Tanger entre euphorie et risques de déséquilibres
Au cours d’un séminaire Tanger Horizons tenu ce 22 mars dans la ville du détroit, les résultats d’une étude de perception ont été présentés par l’entreprise de relations publiques PASS et le think tank Radius. Cette étude a nécessité "la tenue de 40 heures d’entretiens, avec 30 dirigeants".
Synthétisée sous la forme d’un document de discussion et de réflexion devant être complété, suite aux échanges tenus mardi à Tanger, le document évoque les "mythes de Tanger au service de l’avenir", "une vitesse de développement inédite", le passage "de la sous-traitance à la création de valeur" et "la future capitale de la culture méditerranéenne".
Plusieurs intervenants, dont Mme Tran, d’Alstom et M. Rais, qui préside l’Association de la zone industrielle de Tanger (AZIT), ont attiré l’attention sur les risques de congestionnement et de déséquilibres sociaux pouvant affecter Tanger de manière plus forte qu’aujourd’hui.
Air, mer, fer, autant que possible verts
La patronne d’Alstom Maroc, Thi-Mai Tran, a rappelé "qu’avec les transports publics, on circule mieux et on obtient une fluidité et une oxygénation nécessaires à la ville". Mme Tran conduit actuellement les démarches visant à convaincre Tanger –et d’autres villes marocaines après Casablanca et Rabat- de s’équiper d’un tramway ou d’un autre système de transport public efficace.
"Une ville qui ne respire pas, une ville qui a une mauvaise qualité de vie est une ville qui ne peut pas réfléchir". "Il faut, a-t-elle ajouté, fournir aux Tangérois et aux hôtes de Tanger, hommes d’affaires, congressistes, usagers du futur TGV, touristes, étudiants et croisiéristes, une mobilité efficace. Les clés de la mobilité de Tanger sont l’air, la mer et le fer, autant que possible verts", a conclu Mme Tran, avec un sens de la formule. "Tanger peut améliorer ses transports en commun, réduire le rôle de la voiture, faire une place actuellement inexistante au vélo".
Le patron de l’AZIT, Adil Rais, a pour sa part attiré l’attention sur "une croissance rapide, qui crée des déséquilibres. Le challenge aujourd’hui est de se projeter pour avoir un développement équilibré", a-t-il indiqué, rappelant que "le défi croissant de l’industrie n’est plus de produire pas cher, mais de produire bien". "Et pour ceux qui ne montent pas dans le train, qu’est-ce qu’on fait?" s’est-il interrogé.
Ghandori, success-story
De retour de Miami (Floride) où il a assisté à un salon international de la croisière, Mohamed Ouanaya de la Société d’aménagement du port de Tanger, a exprimé son optimisme sur le futur du projet de rénovation portuaire qu’il dirige. "Tanger fait bonne impression à Miami", a-t-il indiqué à son auditoire.
Outre le réaménagement complet du port de Tanger-Ville, le projet SAPT comprend un volet immobilier, aménagement de la partie ouest de la baie de Tanger, de la médina et des projets d’animation.
Ouanaya a illustré les changements vécus par Tanger, en prenant l’exemple du projet de Ghandouri, qu’il a mis sur les rails en 1992 en tant que dirigeant de la Compagnie générale immobilière (CGI) à l’époque.
"La réticence des investisseurs et de nos partenaires pour venir à Tanger en 1992 était terrible. On venait de lancer avec facilité les Jardins de l’Agdal sur 100 hectares à Marrakech, mais on avait du mal pour 60 hectares à Tanger. Les investisseurs nous demandaient : où est l’autoroute? Où est l’aéroport? Où sont les pénétrantes? Où est la baie propre qui borde Ghandori ? Où est la corniche attractive, où est la médina propre?" "20 ans plus tard, la plupart des points soulevés en 1992 ont trouvé une réponse ou sont en voie de la trouver" a souligné M. Ouanaya.
"Et pour ceux qui ne montent pas dans le train, qu’est-ce qu’on fait?"
M. Hassan Abkari directeur du port Tanger Med Passagers, a pour sa part expliqué le rôle du projet dans le schéma de développement régional, rappelant «le transfert des activités commerciales et industrielles du port de Tanger Ville vers Tanger Med ou d’autres espaces". Rêvant d’"un Tanger comme Hong Kong", il a déploré "l’absence de flotte maritime nationale" depuis la disparition en 10 ans des Comanav, Limadet-Ferry, Comarit et autres IMTC.
Dans la salle, les questions sur le patrimoine et de "ce que pensent le Tangérois" des chantiers en cours sont revenus. "Et pour ceux qui ne montent pas dans le train qu’est-ce qu’on fait?"
Un dicton marocain rappelle que "celui qui est pauvre n’est pas entendu" (Li ma ândou flouss, klamou messouss). Tanger va-t-elle aussi innover socialement? Les histoires de développement à deux vitesses sont nombreuses dans le monde. Tanger n’y échappe pas actuellement et se donne le temps d’y apporter des réponses inclusives.
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