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ECONOMIE

«Désormais, à Marrakech, les touristes les plus nombreux sont marocains»

Le tourisme à Marrakech est-il en train de se métamorphoser? Les responsables de la ville travaillent à préserver les acquis mondiaux de la ville ocre. Lancement de nouvelles liaisons aériennes, séduire de nouveaux marchés,... le DG du CRT de Marrakech fait le point avec Médias 24.

«Désormais, à Marrakech, les touristes les plus nombreux sont marocains»
Patrick Marescaux
Le 9 juillet 2015 à 16h49 | Modifié 9 juillet 2015 à 16h49

Le tourisme change à Marrakech, certaines nationalités sont moins présentes, d’autres apparaissent. Mais, quoi qu’il en soit, le potentiel de la ville reste immense et ceux qui sont en charge du développement de ce secteur ne manquent pas d’imagination. 

Abderrahim Bentbib, directeur du Conseil régional du tourisme, reste optimiste : Marrakech a pour ambition d’accéder au club des top 20 des grandes destinations touristiques dans le monde.

 

Médias 24: le tourisme est un secteur essentiel pour l’activité économique de Marrakech. Quel rôle pouvez-vous jouer pour développer, ou au moins maintenir, cette activité?

Abderrahim Bentbib: Permettez-moi de vous répondre, d’abord, en tant que Marrakchi et en tant que citoyen natif de cette ville, issu d’un quartier de la médina.

Je suis bien placé pour dire tout ce que le tourisme a apporté à Marrakech. J’ai vécu les transformations sur le plan économique et social, sur le plan des métiers du tourisme et de l’artisanat, dans la médina, pour arriver à la situation d’aujourd’hui, vraiment impressionnante: Marrakech dispose aujourd’hui d’une capacité d’accueil de plus de 60.000 lits classés, de 3 palais des congrès, d’une dizaine de golfs et d’un nombre impressionnant de restaurants, avec une gastronomie locale et internationale haut de gamme….

Les emplois, directement ou indirectement liés au tourisme, se comptent par dizaines de milliers, notamment dans le secteur de l’hôtellerie et celui de l’artisanat. La ville demeure le vaisseau amiral du tourisme national et garde le leadership sur le continent africain. Notre ambition au Conseil régional du tourisme est de faire de Marrakech une grande destination du tourisme durable, capable de s’élever au rang du top 20 des destinations touristiques mondiales.

Pour ce qui est du CRT et de sa mission, je vous rappelle qu’il s’agit d’un espace de réflexion, d’un organisme qui regroupe trois collèges concernés par le développement du tourisme dans la région: le collège des opérateurs du tourisme, le collège des élus et enfin le collège du secteur public, représenté par l’ONMT (l’Office national marocain du tourisme), les services de la wilaya, l’ONDA (Office national des aéroports) et Royal Air Maroc.

Ensemble, nous avons le même objectif: fédérer tous les intervenants pour mener des actions de promotion de la destination Marrakech sur le plan national et surtout international, en partenariat avec l’ONMT. Nous travaillons depuis des années en bonne intelligence avec la région, la ville et les autorités locales, ce qui a permis de réaliser des avancées importantes sur des dossiers prioritaires comme l’aérien, la promotion et le produit, la mise en place à titre d’exemple du plan communal de développement, relayé par le programme «Marrakech, cité du renouveau permanent», avec la création d’un fonds régional de promotion touristique, le lancement de chantiers relatifs à la valorisation de la médina, la mise à niveau urbaine et de manière générale l’amélioration des conditions d’accueil et de séjour de touristes.

Marrakech constitue donc, aujourd’hui, un vrai modèle de partenariat public-privé: c’est une destination où les autorités locales, les élus et les professionnels travaillent en totale synergie pour rendre la ville plus attractive, plus sûre, plus propre, plus animée… On commence même à parler de la marque Marrakech.

-Disons les choses clairement: dans le contexte géopolitique actuel, votre travail est plus difficile qu’il y a 10 ou 15 ans, époque où la destination Marrakech connaissait un grand boom…

-La vie est un challenge éternel! C’est le cas aussi pour le secteur du tourisme. Le passage d’un cycle économique à un autre, entraînant parfois une récession, certains événements avec leurs conséquences sur l’industrie du voyage, certains effets indésirables font que de temps à autre, le rythme du développement touristique est plus ou moins rapide.

Au fil des années, le poids du tourisme a connu une croissance exponentielle, avec une progression soutenue de la capacité d’accueil qui est passée de quelques milliers de lits dans les années 1970 à plus de 60.000 lits actuellement. C’est une véritable success story.

Marrakech a fait l’objet de plusieurs distinctions ces dernières années, la plus récente étant attribuée par TripAdvisor, qui a placé notre ville en tête des meilleures destinations avant Paris, Rome, Istanbul, etc… C’est autant un plaisir et un honneur qu’un défi.

Il va de soi que toute action de promotion nécessite bien évidemment une mobilisation de moyens humains et financiers de plus en plus importants.

-Pour être très concret, si vous aviez des amis étrangers qui ne connaissaient pas le Maroc, que leur diriez-vous pour les pousser à venir passer quelques jours de vacances à Marrakech?

