AG des obligataires d'Alliances: beaucoup de questions, quelques réponses
Le marché retient son souffle à la veille de la conversion des obligations remboursables en actions, prévue en août. Les petits porteurs se posent de nombreuses questions, comme on l'a vu à l'occasion de l'AG des obligataires, tenue vendredi 24 juillet.
-Une réunion des obligataires sur fond de doutes vis-à-vis du plan de restruturation
-La conversion des ORA en actions prévu en août
-Un cours en Bourse qui plonge et devient otage de mouvements spéculatifs
-Une stratégie de désendettement, qui rembourse des dettes par de nouvelles dettes.
-Les petits porteurs et les caisses de retraites supportent d’importantes moins-values
-L’hypothèse d’une bataille entre actionnaire majoritaire et obligataires pour le contrôle du groupe.
-Une probable augmentation de capital d’un milliard de DH en gestation.
Le vendredi 24 juillet 2015, s’est tenue l’assemblée des obligataires et porteurs des obligations remboursables* ORA en actions d’Alliances Développement Immobilier.
Cette assemblée est cruciale et devient plus importante que l’assemblée des actionnaires, en raison de l’endettement, des difficultés de trésorerie et d’un pôle construction fortement déficitaire.
Ainsi donc, en février, Alliances a dû recourir à un nouvel emprunt, avec une prime de risque plus élevée, afin de rembourser un ancien emprunt.
Ce vendredi 24 juillet, à l’ordre du jour, c’est une nouvelle émission d’ORA qui servira à rembourser une ancienne émission ORA de 2012.
Des dettes pour payer des dettes et des émissions de nouveaux titres pour remplacer les anciens venant à maturité. Pas très orthodoxe, ni apaisant pour les créanciers.
Cependant, c’est bien le programme ORA qui présente des enjeux capitalistiques et des incidences sur le cours et partant sur la réputation du groupe, mais aussi sur les valorisations des actions détenues pas les institutionnels et les caisses de retraite.
D’ailleurs, la CIMR et la MAMDA se sont retirées du conseil d’administration, et le marché bruisse de rumeurs selon lesquelles ce sont ces deux institutions qui inondent le marché par des actions ADI dont elles se délestent.
Elles seront remplacées par deux administrateurs qui représenteront les intérêts de la Société financière internationale (SFI). Cette dernière ayant participé à l’augmentation de capital en 2014 au prix de 550 DH l’action, traîne le boulet d’une moins-value latente, au vu du cours actuel en Bourse, qui représente le 1/10e du prix d’acquisition!

Source: site de la Bourse de Casablanca
Un parcours boursier chaotique
Comment une société dont la réputation a été si solide, et la signature prestigieuse peut-elle tomber de si haut, pour voir son cours divisé par 10 en quelques mois?
Deux choix pour les porteurs d’ORA, deux labyrinthes incertains
C’est ainsi donc que l’assemblée des obligataires et des ORA s’est tenue à un moment crucial, où le moins que l’on puisse dire est que tout le monde a peur pour son argent, devant un management, à notre sens dépassé par les événements et surtout avec une communication opaque.
Le programme de l’ORA ADI est problématique et singulier à plus d‘un titre, puisque le cours est inférieur au nominal de conversion.
Les actuels porteurs d’ORA ont le choix suivant:
1/ Convertir leurs obligations en actions: Ce n’est presque pas un choix, mais carrément accepter 50% des fonds qu’ils ont mis à la disposition du groupe en 2012. Effectivement, un porteur d’ORA aura une action au moins à 100 DH (nominal), alors que son cours sur le marché est de 55 DH. Dès l’attribution desdites actions, le porteur d’une ORA aura à constater une perte sèche de 50%. Par ailleurs, la création de nouvelles actions va diminuer les hypothétiques bénéfices futurs par action, voire inonder le marché par de nouveaux vendeurs pressés d’en finir avec cette histoire.
2/ Convertir les anciennes ORA par de nouvelles ORA dont l’échéance arrivera en 2018: solution plus avantageuse que la première, dans la mesure où le porteur d’une ORA va continuer à se faire rémunérer par un coupon assez alléchant. Cependant, ce choix n’est pas facile devant la difficulté du groupe à rembourser sa dette, mais aussi du prix de conversion finale à terme. La réussite de la deuxième option réside dans le pouvoir de persuasion du management quant à sa capacité à surmonter la crise, mais aussi du bon vouloir des créanciers d’accompagner la société vers les rivages du salut.
Le problème des ORA devient plus profond, lorsqu’on s’intéresse à l’actionnariat et surtout à l’actionnaire majoritaire.
En effet, face à la valorisation actuelle du groupe, le montant total des ORA dépasse la valeur boursière du groupe (12.614 .928 actions x 55 DH = 693 MDH), ce qui fait que les détenteurs d’ORA (1 milliard de DH) deviendront majoritaires en cas de conversion.
Rien n’empêche une bagarre entre obligataires et actionnaire majoritaire pour le contrôle du groupe. Si les porteurs d’ORA convertissent leurs obligations en actions, Alami Lazraq perdrait la majorité des droits de vote de son propre groupe.
À notre sens, cette situation permettra aux obligataires de reprendre la gestion stratégique du groupe et pourquoi pas, avec les institutionnels présents dans le tour de table, de relancer le groupe avec un actionnariat institutionnalisé, prenant en compte un certain degré d’exigence en matière de transparence et de communication financière.
Cependant, rien de mieux pour anéantir une société que de voir des actionnaires avoir des intérêts divergents, par ailleurs, les institutionnels financiers n’ont pas une vocation stratégique à exercer un métier dont ils ne maîtrisent pas le pilotage stratégique et opérationnel.
