans leur vin.
Pourtant, il suffit d’une averse pour que le fleuve tranquille devienne un torrent de haine. Une provocation de trop et le parfait gentleman du PJD porte alors un coup de dague en pleine poitrine des impies.
A 48 ans, les cheveux poivre et sel (et pas une ride au front!), le natif d’Errachidia joue encore les louveteaux de la politique marocaine. Un louveteau à la silhouette d’étudiant, un jeune loup aux dents longues. Un Rastignac islamiste.
Il n’en demeure pas moins un bosseur, comme on dit dans le milieu. Lors des dernières élections communales, l’ancien secrétaire régional du PJD à Casablanca (2008-2012) n’a ménagé aucune peine pour obtenir les 7.121 voix qui font de lui aujourd’hui le maire de la capitale économique du royaume et celui d’une des plus grandes métropoles du continent africain.
Casablanca, la vitrine du Maroc, le hub africain, le poumon économique du pays, passant des mains du gestionnaire libéral Mohammed Sajid à l’idéologue Abdelaziz El Omari.
Au sein du PJD, Abdelaziz El Omari, par ailleurs ministre en charge des relations avec le Parlement et la société civile depuis mai 2015, fait figure d’exception.
Un parcours emprunt de patience et de silence
Contrairement à ces aînés (Benkirane, El Otmani, Ramid) ou à ses "contemporains" (El Khalfi), El Omari n’aime pas les médias. C’est une exception au parti de la Lampe, qui excellence dans les batailles politico-médiatique.
Peu porté sur les confidences journalistiques et encore moins sur les familiarités auxquelles s’adonnent ses Frères, El Omari a toujours refusé de câliner les médias et de donner l’accolade aux journalistes.
Ces derniers se sont vengés en le présentant souvent comme un personnage incolore et inodore, en total décalage avec le bruit et la fureur de ses compagnons, notamment avec la posture bavarde et l’attitude débraillée de son "mentor" Abdelilah Benkirane.
El Omari est pourtant l’une des clés de voûte du "système Benkirane". Son rôle au sein du parti: servir de courroie de transmission entre Benkirane et les différentes tendances internes et forces vives du parti. Une mission difficile pour un homme habile, qui a exercé cette fonction jusqu’au dernier Congrès extraordinaire du PJD.
Récompensé pour ses loyaux services par Benkirane, El Omari est désormais un homme public de premier plan, qui doit se confronter à l’attention permanente des médias et au jugement intransigeant de l’opinion publique.
Elégant, réservé, El Omari cultive le mystère. Tout au long de son parcours, rien de scrabeux ou de scandaleux. Aucune déclaration qui a défrayé la chronique, aucune invective assassine, aucune accusation impétueuse du haut de la tribune de la Chambre des représentants, où El Omari est entré en 2002 en tant que député de Ain Sebaâ/Hay Mohammadi.
Ni inconduite, ni insolence, ni table renversée, son parcours est emprunt de patience et de silence. Tant de maîtrise de soi cache forcément quelque chose. L’homme que l’on présente de marbre serait-il plus sournois qu’on ne le pense?
El Omari, ingénieur d’Etat de l’école Mohammadia, n’est pas dénué d’orgueil. Il a même l’orgueil le plus ombrageux, celui des timides et des modestes.
La conviction d’être plus "pur" que les autres, plus droit que les autres. Lui qui "souffre" d’un tropisme étrange pour l’organisation du Hamas- exprimé lors d’un Congrès de la jeunesse du PJD à l’automne 2014, a l’intime conviction d’être missionné par Dieu pour accomplir un destin politique hors pair.
De l’ambition, le maire de Casablanca en a à revendre. Patient, il a gravi les échelons au sein du PJD sans se faire remarquer, en rasant les murs.
Il est temps de "casser la baraque"
Homme de consensus, El Omari est désormais expert ès qualité en résolution de conflits et en gestion de tensions entre les différents courants du PJD.
Cette expertise s’est renforcée lors de son expérience en tant que chef de file des législateurs du PJD à la 1re Chambre, dès 2011, puis en tant que directeur général du parti depuis 2012. Homme courtois, cultivé, qui fuit la pédanterie et les excès, El Omari n’étale ni ses états d’âmes, ni ses sentiments, ni ses rancoeurs. Il va droit au but, sans afficher à l’avance ses ambitions.
On dit pourtant qu’El Omari n’aurait pas l’étoffe d’un meneur. Son charisme n’est guère évident, mais son CV parle pour lui. Apparatchik pur et dur, El Omari connaît chaque militant du parti, commune par commune, province par province, région par région.
Il maîtrise la base du parti et ses rouages internes. La mécanique PJD n’a aucun secret pour lui. Homme d’idéologie, il pourra conserver l’identité du PJD face au risque de banalisation du parti sur la scène politique nationale et conserver les relations qu’entretient le parti avec ses partenaires "islamo-conservateurs" au sein de la région Mena.
Convaincu que son profil de "pèlerin" sur la ligne de front et de bon père de famille traditionnaliste est en phase avec les attentes de l’électorat marocain, El Omari trace sa route, sans se soucier de ses opposants.
D’ailleurs, il est l’un des rares hommes politiques à remettre en cause la Moudawana, comme le prouve son soutien (nostalgique) aux manifestants de mars 2000 contre cette réforme de la Moudawana lors d’un meeting en 2015, à Sidi Bernoussi, en présence de Abdelilah Benkirane.
Critiqué pour sa passivité, abîmé par les logiques d’appareil, El Omari commence aujourd’hui à lâcher ses coups en tant que maire de Casablanca et veut "casser la baraque".
Il le sait, un succès de son action à la tête de la mairie et les portes du leadership du PJD pourraient s’ouvrir devant lui, dans un avenir proche. Pour cela, El Omari doit structurer et muscler sa communication et faire que son discours soit audible au-delà des rangs de son parti.
On reproche à El Omari une personnalité aux arêtes tranchantes, comme une lame. On déplore son agressivité gratuite, son caractère incongru, son air hautain. Il faudra sûrement toute l’agitation et les intrigues de la politique casablancaise pour que Abdelaziz El Omari le discret, le taiseux, se dévoile. Il reste néanmoins, pour beaucoup, un crypto-intégriste.
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