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Maroc. Les milieux modernistes inquiets des tentations de régression

Dimanche soir 28 juin, un sit-in de soutien aux deux jeunes filles d’Inezgane poursuivies pour “outrage aux mœurs“ à cause de leur tenue vestimentaire, était organisé.

Maroc. Les milieux modernistes inquiets des tentations de régression
Naceureddine Elafrite
Le 28 juin 2015 à 16h36 | Modifié 11 avril 2021 à 2h37

Les milieux modernistes essaient de se rassembler, de mobiliser leurs troupes et de réagir face aux événements des dernières semaines. Des contacts menés par Médias 24 avec différentes têtes d'affiche nous ont permis de dresser le constat ci-dessous. Nous pouvons également annoncer qu'il y aura au moins deux initiatives modernistes dans les deux semaines à venir.

Pêle-même, rappelons quelques incidents:

-Un jeune Marocain d’Agadir est empêché de se marier en raison d’un passé supposé “d’adorateur de Satan“, sur la foi d’un rapport des RG.

-Deux jeunes filles d’Inezgane (Agadir) sont harcelées, puis prises à partie par une foule de vendeurs ambulants. Les policiers appelés  pour les protéger les coffrent, le procureur les inculpe d’outrage aux mœurs. Audience prévue le 6 juillet.

-Deux jeunes hommes se font arrêter à Rabat, sont accusés de s’être embrassés sur une place publique, leurs photos sont diffusées sur la chaîne de télévision officielle, une foule manifeste devant le domicile de l’un d’entre eux et au final, ils sont condamnés à 4 mois d’emprisonnement, alors qu’ils contestent la totalité des faits.

-Une plainte pour outrage public aux mœurs est déposée contre Jennifer Lopez, qui avait chanté et dansé dans le cadre de Mawazine.  Son apparition sur 2M suscite une vague de protestations, au point que le chef du gouvernement écrit à la HACA.

-Les protestations contre le film de Nabil Ayouch sont marquées par de nombreux dérapages: appels au meurtre, judéité de sa mère etc… La polémique enfle au Parlement.

Ce ne sont là que quelques exemples, ceux qui ont été médiatisés. Et ceux qui font frémir sont probablement les plus anodins ou ceux qui semblent l’être: ce qui est arrivé aux jeunes filles d’Inezgane ou au jeune Amine, empêché de se marier sous l’accusation de satanisme, la pancarte “No bikinis“ sur une plage près d’Agadir,  montrent la banalisation des réflexes régressifs et de censure.

Il est évident que de tels incidents sont plus nombreux que ce que montrent les médias. Ces incidents ont été médiatisés un peu par hasard ou accident. La réalité enfouie est plus large.

Un palier a été également franchi: devant un comportement que l’on trouve déviant ou attentatoire aux bonnes moeurs, on ne se contente plus de la désapprobation sociale comme auparavant. On agit: manifestation devant le domicile d’un jeune accusé d’homosexualité, mouvement de foule contre deux jeunes filles qui ont refusé d’être harcelées, dépôt de plainte contre Jennifer Lopez… Désormais, tout incident qui sort de l'ordre du moral est idéologisé.

Et à propos de plainte, n’oublions pas que l’avant-projet de code pénal, fournira aux plus intolérants d’entre nous des munitions supplémentaires pour pouvoir attaquer en justice tout contrevant à l’ordre moral. On a même ajouté un article directement venu du Proche-Orient: “la répression du mépris des religions“, notion qui vous vaudra d’être embastillé dès que vous vous aviserez de critiquer par exemple des pratiques ou des interprétations religieuses. Car pour ce qui est de la religion proprement dite :

-il n’y a pas au Maroc de cas de manifestations de mépris des religions ou que l’on pourrait considérer comme tels, comme les caricatures par exemple.

-et si jamais il y en avait, le code pénal marocain est bien armé pour contrer ces tentatives.

En réalité, ce que craignent différents milieux modenistes, c’est qu’un  tel article soit utilisé, comme cela a été le cas en Égypte, pour censurer toute réflexion, tout débat, tout esprit critique dans le domaine religieux.

 

 

Ceci au moment où le champ religieux, s’ouvre aux travaux scientifiques et aux problématiques contemporaines.

Désarroi, interrogations, inquiétudes

“Sommes-nous bien dans le Maroc de la réforme de la Moudawana et de la Constitution de 2011?“, fait semblant de s’interroger un journaliste.

Les milieux qui vivent ce désarroi sont ceux que l’on peut qualifier de modernistes, faute de trouver un terme plus précis.  Modernité ici ne signifie pas occidentalisation, cela va sans dire. Cela signifie simplement résoudre les problèmes d’aujourd’hui, avec les concepts d’aujourd’hui. Il s'agit de se mettre au diapason de la modernité. C'est un peu ce que le Roi Mohammed VI fait en changeant le statut de la Qaraouiyne et en lui conférant de nouvelles missions, en phase avec notre époque.

Dans nos pays, l’évolution prodigieuse de l’organisation économique, sociale et technologique, a imposé la mise en place d’États modernes. Et l’évolution, le progrès, ont créé des concepts nouveaux, des problématiques nouvelles, que l’on ne peut résoudre qu’avec des réflexions de notre temps.

Notre époque a vu la naissance de concepts nouveaux, que nous pratiquons tous les jours, la citoyenneté, l’égalité, la reddition des comptes, la liberté (qui n’a pas la même portée aujourd’hui qu’il y a quelques siècles), l’individu, la justice sociale, l’innovation, l’entrepreneuriat, l’initiative, …

Le Maroc est un pays en transition et cette transition fait que cohabitent la modernité et les relents du passé, dans différents domaines.

Aller vers la modernité signifie que tous les domaines y aillent: Mohammed VI a consacré les droits de la femme, la citoyenneté, les libertés individuelles et la conformité aux valeurs universelles. Mais cela doit se faire partout, dans la vie quotidienne, dans l’enseignement, dans la création culturelle, dans la vie politique, dans la Justice et le code pénal, dans les textes de loi…

Aujourd’hui, les milieux modernistes sont divisés, éparpillés, fragmentés. Ils s’interrogent et s’inquiètent. Mais c’est à eux qu’il appartient d’effectuer le travail de légitimation de la modernité, de la conformité de la pratique avec la Constitution, dans le texte et dans l’esprit car, sur les affaires récentes, ils ont été plutôt silencieux.

Si ce travail de légitimation n’est pas effectué, le Roi du Maroc, arbitre des institutions, Chef de l’État et Amir Al Mouminine, ne peut pas tout faire à leur place.

 

C’est là que se situe l’enjeu du moment.

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Naceureddine Elafrite
Le 28 juin 2015 à 16h36

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