À la fin de la réunion, un actionnaire individuel et également membre actif au sein du forum www.Bourse-Maroc.org a pu dénicher quelques informations non officielles pour les partager avec les autres membres du forum :
-C’est ainsi que l’État vient à la rescousse au groupe et négocie avec des Émiratis pour reprendre le projet Lixus (dans lequel ADI est pour le moment engagé).
-La manière de travailler d'Alliances dans tous les pôles de construction va changer, d'où le large plan social qui s’est traduit par des licenciements massifs. Il s'agira de travailler en maître d'ouvrage délégué et de sous-traiter les chantiers dans tous les domaines du bâtiment.
-La restructuration de la dette bancaire d'Alliances avec les banques semble réglée selon les dires du management, la dernière banque en date est Attijari, qui a enfin accepté leurs propositions.
Prochaine étape: s'atteler à la restructuration de la dette privée et les négociations sont avancées avec la masse des obligataires pour le rééchelonnement de la dette. Il est envisagé de regrouper les différentes obligations en circulation autour d’un seul titre, qui facilitera à la société la gestion de ses échéances. Comme avancé auparavant, une partie de la dette sera remboursée en contrepartie d’actifs (terrains principalement).
-Une augmentation de capital d’un montant de 1 milliard de DH est prévue avant la fin de l’année, entrant dans le cadre de la restructuration du haut du bilan. La majeure partie de cette augmentation sera réservée à la société financière internationale, ce qui corrobore la nomination de deux administrateurs indépendants de nationalité étrangère. A priori, l’actuel actionnaire majoritaire participera à son tour, afin de boucler cette opération.
-Un protocole d'accord avec les employés pour un large plan social dans la construction. Négociations avec les fournisseurs pour éponger les dettes. Des investisseurs turcs sont également intéressés par le pôle construction.
À la question :"Pourquoi des investisseurs étrangers sont intéressés par une société en pleine difficulté"? A. Hafid répond :
“J’ai assisté à l’assemblée des ORA pour connaître le sort de mon épargne, mais également pour montrer qu’il y a des petits porteurs actifs. Aujourd'hui, j'ai su pourquoi, de la bouche de M. J. Hamdaoui, administrateur, qui a les procurations des actions de la famille Lazrak: premièrement pour les agréments que possède EMT construction et deuxièmement et c'est le plus important, EMT construction est une société marocaine et elle a droit à une surcote pouvant aller jusqu'a 15% lors de la soumission aux appels d'offres publics dans le cadre de la préférence nationale pour la construction des barrages, ports, ponts, etc. Quand on sait que la marge dans ce genre de construction ne dépasse guère 10%, on comprend l'intérêt d'une société étrangère spécialisée dans la construction pour une entreprise renommée, comme EMT construction“.
M.Hafid a également posé la question suivante à M. Sebti, directeur financier d’Alliances: “En quoi cela arrange-t-il Alliances de réaliser l'échange des ORA 2012 en ORA 2015, sachant qu'elle aura à payer les coupons de l'ordre de 60 millions de DH chaque année, pour une durée supplémentaire de 3 ans, alors que le but du plan de restructuration est de diminuer les dettes et les coupons a payer?“
Réponse de M. Sebti: “Ce sont les trois principales banques locales, Bank Al Maghrib, les ministres des Finances et de l'Habitat qui ont exigé cet échange d'ORA, pour que la part du PDG Lazraq ne soit pas diluée, pour qu'il reste PDG lors de cette phase de restructuration de l'entreprise“.
Comme dans toutes les réunions, ce sont les échanges en coulisse qui donnent le plus d’informations, partagées sur le forum Bourse-Maroc
Les problèmes du présent face à l’avenir incertain
Si le groupe semble avancer lentement vers un assainissement de sa situation sur un horizon de 3 ou 4 ans, l’avenir à moyen et long termes n’est absolument pas réglé.
Il y a fort à parier que ces solutions d’urgence qui ont mis à nu l’incapacité du management à établir suffisamment de prévisions stratégiques, compliquent la solution.
En effet, le groupe, malgré son endettement, semble disproportionné par rapport à la taille cible dans laquelle il sera projeté forcément. Avec une crise de confiance manifeste des futurs clients, une crise de l’immobilier et un modèle économique qui a mis la société au bord du précipice, il lui faudra plusieurs années pour retrouver ses repères, se réconcilier avec son environnement et avoir les capacités humaines et financières pour se relancer.
Cette relance est d’autant plus handicapée par le fait que des créanciers seront remboursés en nature à partir des actifs que possède la société. Si l’on sait que la viabilité économique d’un promoteur immobilier d’envergure réside dans sa capacité à garder suffisamment de réserve foncière à bon prix pour travailler, il faudra sûrement beaucoup de baraka à Alami Lazraq pour redonner des couleurs à son groupe et à son cours en Bourse.
*ORA : Lesobligations remboursables en actions (ORA) sont avant tout des obligations ordinaires. Mais, à la différence des obligations classiques, ces titres ne sont pas remboursés en espèces, mais en titres de la société émettrice.
Le prix d’émission des nouvelles actions en contrepartie des obligations fait l’objet d’un calcul déterminé à l’avance lors de l’émission. Dans le cas d’Alliances, le prix d’émission d’une action sera égal au cours moyen pondéré des actions de la Société sur les trois derniers mois précédant la date de détermination de la parité de remboursement correspondant à la date d’échéance des ORA, auquel est appliquée une décote ne pouvant excéder 20%, laquelle décote sera fixée par le conseil d’administration, puis arrondie au nombre entier supérieur, étant précisé que - en tout état de cause - en application de l’article 185 de la loi n°17-95 sur les sociétés anonymes, telle que complétée et modifiée par la loi n°20-05, le prix d’émission ne sera pas inférieur à la valeur nominale des actions de la société.
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