El Moussaoui El Ajlaoui: “Ban Ki-moon veut enterrer la proposition marocaine d'autonomie”
Le secrétaire général de l’ONU a refusé de retirer ses propos sur l’occupation du Sahara par le Maroc. Pour El Moussaoui El Ajlaoui, expert en géostratégie, Ban Ki-moon veut orienter le dossier dans la direction d’un référendum.
Médias 24: Comment jugez-vous les dernières déclarations du patron de l’ONU?
El Moussaoui El Ajlaoui: C’est un processus dangereux, une dérive par rapport aux us et coutumes diplomatiques, aux rapports onusiens et aux résolutions du Conseil de sécurité.
Le Maroc va certainement être confronté en avril prochain à un rapport explosif du secrétaire général, qui constituera un moment crucial et décisif pour la question nationale.
-En quoi Ban Ki-moon est-il sorti de son rôle de secrétaire général?
-Dans le cadre de sa tournée africaine, son discours était mesuré, sauf à Tindouf et à Alger, où il s’en est pris violemment au Maroc en le traitant de puissance occupante.
Ses déclarations sont dans le droit fil de ce qui a été dit en 2012 par son envoyé spécial. A cette époque, le Maroc a eu un clash avec Christopher Ross, qui avait déclaré que le projet marocain d’autonomie ne répondait plus aux besoins d’une solution négociée par l’ONU.
A la suite de ses déclarations, Christopher Ross s’était calmé, après avoir été déclaré persona non grata au Maroc, mais ce qui s’est passé à Tindouf était prémédité pour arriver à la confrontation actuelle.
Les discours du secrétaire général n’ont jamais laissé de place à l’improvisation, car ils sont préparés avec soin par son équipe et le fait qu’il s’incline devant le drapeau du polisario et qu’il fasse le V de la victoire n’était pas fortuit.
-Comment expliquer ces dérapages?
-Ban Ki-moon n’est que l’arbre qui cache la forêt, car depuis 2012, il y a une volonté d’enterrer le projet d’autonomie proposé par le Maroc.
Son dernier rapport devant le Conseil de sécurité était édifiant, car il y assurait que l’année 2015 serait décisive avec une nouvelle approche.
C’est ce qui est en train de se passer, car au lieu de positionner le problème du Sahara entre le Maroc, l’Algérie et le polisario, on le décale dangereusement entre le Maroc et la personne du SG de l’ONU.
-Comment réagissent les adversaires du Maroc?
-L’Algérie et le Nigéria se frottent les mains, car ils viennent de demander des sanctions économiques contre le Royaume. Ils vont sûrement faire pression sur le Conseil de sécurité en avril prochain, pour qu’il place ce conflit sous l’égide de l’article 7, pour imposer de force une solution décrétée par l’ONU.
-Pensez-vous que les 5 membres permanents du Conseil de sécurité suivront?
-Je ne le pense pas, mais le rapport du secrétaire général promet d’être exceptionnel par sa portée négative vis-à-vis du Maroc. Son contenu reviendra sur sa visite à Tindouf et sur la situation des camps de réfugiés pour faire endosser par le Maroc la responsabilité de la misère dans les camps.
-Sera-t-il suivi de résolutions contraignantes pour le Maroc?
-Le Conseil de sécurité adoptera une résolution qui ne devrait pas différer de celles qui se sont succédé depuis 2007.
Je ne crois pas à l’inclusion de la surveillance des droits de l’homme par la Minurso, car le Maroc est le seul espace de stabilité d’Afrique du Nord et du Sahel. Les sages ne peuvent pas prendre le risque de s’en prendre frontalement au Maroc, qui est un interlocuteur privilégié en termes de sécurité.
La Russie et la France sont du côté marocain, qui pourra certainement compter sur le soutien américain. Pour le reste, il faudra se méfier de la position britannique et quant à la Chine, elle se rangera du côté de la majorité.
-Y a-t-il déjà eu dans les annales, un comportement similaire d’un SG dans d’autres conflits?
-Jamais un secrétaire général n’a aussi ouvertement pris fait et cause pour l’une des deux parties d’un conflit. L’appui du sud-coréen Ban Ki-moon au polisario est d’autant plus étonnant que le régime de Mohamed Abdelaziz ressemble à s’y méprendre à celui de la Corée du Nord.
Le secrétaire général fait le jeu des séparatistes, alors qu’il vient d’un pays qui connaît le même problème.
Je pense qu’à l’approche de la fin de son mandat, il a voulu faire un coup d’éclat, pour orienter le débat et piéger le futur secrétaire général. Sa manœuvre consiste d’une part à repositionner l’approche onusienne et d’autre part à compliquer la tâche à son successeur.
-Le plan d’autonomie qu’il combat est-il une forme d’autodétermination?
-Avant de constituer un projet de solution politique, ce plan illustre l’évolution politique du Maroc. Apparu en 2007 après l’expérience de l’IER (Instance équité et réconciliation), il constitue un modèle de réconciliation, qui va bouleverser la résolution des conflits.
-Le polisario n’en veut pas et réclame toujours l’indépendance.
-Les membres du Conseil de sécurité n’en veulent pas, sachant que les 100.000 habitants des 4 camps de réfugiés ne sont pas suffisants pour construire un Etat sur un espace aussi vaste.
Au point de vue géostratégique, les Etats légalement constitués (comme le Mali …) souffrent déjà assez, alors je vous laisse imaginer à quoi sera confronté un nouveau micro-Etat.
La résolution du conflit ne passera que par une solution politique négociée, car l’organisation d’un référendum est impossible au regard des problèmes de recensement des populations réfugiées.
-Ban Ki-moon semble pourtant revenir à l’option d’un référendum préconisée par le polisario.
-C’est clairement la direction qu’il entend donner à la fin de son mandat et le legs à son successeur, d’où la réaction épidermique du Maroc, qui a proposé un plan d’autonomie sans équivalent dans le monde.
La proposition marocaine est sérieuse, car c’est une première mondiale, qui pourra devenir une référence pour d’autres pays confrontés à des mouvements de sécession.
-Le processus n’a-t-il aucune chance d’aboutir avant la fin du mandat de l’actuel secrétaire général?
-Il sera difficile de relancer les négociations avant décembre 2016, date du départ de Ban Ki-moon.
D’ici là, on peut quand même s’interroger sur l’éventuelle participation du secrétaire général à la COP22, dont l’ONU est co-organisatrice.
Ban Ki-moon sera-t-il présent à Marrakech en novembre et si oui, que dira-t-il aux Marocains et au Roi du Maroc?
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