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ECONOMIE

Youssef Mouhyi: “Marrakech, ville innovante”

Président régional de la CGEM à Marrakech, Youssef Mouhyi veut mettre en avant les atouts de la ville ocre, parmi lesquels un souci permanent de l’innovation, dans tous les domaines. Une démonstration qui s’appuie sur des exemples concrets et qui va à l’encontre de beaucoup d’idées reçues.

Youssef Mouhyi: “Marrakech, ville innovante”
Patrick Marescaux
Le 13 juin 2015 à 18h41 | Modifié 13 juin 2015 à 18h41

Médias 24: Vous n’aimez pas les clichés. Quand on dit que Casa, capitale économique du Royaume, est la ville du mouvement et de l’innovation, alors que Marrakech est la ville des touristes, des restaurants et des boîtes de nuit, vous vous insurgez…

Youssef Mouhyi: Oui, parce que Marrakech est une ville extrêmement innovante, dans tous les domaines. Le premier secteur où c’est une évidence: l’artisanat.

Depuis des décennies, l’engouement pour la ville ne faiblit pas. Beaucoup de designers internationaux se sont installés à Marrakech et y travaillent avec des artisans locaux. Ce qui permet un foisonnement de créations et d’innovations, dans le domaine du maillechort par exemple, ou dans le domaine du luminaire.

On a vu l’émergence de personnalités comme Yahya, aujourd’hui mondialement connues, qui fournissent les maisons royales et les grands de ce monde. Et il y a bien d’autres exemples: Akkal, dans la poterie ou Amira bougies sont aujourd’hui des signatures connues partout dans le monde.

C’est vrai aussi pour la peinture avec, par exemple, la biennale prise en main par Vanessa Branson. Là aussi, on est dans l’innovation. Marrakech est d’ailleurs une ville qui a toujours été leader dans le lancement de salons et de festivals, comme celui du film: dans quelle autre ville du Maroc aurait-on pu lancer un festival de ce type qui est devenu la vitrine du cinéma marocain dans le monde entier?

 Et le festival du rire a pris une ampleur incroyable, grâce à Marrakech, grâce à cette partie d’immatériel, qui fait que ça marche et que ça n’aurait sans doute pas marché aussi bien ailleurs.

-Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

-C’est très simple: Marrakech a une âme et renferme un art de vivre qui pousse à la réflexion, qui pousse à regarder au-delà de ce qui est visible. C’est une ville de tradition, c’est une ville spirituelle, même pour les non-croyants, qui fait que l’on est convaincus, ici, que tout est possible.

Quand on vient dans cette ville, on est en paix et quand on est en paix, quand on se sent bien, on a des envies; on commence à rêver, à penser autrement qu’aux petits problèmes du quotidien. Et c’est ainsi que peut débuter la création et donc l’innovation.

  -Toujours dans le domaine des arts et de la culture, il y a d’autres exemples parlants?

 -Prenez l’ESAV, l’Ecole Supérieure des Arts Visuels, elle est aujourd’hui un leader africain qui enseigne l’art, qui enseigne le cinéma: c’est aussi de l’innovation. Et ce n’est nulle part ailleurs.

C’est venu de la ville elle-même, sans aide de l’Etat: une grande dame amoureuse de Marrakech qui avait une fondation et qui a décidé, avec l’aide d’un ressortissant français qui s’occupait à l’époque de l’Institut Français, de financer et de créer cette école.

 -Pour sortir du domaine culturel, parlons de l’agro-alimentaire et la cosmétique, où, là encore, Marrakech est en pointe…

-On peut se targuer d’avoir un cluster à Marrakech spécialisé en agroalimentaire et cosmétique de luxe, qui regroupe plusieurs entreprises innovantes.

Voyez la réussite de la société Siti qui emploie environ  2.000 personnes, qui est le fournisseur numéro 1 dans le monde des sachets d’infusion en mousseline, c’est-à-dire des sachets raffinés en coton cousu, qui fait ses propres mélanges ici sur place, avec des techniques de fabrications uniques de personnalisation d’emballage pour les grandes signatures mondiales de distributeurs de thé.

Toujours dans ce cluster, des jeunes de Marrakech, avec des fonds guadeloupéens, ont crée un pyrolyseur solaire, pour fabriquer du carburant à partir de déchets, ce procédé high-tech permettra de transformer via l’énergie solaire, des déchets carbonés en charbon végétal puis en syngaz, ou gaz de synthèse. C’est une entreprise qui a fait beaucoup de recherche, déposé énormément de brevets. Et c’est à Marrakech, avec des fonds en partie d’une région française, la Guadeloupe.

Dans le domaine du cosmétique, le docteur Belkamel à L’Ourika, a créé un jardin bio aromatique et il ne cesse d’innover avec ses préparations. Sa société Nectarom fournit aujourd’hui énormément de Spas et d’hôtels avec ses créations. Et pas uniquement au Maroc.

Plus étonnant encore, toujours à L’Ourika, la production de spiruline. C’est cette algue dont beaucoup disent qu’elle va contribuer à éliminer la faim dans le monde, car elle est extrêmement nourrissante et ne coûte pas cher à produire. Cette algue est d’ores et déjà produite à L’Ourika !

-Est-ce que cette recherche de l’innovation touche d’autres secteurs, comme les services ?

