Hakima Himmich: “Il faut dépénaliser l’usage des drogues”
Face à l’usage exponentiel de drogue au Maroc et aux risques sanitaires qui en découlent, la présidente de l’ALCS réclame la fin de l’incarcération des usagers. Elle plaide pour un suivi médical visant à réinsérer ces personnes dans la vie sociale.
Lors d’une table ronde intitulée "Examen des politiques publiques dans le domaine des drogues: l’expérience internationale et la réforme marocaine", Nizar Baraka, président du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE), s’est inquiété lundi 5 octobre du nombre croissant de toxicomanes au Maroc.
Selon lui, sur 800.000 toxicomanes recensés en 2014 par l’observatoire national des drogues et des addictions, pas moins de 3.000 d’entre eux consomment de l’héroïne dans les villes du nord. Un risque sanitaire important sachant que ces usagers de drogues dures ont un taux de prévalence du VIH compris entre 7 et 22%, et de 90% pour le virus de l’hépatite (VHC).
Prévenir la contamination galopante
Interrogée par Médias 24, Hakima Himmich affirme que pour lutter contre ces contaminations, les usagers de drogue porteurs de ces virus doivent bénéficier d'une prise en charge médicale gratuite dans le cadre du RAMED.
"S’ils sont couverts, ils pourront bénéficier du nouveau générique qui permet de guérir de l’hépatite", soutient la présidente de l'Association de Lutte Contre le Sida. "Pour les séropositifs, ils pourront avoir accès aux trithérapies."
Pour ceux qui ne sont pas contaminés, la distribution de kits pour injection ou inhalation (seringue et papier aluminium) doit devenir la règle pour éviter tout contact avec le VIH ou le VHC.
"Face à la prévalence de ces virus, les usagers d’héroïne ne demandent qu’à se protéger contre ces infections. La distribution de matériel doit se faire partout car ces usagers n’ont ni les moyens ni l’énergie pour se déplacer dans les quatre centres du pays."
Elle poursuit que si le ministère de la santé a mis en place des centres de délivrance de produits de substitution comme la méthadone, ils ne sont pas assez nombreux car les listes d’attente atteignent souvent 200 personnes.
"Les gros foyers de consommation sont Tanger et Tétouan mais les petits villages comme Mdiq, Fnideq et Martil posent problème car ils ne disposent pas de centre de substitution", explique Hakima Himmich. "Il faut les généraliser à l’ensemble du territoire et si ce n’est pas possible, il faut développer les bus mobiles de distribution de méthadone."
Obligation de soins contre emprisonnement
La présidente de l’association marocaine de lutte contre le Sida estime que la suppression de l’article du code pénal qui permet d’emprisonner les usagers de drogue est le préalable de tout retour à une vie sociale normale. L’article 8 du Dahir du 21 mai 1974 énonce en effet qu’"est puni d’un emprisonnement de 2 mois à 1 an et d'une amende de 500 à 5.000 dirhams ou d’une de ces deux peines, quiconque a, de manière illicite, fait usage d’une substance ou plante classée comme stupéfiant".
"Les usagers ne doivent plus être traités comme des criminels mais comme des personnes à accompagner médicalement." Se défendant de tout laxisme, Hakima Himmich précise que les trafiquants de drogue doivent continuer à être poursuivis.
"Si c’est trop demander que de dépénaliser, la règle doit devenir l’introduction de peine alternative à l’emprisonnement. Le juge peut ordonner à l’usager de drogue de se soigner au lieu d’aller en prison."
Hakima Himmich pense qu’il n’y a aucun autre moyen de régler le problème de la toxicomanie galopante au Maroc car la répression n’a pas fait ses preuves.
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