Comment sont nommés les secrétaires et inspecteurs généraux des ministères
L’affaire d’un marchand ambulant qui aurait été nommé inspecteur général d’un ministère grâce à des amitiés fait grand bruit.
L’occasion d’expliquer la marche à suivre pour postuler aux postes sensibles des ministères.
Le ministre de la Fonction publique, M. Moubdii n'ayant pas répondu à nos demandes d'éclairage malgré ses promesses, nous nous sommes tournés vers Nabil Benabdellah, qui connaît bien les rouages du gouvernement.
Relayée par plusieurs journaux, l’histoire d’un marchand devenu inspecteur général ne semble pas crédible, vu l’absence de détails probants et au regard des procédures strictes de recrutement.
Pour rappel, un marchand de Maâqouda, puis agent de légalisation dans un service public du quartier Yacoub El Mansour à Rabat aurait été propulsé inspecteur général grâce à ses amitiés ministérielles, selon des confrères. Cette affaire interroge sur la stigmatisation de l’intéressé, car on ne connaît ni le nom du ministère supposé l’avoir promu et protégé ni l’identité et le parcours académique du mis en cause, ni sa compétence. L'affaire a fait grand bruit sur les réseaux sociaux.
Pour Nabil Benabdellah, interrogé par Médias24, cette histoire a le mérite de rappeler les conditions draconiennes mises en œuvre par la nouvelle Constitution pour occuper des fonctions importantes. "La procédure de recrutement d’un inspecteur général de ministère est la même que celle d’un secrétaire général. Elle est soumise à des conditions strictes pour accéder à ces postes sensibles."
Le ministre poursuit qu’il serait étonnant qu’un marchand ambulant ait été propulsé directement inspecteur général, car le minimum requis en termes de parcours éducatif est un master, voire un doctorat. Il ajoute par ailleurs que contrairement à ce qui a été dit, la décision finale de recrutement n’appartient pas au ministre de tutelle, mais au chef du gouvernement.
Comment devient-on secrétaire ou inspecteur général?
"Quand un département ministériel a besoin de renouveler un poste d’inspecteur ou de secrétaire général, il commence par lancer un appel public à candidatures. Une commission ministérielle sélectionne sept candidats au maximum, avant d’en proposer trois, par ordre décroissant de préférence, à l’assentiment final du chef du gouvernement.
"Le ministre concerné peut, lui, faire part de son option préférentielle et si aucun des trois candidats retenus ne lui convient, il peut toujours demander à ce que la commission refasse une nouvelle sélection. Quel que soit le cas de figure, c’est le chef du gouvernement qui choisit le candidat final, après une enquête des services de police et de renseignements sur son passé et ses références morales."
Rappelons qu’avant l’adoption de la Constitution de 2011, les secrétaires et inspecteurs généraux étaient nommés par dahir royal. Toutefois, depuis 2011, c’est une prérogative du chef du gouvernement.
Un ministre peut-il imposer une candidature d’un SG ou d’un IG?
Si le ministre juge salutaires les strictes conditions de recrutement, il avance que ceux qui accèdent à ces responsabilités doivent être, à son sens, chaperonnés par leur ministre de tutelle. "Le ministre est engagé par un processus politique et par son programme et si le candidat retenu refuse de se plier à sa vision, comme cela peut arriver, cela impacte le travail du département ministériel."
"Depuis l’instauration des appels à candidature, on se rend compte qu’ils ne permettent pas toujours d’avoir des compétences en phase avec le ministre. Il est donc logique que le choix final du candidat lui revienne." Il poursuit que l’histoire du marchand ambulant devenu responsable par la grâce d’un protecteur ministériel est en théorie impossible, car un ministre ne peut pas imposer son propre candidat.
"Dans ma vie d’étudiant, j’ai travaillé dans une porcherie, fait les vendanges et même compté les voitures dans des carrefours de la banlieue parisienne et cela ne m’a pas empêché de devenir ministre. Le monsieur peut avoir été vendeur de maâqouda dans sa jeunesse, puis avoir fait l’ISCAE ou une autre formation universitaire. Il n’y a pas de sot métier, mais il serait étonnant qu’il ait été propulsé directement inspecteur général. Ce serait complètement dingue si cela s’était vraiment passé."
Nos tentatives de joindre le ministre de la Fonction publique pour qu’il nous en dise plus sur ce dossier sont restées vaines. Nous avons appris de source autorisée que l’enquête des services pour nommer le secrétaire général du ministère de Mohamed Moubdii suivait son cours depuis trois mois et que le processus n'était pas bloqué, contrairement aux informations qui ont circulé.
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