Le récit d'une travailleuse philippine met à nu la traite humaine au Maroc
Hit Radio a diffusé sur sa chaîne youtube le témoignage d'une jeune Philippine victime de traite humaine au Maroc. Son histoire n'est pas un cas isolé.
La jeune travailleuse philippine était loin de se douter que son séjour au Maroc, pour des raisons professionnelles, allait se transformer en vrai cauchemar. Sans papiers ni emploi, la jeune femme, qui s'est exprimée au micro d'une journaliste de Hit Radio, raconte son calvaire, qui a commencé dès son arrivée au Maroc.
"J'ai décidé de venir travailler au Maroc pour aider financièrement ma famille qui vit aux Philippines. Avant mon départ, j'ai signé un contrat qui stipulait que mon salaire serait de 1.000 dollars. Arrivée au Maroc, cet accord n'a pas été respecté", raconte la victime.
Pire encore, les documents prouvant l'identité de la jeune travailleuse ont été saisis par l'agence en charge de son recrutement. Cette agence, raconte la victime, "m'a vendue à 25.000 DH, sous prétexte que c'est elle qui s'est chargée du paiement des frais du voyage. En réalité j'ignore le prix. Au consulat, ils m'ont demandé de régler la somme de 25.000 DH pour refaire mes papiers."
Une population réduite à l'esclavage
Concrètement, en l'absence de documents administratifs, la victime ne peut prétendre à un emploi, et reste fatalement dans l'incapacité de rembourser la somme qui lui est demandée. Elle restera bloquée au Maroc, sans possibilité de retour aux Philippines. S'agit-il ici d'un cas de traite humaine?
En marge du forum mondial des droits de l'homme, qui s'est tenu fin novembre 2014 à Marrakech, Frédéric Kurz, membre du Groupe d'experts du Conseil de l'Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains (Greta) a donné la définition internationale de la traite, qui repose sur la réunion de trois conditions cumulatives.
Il s'agit du fait, du moyen et de la finalité. Dans le cas de la jeune Philippine, les éléments constitutifs de la traite humaine sont, respectivement: le transfert de la personne, le transfert de la tutelle sur la victime et le travail dans des conditions d'esclavage.
Une pratique très répandue
L'Organisation démocratique du travail, formation syndicale qui regroupe plusieurs catégories d'immigrés, estime que le Maroc compte environ 6.000 travailleuses et travailleurs philippins, dont la moitié employés dans le travail domestique.
Le mode de recrutement suscite nombre d'interrogations.
Stéphane Julinet, chargé de programme, responsable du droit des étrangers au Groupe antiraciste de défense et d'accompagnement des étrangers et migrants (Gadem) , relève que cette pratique est très répandue et pas uniquement à l'encontre des travailleurs philippins.
"Légalement, les agences, qu'on présente comme telles, n'ont pas de statut officiel, car il n'y a pas d'accord dans ce sens entre le Maroc et les Philippines. Ces personnes jouent le rôle d'intermédiaires entre le travailleur philippin et le recruteur", déclare Stéphane Julinet, joint par Médias 24.
De plus, en l'absence d'une législation qui régit le travail domestique, "les intermédiaires obtiennent facilement des contrats de travail pour les étrangers. Systématiquement, ils tiennent les travailleurs en otage en confisquant leurs passeports... Très souvent, lorsque ces derniers réclament la restitution de leurs documents administratifs, les intermédiaires déposent une plainte accusant leurs victimes de vol, de destruction de biens...etc. poussant ces derniers à prendre la fuite" constate notre source. Le cas de la jeune victime philippine ne déroge pas à la règle.
Les engagements internationaux en attente de concrétisation
Pour rappel, le Maroc a ratifié un ensemble de conventions et de protocoles internationaux visant à lutter contre la traite des êtres humains. On en cite, à titre d'exemple:
-La convention de la lutte contre la traite des êtres humains et l’exploitation sexuelle (1949), ratifiée le 17 août 1973,
-La convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille (1991), ratifiée le 21 juin 1993,
-La convention de l’organisation internationale du travail N°29 concernant le travail forcé (1930), ratifiée le 20 mai 1957,
-La convention de l’organisation internationale du travail N°105 sur l’annulation du travail forcé (1957), ratifiée le 1er décembre 1966.
Toutefois, "la volonté politique nécessaire pour la concrétisation de ces engagements internationaux reste à démontrer", ajoute notre source. Cette situation écorche à la fois l'image du Maroc tolérant telle que véhiculée à l'international, et ses engagements en faveur du respect de la dignité humaine. Force est de constater que la situation de la jeune travailleuse philippine n'est que l'arbre qui cache la forêt.
à lire aussi
Article : BMCI-Crédit du Maroc : ce que pèserait le futur pôle bancaire de Holmarcom
Le rachat de la participation de BNP Paribas dans la BMCI, s’il est validé par les instances de régulation, ouvrirait la voie à une fusion avec Crédit du Maroc. Que pèserait alors le nouvel ensemble ? Et comment rebattrait-il les cartes du secteur bancaire ? Si toute projection précise reste délicate, une fusion ne se résumant pas à l’addition mécanique des indicateurs, nous vous proposons une première lecture indicative de la recomposition du paysage bancaire qui pourrait se dessiner.
Article : Taux d’activité, le grand problème sous-estimé du marché de l’emploi marocain
Depuis vingt-cinq ans, le taux d’activité recule continuellement, révélant une sortie silencieuse d’une partie de la population en âge de travailler du marché du travail. Le phénomène est particulièrement marqué dans le monde rural, chez les femmes et parmi les jeunes.
Article : Souveraineté navale. Comment le Maroc a réinventé sa défense en mer
Après une longue période de déclassement naval, le Maroc a engagé, sous le règne de Mohammed VI, une modernisation progressive de sa Marine royale. Loin d’une course aux bâtiments lourds, Rabat privilégie une flotte plus agile, adaptée à la surveillance d’un vaste domaine maritime et aux menaces asymétriques. Une doctrine de souveraineté fondée moins sur l’affichage de puissance que sur l’efficacité opérationnelle.
Article : Tanger et Casablanca, vitrines du potentiel industriel marocain pour les entreprises basques
Une délégation réunissant une vingtaine de sociétés du Pays basque espagnol, aux côtés de leur chambre de commerce et des autorités provinciales, a multiplié cette semaine les visites de sites majeurs, dont les usines de Stellantis et Renault, ainsi que les échanges avec la GEM, afin d’identifier des débouchés concrets dans l’automobile, l’aéronautique et les équipements industriels.
Article : Les États-Unis le réaffirment : l'autonomie, “unique base d'une solution juste et durable” au Sahara
Les États-Unis ont réaffirmé, mercredi 29 avril 2026, leur "reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara" et leur soutien à l’initiative marocaine d’autonomie comme "l’unique base d’une solution juste et durable" à ce différend.
Article : Officiel: Holmarcom prendra le contrôle de la BMCI et la fusionnera avec Crédit du Maroc
Holmarcom reprendra la totalité des parts de BNP Paribas dans la BMCI. L'accord a été signé ce mercredi 29 avril 2026. La finalisation est annoncée pour le quatrième trimestre 2026, sous réserve bien sûr des autorisations réglementaires. Après Crédit du Maroc, Holmarcom réalise une deuxième opération d'éclat.