Satisfecit appuyé de la mission du FMI au Maroc
Le Fonds Monétaire International présent au Maroc depuis 15 jours en vue de la concertation au titre de l’article IV a rendu les conclusions de sa visite mercredi 4 novembre.
Equilibres macroéconomiques, réformes budgétaires, taux de change et ligne de précaution de liquidité ont été les thèmes de la rencontre avec la presse, de l’équipe du FMI en visite à Rabat. La conférence de presse a eu lieu mercredi en fin de journée et un communiqué a été diffusé en soirée. Aucune surprise, si ce n'est que le Fonds revoit ses prévisions de croissance pour le Maroc, qui n'atteindra que 4,7% en 2015, et prévisionnellement 3% en 2016.
Au titre de l’article IV des statuts du FMI, le Fonds "exerce une ferme surveillance sur les politiques de change des États membres et adopte des principes spécifiques pour guider les États membres en ce qui concerne ces politiques". Cette surveillance est annuelle. Le rapport qui sera publié en décembre sera accompagné de l’Evaluation de la Stabilité du Système Financier.
Dans le cadre de cette visite, l’équipe du Fonds est allée à la rencontre du gouvernement, de la Banque centrale, des membres du parlement, mais également du secteur privé, des syndicats et de la société civile, apprend-on de Nicolas Blancher, qui préside la mission au Maroc.
Révision à la baisse des prévisions de croissance
La mission du FMI a salué une gestion macroéconomique prudente ainsi que les politiques structurelles appuyées par l’instance internationale.
Elle revoit pourtant à la baisse l’estimation de croissance pour 2015 et la prévision pour 2016. Pour 2015, elle table sur une croissance de 4,7% au lieu des 4,9% annoncés dans les perspectives économiques du Maroc le 22 octobre.
Pour 2016, la mission du FMI prévoit une croissance de tout juste 3%, contre les 3,7% précédemment annoncés, s’alignant ainsi sur les prévisions du gouvernement. Les raisons avancées en sont la reprise modérée de l’activité non agricole, et la reprise économique lente à l’extérieur.
Le chemin de croissance pour 2020 est également revu légèrement à la baisse "en raison de circonstances extérieures". La croissance devrait s’accélérer progressivement à moyen terme pour s’approcher de 5%.
Pour 2015, le FMI estime donc à 4,7% la croissance et non à 5% comme le gouvernement. Elle observe en effet que des secteurs industriels sont trop faibles, comme le textile. Elle remarque en revanche que d’autres secteurs sont très dynamiques. Elle note que les TPE et PME représentent un potentiel de croissance énorme pour l’économie. Ces relais de croissance devraient être mieux exploités pour tirer le reste du tissu économique.
L’inflation est faible et le crédit reste modéré. Le déficit des transactions extérieures courantes continue de se réduire en 2015 et devrait atteindre 1,5% du PIB, et les réserves internationales ont augmenté davantage pour s’établir à près de 6,5 mois d’importations. La bonne santé de ces équilibres macroéconomiques est permise par la croissance du secteur automobile, la faiblesse des prix du pétrole, les transferts des Marocains résidents à l’étranger.
Si la pauvreté, le chômage, les inégalités ont diminué depuis 10 ans, il convient de réduire les disparités entre zone rurale et urbaine, encourager la participation des femmes au monde du travail, améliorer la qualité de l'éducation et la couverture médicale.
L’évolution budgétaire jusqu’à fin septembre est positive et en ligne avec l’objectif fixé pour 2015 qui est un déficit contenu à 4,3% du PIB. La mission salue les efforts déployés pour continuer de renforcer les finances publiques, comme en témoigne le projet de loi de finances 2016 qui vise une baisse du déficit budgétaire à 3,5% du PIB. Poursuivre les réformes budgétaires devrait accroître la résilience aux chocs externes.
Parmi celles-ci, le FMI salue les avancées dans la décompensation. Elle soutient également la réforme paramétrique du régime des retraites.
Renouvellement de la ligne de liquidité et précaution?
Pour le conseiller, il est encore trop tôt pour parler d’un renouvellement de la ligne de précaution et de liquidité dont bénéficie le Maroc depuis 2012. La 2e LPL arrivera à échéance fin juin 2016. Le FMI se dit prêt à en discuter avec le gouvernement, mais c’est à ce dernier d’engager la démarche.
Cette réflexion durera 6 mois, jusqu’à l’échéance de l’actuelle, il est donc trop tôt pour juger l’opportunité d’un renouvellement, a précisé le conseiller N. Blancher.
Le gouvernement n’a pas effectué de tirage sur les précédentes LPL, qui constituent une police d’assurance en cas de chocs sur la balance des paiements. M. Boussaid a exprimé à l’occasion de la présentation du projet de loi de Finances 2016, que le Maroc ne compte pas renouveler la LPL, ou pas dans les mêmes conditions, le soutien du FMI pouvant se matérialiser d’une autre façon.
Un passage graduel au taux de change flottant
Le FMI soutient la réforme vers plus de flexibilité, mais rappelle qu’il revient au gouvernement de déterminer les étapes et le choix des modalités. "Nous notons avec satisfaction que les autorités ont l’intention d’adopter un nouveau régime de taux de change plus flexible, qui faciliterait la diversification en cours de l’économie, renforcerait son intégration à l’économie mondiale et sa capacité d’absorption des chocs extérieurs", écrit le FMI dans son communiqué.
Toujours à propos du régime de change, le FMI a répété que le Maroc est prêt à la transition, d’autant plus aujourd’hui que les équilibres macroéconomiques se renforcent. Dans ce sillage, la réforme de compensation est vue d’un oeil favorable car permettant de déconnecter la politique budgétaire de la volatilité des prix internationaux.
L’analyse des risques montre que l’économie est prête en terme d’exposition et de risques. La dette du Trésor extérieure est jugée relativement faible (23% du PIB en juin 2015), exprimée en plusieurs devises. La dette privée extérieure elle-aussi est relativement faible. Le FMI ne signale pas de soucis majeurs de déstabilisation liés à la flexibilité.
Le passage à un taux de change flottant permettrait de renforcer la résistance aux chocs externes, et de mobiliser les autorités de régulation monétaire sur le ciblage de l’inflation.
Dossier déconnecté du passage à un taux de change flottant, la convertibilité du compte de capital est également soutenue par le FMI. L’institution ne voit "aucune raison de ne pas y croire" à long terme. Celle-ci ne pourrait qu'être bénéfique aux Marocains.
Evaluation du secteur financier
L’équipe du FMI a également commenté la stabilité du secteur financier marocain, après avoir mené une large série de stress tests.
Le secteur financier est sain, les banques sont bien capitalisées et rentables, les sources de financement sont stables. Les risques principaux diagnostiqués sont la forte concentration des risques sur un nombre restreint d’acteurs économiques et l’augmentation des créances en souffrance. L’institution recommande une meilleure répartition des risques.
Le rapport de consultation au titre de l’article IV est accompagné de l’évaluation de la stabilité du système financier dans le cadre du PESF (programme d’évaluation du secteur financier).
Au sujet du financement des PME, le FMI juge que la faiblesse des encours de crédit à leur égard est liée à un contexte économique peu favorable qui limite la demande. Elle remarque que les autorités ont fait beaucoup pour soutenir le crédit à l’égard de de cette catégorie d’opérateurs.
Il faut noter que les propos du chef de la mission n'engagent pas officiellement le FMI. La position officielle sera publiée sous forme de rapport approuvé par le board.
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