Venezuela: La pénurie de nourriture jette les manifestants dans la rue
L'homme agite des billets: "Je fais quoi avec cet argent?". Avec des dizaines d'autres personnes, ce retraité bloque une avenue de Caracas pour protester contre la pénurie de nourriture. Une scène qui se multiplie dans un Venezuela en crise.
José Salazar explique à l'AFP qu'il est en quête de nourriture pour lui, ses enfants et petits-enfants dans les supermarchés. Mais "il n'y en a pas", se lamente-t-il.
Mercredi 8 juin, trouvant à nouveau des rayons vides, des Vénézuéliens de tous les âges ont spontanément fait éclater leur colère contre le gouvernement et le président socialiste près du quartier populaire de Petare. "Dehors Nicolas Maduro!", "référendum!", scandaient-ils, en référence au processus en cours visant à révoquer le chef de l'Etat.
L'opposition vénézuélienne a obtenu mardi le premier feu vert des autorités électorales pour l'organisation de ce référendum révocatoire, premier pas d'un long processus pouvant mener à de nouvelles élections.
Tairon Rincon, un autre manifestant, exige du président Maduro de "trouver une solution". "On a faim, on veut de la nourriture: chère ou pas, importée, peu importe, mais il faut qu'il y en ait!".
Peu après, ils sont dispersés par les forces de l'ordre à l'aide de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc.
Quelques heures plus tard, à Los Ruices, quartier de classe moyenne de la capitale, une autre avenue a été prise d'assaut par des manifestants.
Ces mobilisations improvisées sont devenues quotidiennes dans plusieurs villes du pays. L'Observatoire vénézuélien de la conflictualité sociale, une ONG, a dénombré 254 pillages ou tentatives de pillage au cours des cinq premiers mois de l’année et au cours du mois de mai uniquement, 172 manifestations contre le manque d'aliments.
Dans un Venezuela en pénurie de produits les plus basiques, voir arriver tous les 21 jours un sac du gouvernement contenant du riz, du lait et des haricots devrait être une bonne nouvelle. Mais dans ce pays sous tension, la polémique n'a pas tardé.
Pas assez garnis, distribués au compte-gouttes et en fonction des préférences politiques: une pluie de critiques s'est abattue sur ces sacs, distribués depuis avril via des comités de citoyens appelés Clap (Comités de fourniture et de production). L'idée du président socialiste Nicolas Maduro était de contourner la contrebande, responsable selon lui des rayons quasi vides des supermarchés.
"Ils sont craints, mais les Clap sont les fers de lance du système agroalimentaire", s'est justifié mercredi le ministre de l'Alimentation, le général Rodolfo Marco Torres.
En 24 heures, la presse locale a signalé ce type de protestations aux quatre coins du Venezuela: dans les villes de Valera (est), de San Juan de los Morros (centre), Porlamar (ouest), et Maturin (ouest).
Selon l'Observatoire vénézuélien de la conflictualité sociale, entre janvier et mai, le pays a été le théâtre de 2.779 manifestations liées aux différentes pénuries (aliments, médicaments, etc) ou lacunes des services publics (eau, électricité).
A cinq kilomètres des manifestants dispersés par la police mercredi, les conducteurs d'autobus ont manifesté avec leurs véhicules pour réclamer des pièces détachées devant le ministère des Transports.
"Maintenant, on a des problèmes avec les batteries, les pneus, l'huile, le prix de l'essence a été augmenté... Cela ne fonctionne plus", déclare à l'AFP Alfonso Rangel, chauffeur de bus.
Le Venezuela affiche déjà la pire inflation au monde, 180,9% en 2015. Le chiffre devrait grimper à 700% cette année, selon le Fonds monétaire international (FMI).
"Les pneus manquent, plus de 70% des véhicules sont paralysés (...) leurs pneus sont tout lisses (...) En continuant à rouler, on joue avec la vie des usagers et la nôtre", ajoute son collègue, José Luis Montoya.
Certains des conducteurs avaient placé des panneaux où l'on pouvait lire "où son les pneus et les batteries, M. le ministre ?".
Le gouvernement se défend en expliquant que "le Venezuela est victime d'une guerre économique quotidienne, d'une pénurie provoquée, d'une monopolisation des produits", selon le vice-président Aristobulo Isturiz, qui tient les chefs d'entreprise de droite pour responsables de la crise.
(AFP)
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