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Marrakech fête la fleur d’oranger

Les 26 et 27 mars, la ville ocre rappellera que la distillation de la fleur d’oranger est une tradition ancestrale à laquelle toutes les familles sont profondément attachées.  

Marrakech fête la fleur d’oranger
Patrick Marescaux
Le 11 mars 2016 à 10h38 | Modifié 11 mars 2016 à 10h38

"Marrakech est la capitale mondiale de la fleur d’oranger!" Jaafar Kansoussi, que les Marrakchis connaissent comme un des piliers de la vie culturelle de la ville, a voulu, à travers l’association qu’il préside, Al Muniya, perpétuer une tradition qui a traversé les siècles: la distillation de la fleur d’oranger. "Il suffit, remarque-t-il, à partir du 10 mars et jusqu’à la fin du mois, de se promener dans Marrakech pour sentir ces parfums qui proviennent de la fleur d’oranger. Nous avons des milliers d’arbres, de bigaradiers, dans les rues, les jardins publics, les maisons: malgré la pollution, malgré les odeurs de carburants, le bigaradier résiste et continue à exhaler ses parfums…"

Pas étonnant donc que Marrakech ait toujours su exploiter au mieux cette fleur d’oranger par le biais de la distillation. "Cela fait partie des traditions familiales, ajoute Jaafar Kansoussi, mais surtout des traditions féminines. Et c’est pour cela qu’elles perdurent: les grandes batailles d’art de vivre que le Maroc a gagnées, celles qui ont été conservées avec brio, avec efficacité, avec bonheur, sont celles liées très directement à l’action des femmes, comme l’art culinaire ou l’art vestimentaire. La distillation de la fleur d’oranger fait partie intégrante de ces traditions."

Depuis des siècles et jusqu’à une période récente, les années 1980, les gens venaient de toutes les régions du Maroc pour passer quelques jours en famille et fêter l’arrivée du printemps. C’étaient des moments exceptionnels, où les femmes se retrouvaient entre elles, dans une famille ou un groupe de familles, pour distiller la fleur d’oranger: "Enfant, je vivais avec ma famille dans un vieux quartier de Marrakech, se souvient avec nostalgie Jaafar Kansoussi. Je ne peux pas oublier ce jour où, chaque année, ma défunte mère sortait son alambic… A l’époque, toutes les femmes en avaient un, car la distillation de la fleur d’oranger n’était pas réservée aux femmes appartenant à un milieu aristocratique ou bourgeois: les femmes les plus humbles distillaient elles-aussi!"

C’est pour réveiller ces traditions ancestrales que l’association Al Muniya a créé, il y a 5 ans, la fête de la fleur d’oranger. Une fête plutôt discrète jusqu’à présent, mais qui prend cette année une importance beaucoup plus grande. "Ce ne fut pas facile à mette sur pied, ironise Jaafar Kansoussi, car comme vous le savez, dans la mythologie et les légendes, seuls les héros et les dieux instauraient des fêtes! Mais nous avons réussi à intéresser d’autres organismes culturels que notre association: le riad Denise Masson, géré par l’Institut français, le musée Mouassineou, le café littéraire Dar Cherifa. Cependant, nous voulons aller plus loin et nous souhaitons qu’une nouvelles fête soit officiellement instaurée à Marrakech, avec le soutien de la mairie, du Conseil de la région Marrakech-Safi, du ministère de la Culture, mais aussi d’autres ministères, comme celui de l’Agriculture, celui de l’Environnement ou celui de l’Artisanat."

En attendant tous ces soutiens pour les années à venir, la fête de cette année offre déjà un beau programme, accessible gratuitement à tous, que ce soit au riad Denise Masson ou dans les jardins publics: "En premier lieu, tout le monde pourra assister à la cérémonie de la distillation. On va utiliser de la fleur d’oranger cueillie la veille pour assurer une distillation de grande qualité. Il y aura aussi des festivités poétiques, comme des joutes verbales, pour fêter la venue du printemps". Il y aura aussi, pendant ces deux jours de fête, beaucoup de musique arabo-andalouse, mais aussi un événement qui touche particulièrement Jaafar Kansoussi: "Nous allons avoir le bonheur d’écouter pour la première fois un poème écrit et composé pour la circonstance par un très grand poète de Marrakech, Ahmed Badnaoui: il s’inscrit dans la grande tradition du malhoun. Ce sera un des temps forts des rencontres programmées au riad Denise Masson."

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Patrick Marescaux
Le 11 mars 2016 à 10h38

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