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Boom de la population estudiantine, chômage des jeunes: une combinaison explosive

En moins d’une décennie, le nombre de bacheliers a doublé et les effectifs dans l’université publique sont en forte hausse.  Alors que les promesses d'emploi se font plus incertaines, cette poussée du nombre de jeunes diplômés est facteur d’inquiétude.

Boom de la population estudiantine, chômage des jeunes: une combinaison explosive
Ariane Salem
Le 3 juillet 2015 à 12h50 | Modifié 11 avril 2021 à 1h03

Cette année, 506.814 jeunes marocains étaient candidats au baccalauréat. A titre de comparaison, ils étaient 684.000 candidats en France, pour une population double.

Parmi les 179.000 admis en session ordinaire au Maroc, la proportion importante est féminine, alors que les filles sont sous-représentées en nombre de candidates.

L’obtention du bac est le sésame pour l’entrée en cycle universitaire. Les effectifs à l’université sont année après année toujours plus nombreux. Ces indicateurs sont encourageants et témoignent d’une scolarisation qui se généralise et se prolonge. Cependant, l’avenir de ces futurs jeunes diplômés est suspendu à cette interrogation: trouveront-ils un emploi à la mesure de leur diplôme? L’équation entre la croissance du nombre de diplômés et les dégradations du marché du travail ne peut que renforcer le mécontentement de cette classe d’âge et recèle un potentiel explosif en termes de mécontentement social.

Deux fois plus de bacheliers en 8 ans

Premier constat en forme d’encouragement, le nombre de candidats au baccalauréat et de bacheliers a progressé à vive allure, doublant pratiquement en moins d’une décennie. En 2015, 506.814 candidats étaient inscrits pour passer les épreuves du baccalauréat contre 274.220 en 2006. Entre 2006 et 2014, on est passé de 103.477 à 205.739 bacheliers.

Cette tendance haussière n’est pas finie. Elle va se poursuivre. Elle reflète la généralisation progressive des études de second degré et la baisse du taux d’abandon au lycée.

Il faut néanmoins signaler qu’une grande proportion d’entre eux ne se présente pas aux épreuves de juin. Cette année, ils étaient près de 110.000 à se porter absents. Le taux d’absentéisme est croissant au fil des années, passant de 15 à 21% des candidats entre 2006 et 2015. Au ministère de l’Education nationale, ce taux de déperdition est expliqué par le nombre de candidats libres qui s’inscrivent en septembre puis se désistent en juin. Cet absentéisme ne concerne pas les élèves scolarisés, selon cette source.

Les filles, sous-représentées aux épreuves, réussissent de mieux en mieux au bac

Boom de la population estudiantine, chômage des jeunes: une combinaison explosive

Si les filles sont sous-représentées aux épreuves du bac, elles ont plus de chance d’obtenir le sésame pour les études supérieures, que leurs acolytes garçons. On observe ainsi une double tendance. Le taux de parité aux épreuves du bac décroit entre 2006 et 2013, passant de 91% à 86%. 

En revanche, le taux d’admission chez les filles est systématiquement supérieur à celui des garçons et cette tendance se conforte à travers le temps. En 2006, le taux d’admission chez les filles étaient de 3,5 points supérieurs à celui des garçons (46,6% contre 43,1%). En 2013, ce sont plus de 6 points qui séparent le taux d’admission des filles et des garçons. En 2015, les résultats de la session ordinaire affichent un écart de 8,6 points entre les taux d’admission (49,8% chez les filles contre 41,2% chez les garçons). 

Une percée féminine qui se reflète au niveau des inscriptions universitaires.

La parité décroît avec le niveau d’études universitaire

A l’entrée à l’université, les taux de parité se rétablissent entre garçons et filles. En 2007/08, le taux de parité pour les nouvelles inscriptions universitaires avoisinait les 90%. En 2012/13, il caracolait à 95%. Toutefois, cette parité se dégrade au fil du cursus universitaire: de 90% en licence, le taux passe à 70% en Master à 58% en doctorat pour l’année universitaire 2012/13.

