img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
SOCIETE

Le récit d'une travailleuse philippine met à nu la traite humaine au Maroc

Hit Radio a diffusé sur sa chaîne youtube le témoignage d'une jeune Philippine victime de traite humaine au Maroc. Son histoire n'est pas un cas isolé.

Le récit d'une travailleuse philippine met à nu la traite humaine au Maroc
Amine Belghazi
Le 17 mars 2016 à 16h30 | Modifié 17 mars 2016 à 16h30

La jeune travailleuse philippine était loin de se douter que son séjour au Maroc, pour des raisons professionnelles, allait se transformer en vrai cauchemar. Sans papiers ni emploi, la jeune femme, qui s'est exprimée au micro d'une journaliste de Hit Radio, raconte son calvaire, qui a commencé dès son arrivée au Maroc. 

"J'ai décidé de venir travailler au Maroc pour aider financièrement ma famille qui vit aux Philippines. Avant mon départ, j'ai signé un contrat qui stipulait que mon salaire serait de 1.000 dollars. Arrivée au Maroc, cet accord n'a pas été respecté", raconte la victime.

Pire encore, les documents prouvant l'identité de la jeune travailleuse ont été saisis par l'agence en charge de son recrutement. Cette agence, raconte la victime, "m'a vendue à 25.000 DH, sous prétexte que c'est elle qui s'est chargée du paiement des frais du voyage. En réalité j'ignore le prix. Au consulat, ils m'ont demandé de régler la somme de 25.000 DH pour refaire mes papiers." 

Une population réduite à l'esclavage

Concrètement, en l'absence de documents administratifs, la victime ne peut prétendre à un emploi, et reste fatalement dans l'incapacité de rembourser la somme qui lui est demandée. Elle restera bloquée au Maroc, sans possibilité de retour aux Philippines. S'agit-il ici d'un cas de traite humaine?

En marge du forum mondial des droits de l'homme, qui s'est tenu fin novembre 2014 à Marrakech, Frédéric Kurz, membre du Groupe d'experts du Conseil de l'Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains (Greta) a donné la définition internationale de la traite, qui repose sur la réunion de trois conditions cumulatives.

Il s'agit du fait, du moyen et de la finalité. Dans le cas de la jeune Philippine, les éléments constitutifs de la traite humaine sont, respectivement: le transfert de la personne, le transfert de la tutelle sur la victime et le travail dans des conditions d'esclavage.

Une pratique très répandue

L'Organisation démocratique du travail, formation syndicale qui regroupe plusieurs catégories d'immigrés, estime que le Maroc compte environ 6.000 travailleuses et travailleurs philippins, dont la moitié employés dans le travail domestique.

Le mode de recrutement suscite nombre d'interrogations.

Stéphane Julinet, chargé de programme, responsable du droit des étrangers au Groupe antiraciste de défense et d'accompagnement des étrangers et migrants (Gadem) , relève que cette pratique est très répandue et pas uniquement à l'encontre des travailleurs philippins.

"Légalement, les agences, qu'on présente comme telles, n'ont pas de statut officiel, car il n'y a pas d'accord dans ce sens entre le Maroc et les Philippines. Ces personnes jouent le rôle d'intermédiaires entre le travailleur philippin et le recruteur", déclare Stéphane Julinet, joint par Médias 24.

De plus, en l'absence d'une législation qui régit le travail domestique, "les intermédiaires obtiennent facilement des contrats de travail pour les étrangers. Systématiquement, ils tiennent les travailleurs en otage en confisquant leurs passeports... Très souvent, lorsque ces derniers réclament la restitution de leurs documents administratifs, les intermédiaires déposent une plainte accusant leurs victimes de vol, de destruction de biens...etc. poussant ces derniers à prendre la fuite" constate notre source. Le cas de la jeune victime philippine ne déroge pas à la règle.

