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Gilles Kepel: “Le défi français est de créer des sociétés plus inclusives”

La guerre se passe au Levant. Le défi français est d'abord de créer une société plus inclusive. C'est ainsi que Kepel analyse les attentats de Paris et leurs suites.

Gilles Kepel: “Le défi français est de créer des sociétés plus inclusives”
Jamal Amiar
Le 24 novembre 2015 à 11h01 | Modifié 11 avril 2021 à 2h37

Un débat a réuni sur internet et dans les locaux du Washington institute, le chercheur Gilles Kepel (Sciences Po Paris), l’universitaire Fabrice Balanche (Lyon II) et le diplomate français Olivier Decottignies. 

Gilles Kepel, dont le nouvel ouvrage "Terreur dans l’Hexagone, genèse du jihad français" sera en librairie dans trois semaines, a indiqué qu’"il n’y a pas de guerre en France ou en Europe; c’est une question de police et de sécurité ici et une question sociale sans que quiconque nous dicte ses conditions sur ce point. La guerre est au Levant, a insisté Kepel; notre défi ici est de créer des sociétés plus inclusives".

Depuis les attentats de Paris du 13 novembre dernier, les échanges sont vifs sur le thème de la confrontation entre Daech, l’Occident et les autres pays arabes ou africains. Le général français Vincent Desportes, très présent dans les médias, parle de "guerre qui est un corps vivant et qui a sa propre logique", citant Clausewitz. Il parle encore de la guerre comme d’"une confrontation violente des volontés". 

Mais surtout, il rappelle qu’en substance, "on sait lorsqu’une guerre commence, mais on ne sait pas où elle finit". Cela est particulièrement vrai en Irak et en Syrie depuis deux décennies. Des situations données pour chaotiques pour 20 ans encore… [Lire à ce sujet l’excellent et récent ouvrage de Myriam Benraad, "Irak, la revanche de l’Histoire" (Editions Vendémiaire)].

Les échanges sont également vifs sur les causes de la violence des groupes se réclamant de l’islamisme radical et en général composés de quelques convertis et d’une majorité de Maghrébins de deuxième génération.

Kepel a tenu à rappeler l’idéologie d’Abou Moussab As Souri pour qui, contrairement à Ben Laden et à Zarkaoui, "l’Europe est le ventre mou du monde occidental". "Pour As Souri, frapper New York le 11 septembre 2001 ne sert à rien, car l’Amérique est lointaine, y recruter est difficile et ses capacités de riposte sont plus à redouter que celles de l’Europe."

"As Souri, rappelle Kepel, vise deux choses: diviser et terroriser l’Europe, puis mobiliser les musulmans d’Europe et des pays proches. C’est le début de la stratégie de la gestion de la barbarie avec l’objectif de créer de profondes divisions au sein des sociétés européennes puis de les déstabiliser".

Paris: 130 victimes de 25 nationalités

Cependant, selon Kepel, "le choix des cibles par les terroristes de Daech le 13 novembre dernier à Paris a créé un véritable rejet avec un choix hasardeux". Le 13 novembre à Paris, les lieux de loisirs ont été visés -stade, terrasses de café, restaurants, salle de concert, tout ce qui est interdit à Raqqa- et les 130 victimes décédées étaient de 25 nationalités.

Ce qui faire dire à Kepel que "Paris peut signifier le début d’une perte d’influence de Daech en Europe", notamment en y trouvant plus de difficultés à recruter. "Cette stratégie aveugle de Daech amène les musulmans à se dire que l’on est face à des gangsters."

Depuis le mois de septembre et l’accentuation des frappes françaises, américaines et russes sur les milices syriennes, moins de jeunes Européens sont signalés partant pour le front syrien.

Lors de ce débat, la tâche de Fabrice Balanche était de parler du rôle de la Russie et des alliances sur le terrain. L’universitaire lyonnais a opportunément rappelé que le nouveau vote sur le renouvellement des sanctions contre la Russie par les 28 membres de l'UE en janvier 2016 donnera une idée de l’état des relations entre l’Europe et Moscou.

Le bilan de l’actuelle tournée des grandes capitales par François Hollande à la fin de cette semaine fournira aussi quelques éléments de réponse même si ce mardi matin (24 novembre) un proche de Hollande l’accompagnant à Washington indiquait qu’"on n’adopte pas Bachar et on ne laisse pas tomber l’Ukraine".

Pour Balanche, en tout état de cause, "l’organisation de l’Etat islamique sert les intérêts de Moscou et de Bachar al Assad". Sans oublier Ankara et Ryad. Daech rend le rôle de Moscou indispensable sur le terrain aux côtés des Français et des Américains. Daech représente l’épouvantail idéal qui permet de prolonger la vie du régime d’Al Assad. "Daech ne sera pas rapidement défaite car Assad et les Russes en ont besoin", a indiqué Balanche.

"Assad et les Russes ont besoin de Daech"

De son côté, le diplomate Olivier Decottignies a exposé les réponses diplomatiques, militaires et de politique intérieure choisies par Paris pour faire face au défi terroriste qu’elle affronte actuellement.

Les échanges qui ont duré pendant une heure et demie n’ont pas permis d’aborder le pourrissement sans fin et générateur de frustrations et de violences depuis trois générations du dossier israélo-palestinien. Ni l’organisation méthodique depuis l’époque des indépendances de la prédation économique et des violences politiques et sociales qui l’accompagnent par les élites prédatrices arabes et leurs alliés occidentaux et communistes hier.

La guerre contre le terrorisme doit s’accompagner de réformes. L’une des conséquences de l’Etat d’urgence en France sera le renvoi, vers le Maroc et les autres pays maghrébins dans les prochaines semaines, de nombreux suspects binationaux. Un nouveau dossier marocain et régional à gérer.

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Jamal Amiar
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