Boom de la population estudiantine, chômage des jeunes: une combinaison explosive

 

Poussée démographique universitaire

Corollaire de la poussée du nombre de bacheliers (103.000 en 2006, ils étaient 205.000 en 2014), les rangs de la fac grossissent au fil des ans.

Tous les ans, la très grande majorité des bacheliers (entre 8 et 9 bacheliers sur 10 de 2007 à 2013) s’inscrit à la fac. La croissance de la population universitaire varie entre 10 et 24% chaque année depuis 2010.

Au cours de cette année 2014-2015, l’effectif universitaire global au Maroc, dans le public, est de 660.000 étudiants. Cet effectif va continuer à croître chaque année sans que l’on puisse savoir quand sera atteint le pic d’étudiants, ni quel sera alors l’effectif global.

Nous avons posé cette question à plusieurs responsables, depuis plusieurs mois, dont le ministre de l’Enseignement supérieur, sans succès.

Or, ce pic est une donnée essentielle lourdes de menaces possibles, il faut s’y préparer.

 

Boom de la population estudiantine, chômage des jeunes: une combinaison explosive

 

L’explosion du nombre d’étudiants est un indicateur positif dans une économie qui emploie. Elle est alors facteur de compétitivité et de croissance de la valeur ajoutée. Dans une économie qui ne créée pas d’emplois qualifiés, cette montée est inquiétante.

Or le fléau du chômage des jeunes diplômés ne fait que se propager depuis 2009, avoisinant les 20% pour les 15-24 ans et 13,5% pour les 25-34 ans au 3e trimestre 2014.

En 2014, 63% des chômeurs avaient entre 15 et 29 ans, soit une légion de 730.000 jeunes chômeurs. En milieu urbain, près de 4 jeunes sur 10 âgés de 15-24 ans étaient au chômage en 2014. Parmi les diplômés universitaires urbains, 24% étaient au chômage en 2014.

En réalité, la croissance de la population universitaire est une bombe à retardement si le taux de chômage des jeunes persiste.

Les diplômés du supérieur font face à un risque de chômage de 20% (chiffres du 3e trimestre 2014), 27,5% pour les femmes. Pour ces jeunes diplômés qui ont fait le sacrifice financier de poursuivre des études dans l’espoir d’un emploi rémunérateur, la désillusion est grande une fois arrivés sur le marché du travail. Cette poussée de la population universitaire pèse donc comme un potentiel facteur d’instabilité sociale.

Boom de la population estudiantine, chômage des jeunes: une combinaison explosive

 

Par ailleurs, ces évolutions démographiques alourdissent le budget de l’enseignement supérieur. Depuis 2012, l’enveloppe budgétaire allouée aux bourses universitaires est passée de 0,7 MMDH en 2012 à 2 MMDH cette année.

230.000 étudiants ont pu bénéficier cette année d’une bourse d’Etat (en moyenne 8.600 dirhams par an). Sans la promesse d’un emploi futur, cette dépense d’enseignement se révèle plus être une allocation chômage déguisée qu’une incitation à la poursuite d’études pour les étudiants démunis.

Améliorer l’employabilité des jeunes diplômés


Le ministre de l’enseignement supérieur Lahcen Daoudi a présenté il y a quelques semaines un programme pour améliorer l’employabilité des jeunes lauréats d’université. Ceux-ci pourront bénéficier à la rentrée d’un cursus d’un an de formation au monde du travail. Ce programme comprend des formations en langues étrangères (français et anglais notamment), en marketing, en gestion, en compta, en techniques commerciales…

Cette formation dite complémentaire bénéficiera à 25.000 nouveaux étudiants chaque année et coûtera 450 MDH à l’Etat. Chaque étudiant percevra une allocation mensuelle de 1.000 DH. Une expérience pilote avec l’OFPPT, portant sur 1.000 étudiants, avait donné un taux d’employabilité de 100%.

Piste intéressante, pas forcément suffisante.

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Ariane Salem
Le 3 juillet 2015 à 12h50

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