-Ce serait un peu plus difficile s’il s’agissait d’Américains ou d’Australiens. Ce serait beaucoup plus facile s’ils vivaient dans des pays du pourtour méditerranéen comme l’Italie ou l’Espagne… ou  même des pays comme l’Angleterre et l’Allemagne.

Le message à faire passer, c’est que Marrakech est plus qu’une destination touristique, c’est vraiment une expérience à vivre: c’est une destination de culture vivante, toujours authentique, malgré le rythme de l’urbanisation. Marrakech garde son authenticité,  à travers sa médina, sa place Jamaâ el fna, ses souks et sa population. C’est pour ces raisons qu’un grand nombre de célébrités du monde des affaires, des arts et du show business ont choisi d’élire domicile à Marrakech, en achetant des riads ou en construisant des villas.

-Est-ce qu’aujourd’hui, Marrakech est une destination facile d’accès, autrement dit, l’offre aérienne est-elle suffisante ?

-Il y a quelques années, le CRT a fait faire une étude par le cabinet Monitor. Cette étude a révélé que le transport aérien était considéré comme un handicap pour le développement de la destination. On avait un déficit de 120 dessertes/semaine sur la base d’un taux d’occupation des hôtels de 65%. Depuis, on s’est mis au travail avec l’ONMT puis avec l’ONDA (Office national des aéroports).

L’an dernier, un grand évènement dédié à l’aérien, Connect, a permis de rassembler à Marrakech toutes les grandes compagnies du monde avec 500 participants. Cela a constitué une belle occasion de faire du lobbying, de faire passer le message.

Résultat: de nouvelles dessertes ont été créées, notamment au départ de l’Angleterre avec 52 vols/ semaine et plus de 30 vols pour l’Allemagne. Ces deux marchés se sont particulièrement distingués par une forte progression en termes d’arrivées et de nuitées et dessertes aériennes. Au total, l’aéroport Marrakech Menara est actuellement desservi en moyenne par 400 vols/semaine au départ de différents marchés.

Des efforts sont en cours pour le lancement de nouvelles dessertes long courrier. L’hypothèse la plus privilégiée semble être la ligne New York- Marrakech.

Mais l’aérien, c’est également une question d’adéquation entre le low cost et le régulier. Actuellement, plus de 70% des vols au départ et à l’arrivée de Marrakech sont assurés par des compagnies low cost. Pour une destination qui ambitionne de développer le tourisme de luxe et le tourisme de congrès et d’événements, il est évident de penser à avoir une offre conséquente de vols réguliers équipés de business class.

-Depuis quelque temps, on assiste à des changements dans la clientèle qui vient à Marrakech, avec, notamment un peu moins de Français. Y a-t-il d’autres pays qui commencent à découvrir cette ville?

-Les Français constituent toujours la clientèle étrangère numéro 1: on en compte environ 500.000 chaque année, avec une croissance en dents de scie.

Mais désormais, ce sont les Marocains qui représentent la clientèle la plus nombreuse à Marrakech.

Les Anglais, depuis quelques années, connaissent une croissance importante d’une année sur l’autre. Ils sont en deuxième position, après les Français. Pourquoi ? Parce qu’il fallait juste combattre l’idée reçue, qui consiste à dire que les Anglo-saxons sont des gens qui privilégient le balnéaire et préfèrent les villes côtières. Depuis que l’on voit de plus en plus, dans les brochures promotionnelles, de piscines, même dans les riads, des plans d’eau, des aquaparcs, la perception des Britanniques a changé. Le changement du profil du touriste britannique y a également contribué.

Quant au Brésil, on est en train de travailler avec le consul honoraire de ce pays sur un projet qui consisterait à amener à Marrakech des célébrités locales, footballeurs, acteurs, vedettes de télé ou autres, accompagnés d’équipes de télévision pour passer quelques jours, avec tout un programme permettant de vendre la destination….

Des démarches dans ce sens sont également en cours avec les délégués de l’ONMT en Allemagne et en Pologne.

-N’y a-t-il pas un effort à faire pour vendre Marrakech sur toute l’année, y compris à des périodes comme ramadan, où certains hésitent à venir?

-Je me rappelle que Marrakech a longuement souffert d’un problème de saisonnalité, au point que certains établissements préféraient fermer en été. Les choses ont commencé à changer avec l’ouverture du Palais des congrès en novembre 1989 et du resort PGP.

L’organisation de mega événements comme le GATT a fortement contribué à la notoriété de Marrakech en tant que destination de congrès et d’événements. Le Festival international du film de Marrakech, le Festival du rire, le Grand prix automobile sont désormais des rendez-vous incontournables, en plus d’une trentaine d’événements à caractère culturel, sportif, artistique et touristique.

D’autres événements sont en préparation, tels que le Festival de la gastronomie, un événement annuel dédié au golf, le Festival de la randonnée dans la province d’Al Haouz…. L’idée est de mettre en place un programme qui vise à animer les périodes de basse saison et à faire de Marrakech une destination permanente.

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Patrick Marescaux
Le 9 juillet 2015 à 16h49

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