La prostitution, une réalité que personne ne veut voir
Le film de Ayouch, avant même sa sortie, a le mérite de lever le voile sur une pratique condamnée par la société, interdite par la loi et la religion, mais qui s’exerce à la vue de tous dans les principales grandes villes marocaines.
«Much Loved n’est pas un film sur la prostitution mais un film sur quatre femmes, qui gagnent leur vie en se prostituant, aujourd’hui au Maroc. Je voulais raconter la réalité de ces vies, la montrer. Et la montrer implique une transgression, car cette réalité, personne ne veut la voir.» C’est par ces mots que Nabil Ayouch s’est exprimé sur la polémique soulevée au Maroc par dernier long métrage, ou du moins les extraits diffusés sur Internet.
En jetant un œil sur les réactions suscitées par les premiers extraits de Much Loved, on peut se rendre vite compte de la justesse de ces propos: les Marocains préfèrent fermer les yeux sur le plus vieux métier du monde. Et n’hésitent pas à brandir l’argument de l’atteinte à l’image du pays pour tenter de faire taire ceux qui chercheraient à exposer cette réalité au grand jour.
Mais peut-on vraiment rester dans ce déni de réalité? Celle de ces milliers de femmes exploitées, du tourisme sexuel, de ce business lucratif qui fait vivre des centaines de milliers de personnes et de la violence que représente l’appropriation du corps d’autrui?
Le film de Ayouch, avant même sa sortie, a le mérite de lever le voile sur une pratique condamné par les mœurs, interdite par la loi et la religion, mais qui s’exerce à la vue de tous dans les principales grandes villes marocaines.
Pour ce qui est de l’image du pays, le Maroc est, n'en déplaise aux fervents défenseurs de son image, déjà considéré comme une destination de tourisme sexuel. Plusieurs médias étrangers ont consacré des émissions sur la prostitution organisée et la pédophilie au Maroc. Une simple recherche sur Google permet d’identifier de nombreux sites dans lesquels le pays est considéré comme une destination de choix du tourisme sexuel.
Alors, rappelons les éléments qui nous paraissent essentiels dans le débat :
1. Le film raconte une réalité.
2. Nabil Ayouch ne viole aucune loi.
3. Si on n’aime pas le film ou son sujet, on n’est pas obligé d’aller le voir.
4. Combien d’entre ceux qui incendient le film sur les réseaux sociaux le visionneront en toute discrétion, voire en cachette ?
5. Les femmes en question sont les premières victimes de cette situation.
6. Si on n’est pas capable de regarder la réalité en face, c’est qu’on a besoin de grandir. En un mot, on manque de maturité.
7. Si on accepte ces lignes rouges, demain, il n’y aura pas de films sur la drogue non plus. Ni sur les hôpitaux marocains. Ni sur la pauvreté. Et j’en passe…
8. La désapprobation sociale qui entoure le film de Ayouch va de pair avec la stigmatisation des ces femmes que l’on appelle dans le meilleur des cas des prostituées. Si on les acceptait en tant qu’individus, si on regardait leur humanité, on réagirait d’une manière différente à la sortie du film.
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