 -Il y a de belle réussite: par exemple le premier site de vente en ligne d’imprimés au Maroc est à Marrakech. Il est déjà numéro 1 en Afrique: c’est la société itba3.ma, créée ici avec un partenaire étranger. Cette unité de production et cette plate-forme de conception et de commercialisation ne sont ni à Rabat, ni à Casablanca, ni à Tanger, mais bien à Marrakech. Ce n’est pas un hasard!

Il y a aussi beaucoup de petites start-up qui travaillent sur des projets innovants et qui mériteraient que l’on s’intéresse davantage à elles.

-La ville elle-même, donne-t-elle l’exemple, en innovant, elle aussi ?

-Absolument! Pour la première fois au Maroc, des équipements culturels vont être confiés à travers une délégation du service public à des gestionnaires privés spécialisés. C’est vraiment une innovation, car jusqu’à présent, tous les équipements culturels, bibliothèque ou autre, étaient, comme partout dans le Royaume, gérés par la mairie.

Or les mairies n’ont pas toujours les compétences ou les moyens pour bien faire. A Marrakech, la mairie l’a compris et vient de commencer à utiliser ce moyen très innovant comme levier pour améliorer et optimiser sa gestion. N’oublions non plus la cité de l’innovation qui est en création par l’université Cadi Ayyad.

-L’innovation est souvent liée à la R&D et a parfois besoin d’aide, notamment des services de l’Etat. Est-ce le cas?

-Ni à Marrakech, ni au niveau de l’ensemble du pays, il n’y a réellement les interlocuteurs à l’écoute des opportunités qui se présentent. Et c’est dommage.

S’il y avait à Marrakech de la disponibilité au niveau du foncier, de l’encadrement par les gestionnaires de la chose publique, avec un Techno Park comme à Casa, je suis sûr que l’on serait encore plus innovants car on a l’environnement qu’il faut, et on a le capital humain: les habitants de Marrakech, ou ceux qui viennent s’y installer ont beaucoup de qualifications et on pourrait en attirer d’autres…

Si on propose demain à telle ou telle équipe de recherche de travailler à Lyon, à Milan ou à Marrakech, c’est Marrakech qui sera choisie, j’en suis convaincu. Mais à condition qu’il y ait sur place les outils et les moyens techniques pour travailler au mieux.

-Qui pourrait vraiment donner le coup de pouce nécessaire? L’Etat? Un ministère en particulier? La Wilaya? La ville?

-On manque au niveau de notre région, comme de toutes les régions, de vision économique et régionale claire. Les personnes en charge de cette stratégie, ce seront bientôt les responsables des nouvelles régions.

Mais jusqu’à aujourd’hui, c’est à la wilaya de faire ce qu’il faut pour permettre aux entreprises d’aller loin, en leur offrant notamment des infrastructures ; quand vous avez une PII, un Parc industriel intégré, avec des tarifs de locations de locaux attractifs par exemple, vous attirez du monde et des investisseurs ; et dès que des gens ont fait leurs preuves, il faudrait une agence chargée de les accompagner. Ont-ils  besoin de financement ? Il faut leur apporter la réponse. Rapidement, pour leur permettre d’avancer. Il faut aussi les aider sur le plan du marketing et de l’export.

Cela ne peut passer que par la région et donc par la wilaya qui en assure la tutelle. Mais, le fait que, dans une ville comme Marrakech, on ait changé de wali plusieurs fois en 6 ou 7 ans, n’a pas permis d’avoir une vision à long terme. Or il faut du temps pour avancer, être à l’écoute et éviter de ne faire face qu’aux urgences.

-Mais vous, la CGEM, vous pouvez aussi agir…

- Nous avons une mission essentielle: expliquer à nos interlocuteurs les besoins de nos entreprises. On l’a toujours fait. Par exemple, on a organisé en 2009 à Marrakech les états généraux de l’économie régionale.

Chaque mardi, pendant deux mois, on a débattu des difficultés, des aspirations, du potentiel de chaque secteur productif.  Et une restitution de ces travaux a été faite au Palais des congrès de Marrakech devant de nombreuses personnalités, dont 4 ministres.

Déjà à l’époque, on avait expliqué ce qu’il fallait pour la région, notamment ce Parc Industriel Intégré dont je vous ai parlé, mais cela n’a pas été réalisé.

Aujourd’hui, Marrakech a été la première ville à se doter d’un CREA (comité régional pour l’environnement des affaires). Tous les services  de l’Etat y sont en principe représentés. Sa mission: travailler sur tous les freins liés à l’investissement et à la compétitivité des entreprises afin de les éliminer.

C’est une action extrêmement importante : on a signé il y a plus d’un an, mais jusqu’à aujourd’hui, on a un cadre général, mais pas encore d’actions concrètes…

J’aimerais donc rappeler que personne ne doit rater le coche de l’innovation et de la croissance! Car en tant que CGEM, nous croyons vraiment que l’innovation est a la base du développement durable: nous avions pour slogan: «L'entreprise marocaine: oser et innover».

Oui, il faut croire au changement. Dans la nouveauté, se trouve le salut de tous, et, fort heureusement, c’est quelque chose qui est dans les gènes des Marrakchis, même des plus simples habitants de la médina: ils sont tous sont ouverts à l’innovation, ouverts au reste du monde, aux autres cultures, à d’autres façons de faire. C’est notre fierté…

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Patrick Marescaux
Le 13 juin 2015 à 18h41

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