Selon un théologien, le legs testamentaire prévaut sur l’héritage

Et si, parmi les modes de transmission successorale prescrits par le Coran, le legs testamentaire devait passer avant l’héritage? Et si ce dernier n’était que subsidiaire par rapport au premier? 

Selon un théologien, le legs testamentaire prévaut sur l’héritage

Le 22 octobre 2015 à 16h05

Modifié 11 avril 2021 à 2h37

Et si, parmi les modes de transmission successorale prescrits par le Coran, le legs testamentaire devait passer avant l’héritage? Et si ce dernier n’était que subsidiaire par rapport au premier? 

Des interrogations qui n’ont pas lieu d’être soulevées, car, a priori, le Coran a déjà tranché. Celui-ci, par rapport au sujet de l’héritage, est, dira-t-on, immuable et n’est susceptible d’aucune forme de questionnement ni de réflexion, encore moins de contestation. Ainsi, toute tentative en ce sens serait ipso facto hérésie et blasphème.

Qui plus est, aborder ce genre de problématiques n’est donné qu’à une petite minorité, "Ahl Al hal Wa Al Akd", ceux qui lient et délient. Ces derniers, dira-t-on encore, détiennent le monopole de l’érudition théologique qui par elle-même fait foi, et que nous autres profanes devrons prendre pour argent comptant.

Et puis, il ne peut en être autrement, puisque nos savants détiennent l’argument irréfutable, la vérité ultime puisée dans la parole Divine. Sur la question de l’héritage, ils opposent à toute contestation une lecture littérale des textes. Une lecture de "l’intérieur" face à laquelle l’argument des droits de l’homme, de la parité ou des conventions internationales ne fait pas le poids.

L’exégèse du Coran n’est pas le Coran

Et si, en vertu même de la lettre coranique, l’héritage n’était pas ce que l’on croit, ou ce que l’on nous fait croire?

C’est la question à laquelle Dr. Moreno Al Ajamî, un théologien français, doctorant en Etudes Arabes et Islamiques, a tenté de répondre. Sa méthodologie consiste à rationaliser l’analyse littérale du Coran. Une approche qui produit des résultats exégétiques divergeant de ceux induits par le littéralisme interprétatif dominant.

Sa démarche, qu’il a mise en œuvre dans son livre "Que dit vraiment le Coran", s’attache à mettre en avant le sens coranique par et en lui-même et non pas en fonction des sens informés par l’exégèse classique.

Sur l’héritage, le théologien adopte la même méthode. Ainsi, dans une série d’articles publiés sur le site Oumma.com, peu suspect d'anti-islamisme, il explique que pour cerner cette problématique, il faut un retour au Coran.

Il souligne par ailleurs les procédés exégétiques mis en œuvre afin d’octroyer la primauté absolue de l’héritage prédéterminé à quotepart, Al Warth, et ce au détriment du legs testamentaire, Al Wasiya, qu’il considère comme le premier et principal mode de transmission successoral édicté par le Coran.

La succession ne se résume pas à l’héritage

"Lorsque les musulmans évoquent la problématique de la succession, ce n’est point au legs testamentaire qu’ils songent, mais à ce que l’on nomme héritageal warth, c'est-à-dire la transmission post mortem légalement établie des biens", observe-t-il.

Ceci alors que, pour lui, une analyse générale du sujet établit aisément que le Coran traite en réalité la problématique selon trois modalités:

· wasyyale legs testamentaire, les biens sont librement répartis par testament.

· ‘atyya: la donation, les biens sont librement attribués par le donateur de son vivant.

· warthl’héritage, les biens du défunt sont transmis par succession établie selon la loi coranique.

Ainsi, "du fait de la présence de trois approches distinctes, parler de l’héritage dans le Coran est soit une généralisation abusive, soit un abord sélectif."

Le legs testamentaire a été prescrit en premier

Selon le théologien, le caractère subalterne de l’héritage, c’est aussi une question de chronologie. En effet, en matière de transmission successorale, le legs testamentaire est la première disposition prise par le Coran qui l’énonce dans la sourate "La génisse", "Al Baqara".

Les versets afférents à l’héritage se situent dans la Sourate "Les femmes". Ces versets ont tous été révélés postérieurement à ceux qui édictent le recours la Wasyya, ce qui indique que "le Coran a amorcé son processus d’information et d’éducation en matière de succession par la notion de legs testamentaire et non point par le warthl’héritage", constate le théologien, avant de rappeler "que les versets relatifs à la wasyya ont été décrétés abrogés et que l’on a pu fournir des hadîths créant l’illusion de cette abrogation".

Pour lui, "l’abrogation est une manière admise et fort pratique permettant de se débarrasser de ce qui pourrait nous contredire. En d’autres termes: une censure du Coran, mais aussi de la raison critique."

Caractère obligatoire du legs, et subsidiaire de l’héritage

Suivant la même méthode, à savoir la lecture littérale du texte coranique, Dr. Al. Ajami établit le caractère obligatoire du legs testamentaire, et non obligatoire de l’héritage.

Que dit le Coran?

"Il vous a été prescrit [kutiba ‘alaykum] – lorsque se présente à l’un de vous la mort et qu’il laisse des biens – le legs testamentaire [wasyya] en faveur des père et mère et des plus proches, convenablement. Ceci est un devoir pour les gens pieux."  Verset 180, "Al Baqara"

"Il est dit: "kutiba ‘alaykum", compris comme signifiant "il vous a été prescrit" alors que littéralement nous comprendrions: "il a été écrit". Mais, suivant l’usage de la même expression dans la sourate Al Baqara, l’emploi particulier de kutiba s’inscrit ici en une série de trois: "Il vous a été prescrit le talion" V178 et "Il vous a été prescrit le jeûne" V183. Ceci laisse peu de doute quant à son sens: il s’agit d’une prescription à caractère obligatoire", explique le théologien.

Et d’ajouter que "ce caractère obligatoire du legs [wasyya] a posé problème aux juristes, d’autant plus (…) que cet aspect obligatoire est beaucoup moins évident concernant l’héritage légal proprement dit."

Là aussi, Al Ajami fustige le mécanisme de l’abrogation. Selon lui, les mêmes versets réputés abrogeant la wasyya sont bien ceux qui insistent sur le fait qu’elle soit prioritaire, l’héritage à quoteparts ne concernant de facto que la part de biens restants non légués.

"Comment peut-on sérieusement prétendre que ces versets abrogeraient le principe auquel ils font appel avec insistance?!", s’interroge-t-il.

Ceci est la vision d'un théologien. Il y en a d'autres. L'essentiel est de pouvoir débattre et échanger.

Ceci n’est qu’un aperçu de la thèse présentée par Dr. Al. Ajami. Mais il permet d’ouvrir le débat sur un thème pour le moins sensible. Pour lire les articles en entier, cliquez sur les liens suivants:

L’héritage dans le Coran : Loi divine, Droit des hommes, ou droits des femmes ? 1/2 – La wasyya ou legs testamentaire-

L’héritage dans le Coran : Loi divine, Droit des hommes, ou droits des femmes ? 2/3 – L’héritage à quoteparts, al warth

L’héritage dans le Coran : Une recommandation ne fait pas Loi (Partie 3 sur 3)

 

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