Les nouveaux touristes de La Mamounia
Moins de français, toujours autant d’Américains et surtout beaucoup plus de Brésiliens: tel est le nouveau visage des touristes qui, à Marrakech, fréquentent un palace comme La Mamounia.
Plusieurs acteurs du secteur du tourisme le pressentaient depuis des mois: une bonne partie des touristes habituels, venant de France, ont boudé la destination Maroc. Le phénomène se ressent dans tous les types d’hébergement, y compris dans un établissement mythique comme La Mamounia à Marrakech.
Première raison de cette désaffection: la crise. Certes, la clientèle d’un hôtel de prestige ne devrait pas être touchée directement; mais à l’heure d’internet et des réseaux sociaux, à une époque où tout se sait, il n’est pas évident, pour un chef d’entreprise par exemple, de passer une semaine à La Mamounia, alors que dans le même temps, il doit imposer à l’ensemble de ses collaborateurs une stagnation des rémunérations quand ce n’est pas envisager un plan de restructuration.
Mais la principale raison de cette frilosité de la clientèle française est d’ordre géopolitique. Denys Courtier, Directeur Exécutif de La Mamounia, a une vision très précise: «Nous avons commencé à ressentir le phénomène en octobre dernier, quand Hervé Gourdel a été assassiné en Algérie. Le mouvement s’est renforcé avec les évènements de Charlie Hebdo en janvier, puis avec l’attaque du musée du Bardo à Tunis. Nous avons alors accusé, à La Mamounia, une perte du marché français qui a atteint 50% par rapport aux mêmes mois des années précédentes. Certes, mai a été un très bon mois, mais parce que nous avons eu quelques déplacements collégiaux. Sinon, la clientèle individuelle française manque toujours.»
Et la raison est simple: une bonne partie de cette clientèle a clairement peur de se rendre dans un pays musulman, même si les risques d’attentat ne sont pas plus grands à Marrakech qu’à Paris, Londres ou Madrid.
Ceux qui l’on bien compris, ce sont les Américains qui, non seulement continuent à venir, mais sont devenus, en mars et avril derniers, le premier marché pour La Mamounia. Le Maroc n’a donc pas connu ce vent de panique, comme lors des attentats de Paris où la clientèle américaine avait annulé massivement toutes les réservations ou presque.
Et puis, pour l’établissement phare de Marrakech, d’autres clientèles existent et sont même en plein développement. C’est le cas, notamment, des Brésiliens. Comme le rappelle Denys Courtier, «en 2009, au moment de la réouverture de l’établissement, c’était un marché totalement inexistant. Aujourd’hui, nous sommes à 5 ou 6 % de clientèle brésilienne, et l’augmentation est constante. Il y a trois semaines, j’ai passé plusieurs jours au Brésil, entre Sao Paolo, Brasilia et Rio: j’ai pu constater, via la presse ou les agences de voyage, à quel point les Brésiliens aimaient le Maroc en général, Marrakech en particulier. Et les Brésiliens sont habitués aux longs voyages: faire 12 heures d’avion pour passer un long week-end de 4 jours à Marrakech ne les dérange pas. Un Européen, vous ne le mettrez pas 12 heures dans un avion, juste pour un week-end, même prolongé!»
Restent les autres pays émergents qui représenteront, peut-être, demain un potentiel non négligeable. La Chine par exemple.
Certes, aujourd’hui, les Chinois qui voyagent choisissent encore des destinations «classiques» comme Rome ou Paris. Mais un jour ou l’autre, ils vont venir au Maroc et ils représenteront un marché considérable!
Quant à l’Inde, ce n’est pas encore gagné: les Indiens aisés voyagent beaucoup, mais il est difficile de leur garantir le dépaysement. Les ruelles de Jaipur ressemblent à une médina. La cuisine indienne est à la fois différente et très semblable à la notre, avec beaucoup d’épices, d’herbes, de plats végétariens ou à base de poulet. Et puis surtout, marquée par le cinéma, la société indienne se rend plus facilement dans les pays où des films ont été tournés.
D’où l’engouement pour Gstadt: certes, il y a la neige et les paysages, mais il y a surtout les nombreux films de Bollywood tournés en Suisse. «Un seul film tourné à Marrakech par une équipe indienne suffirait à capter cette clientèle»: c’est la conviction de Denys Courtier.
Et demain? Comment La Mamounia perçoit-elle l’évolution de la clientèle? Denys Courtier est serein: «Je pense que la France va reprendre sa place de numéro 1 chez nous, parce que l’héritage est long, parce que les connexions aériennes sont bonnes, notamment au départ de Paris. Et puis on parle français à Marrakech, ce qui est important. Enfin, n’oubliez pas que l’être humain a beaucoup de qualités dont celle de ne pas avoir de mémoire: donc les évènements de ces derniers mois seront vite oubliés!».
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