Les engagements internationaux en attente de concrétisation

Pour rappel, le Maroc a ratifié un ensemble de conventions et de protocoles internationaux visant à lutter contre la traite des êtres humains. On en cite, à titre d'exemple: 

-La convention de la lutte contre la traite des êtres humains et l’exploitation sexuelle (1949), ratifiée le 17 août 1973,

-La convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille (1991), ratifiée le 21 juin 1993,

-La convention de l’organisation internationale du travail N°29 concernant le travail forcé (1930), ratifiée le 20 mai 1957,

-La convention de l’organisation internationale du travail N°105 sur l’annulation du travail forcé (1957), ratifiée le 1er décembre 1966.

Toutefois, "la volonté politique nécessaire pour la concrétisation de ces engagements internationaux reste à démontrer", ajoute notre source. Cette situation écorche à la fois l'image du Maroc tolérant telle que véhiculée à l'international, et ses engagements en faveur du respect de la dignité humaine. Force est de constater que la situation de la jeune travailleuse philippine n'est que l'arbre qui cache la forêt.

 

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Amine Belghazi
Le 17 mars 2016 à 16h30

à lire aussi

Meknès : 199 lots industriels proposés dans la zone d’Ouislane
Quoi de neuf

Article : Meknès : 199 lots industriels proposés dans la zone d’Ouislane

Porté par le CRI Fès-Meknès avec Al Omrane, l’appel à manifestation d’intérêt vise à attirer des projets dans le textile, l’automobile, les énergies renouvelables, la chimie ou le BTP, sur un site aménagé de 65 hectares.

Carburant : nouvelle baisse des prix à la pompe ce mercredi 1er juillet 2026
Energie

Article : Carburant : nouvelle baisse des prix à la pompe ce mercredi 1er juillet 2026

Les tarifs du gasoil et de l'essence ont enregistré ce mercredi 1er juillet un nouveau repli significatif dans les stations-service du Royaume. Cette baisse, la deuxième en l'espace de deux semaines, apporte un soulagement aux usagers mais intervient dans un marché toujours surveillé de près par le Conseil de la concurrence.

Urbanisme : Tétouan prépare un nouveau plan d’aménagement pour son ancienne médina
Architecture et urbanisme

Article : Urbanisme : Tétouan prépare un nouveau plan d’aménagement pour son ancienne médina

Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1997, la cité historique fera l’objet d’un document actualisé soumis à une enquête publique d’un mois, afin d’encadrer l’évolution de ses fonctions urbaines sans altérer la valeur de son bâti ni son identité patrimoniale.

Mobilité : avec désormais Agadir et Tanger, Uber poursuit son pari sur le Maroc
Entreprises

Article : Mobilité : avec désormais Agadir et Tanger, Uber poursuit son pari sur le Maroc

Après Casablanca, Marrakech et Rabat, Uber poursuit son expansion au Maroc en lançant son activité à Agadir et Tanger, deux villes où le groupe entend accompagner l'essor du tourisme et la croissance de la demande en mobilité. Dans un entretien accordé à Médias24, Fayçal Ihrai, DG d'Uber Maroc, détaille sa stratégie de développement dans le Royaume.

La BEI annonce 365 millions d’euros pour les réseaux routier et ferroviaire marocains
Infrastructure

Article : La BEI annonce 365 millions d’euros pour les réseaux routier et ferroviaire marocains

Signés à Rabat lors de la première visite officielle de Nadia Calviño, les accords (d'un total de plus de 3,9 milliards de DH) prévoient 50 millions d’euros pour l’ONCF, complétés par 15 millions de subvention européenne, et 300 millions pour ADM, avec un accent sur la sécurité, la mobilité et la résilience des infrastructures.

Automobile : Benteler inaugure une nouvelle usine de pièces à Kénitra
Actualités

Article : Automobile : Benteler inaugure une nouvelle usine de pièces à Kénitra

Entré en production un an après le lancement du chantier, le site de l’Atlantic Free Zone mobilise plus de 400 MDH d’investissement.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité