Un dernier hommage à Mustapha Amar
Au-delà des hommages politiques, de nombreuses personnalités du monde de la culture ont rendu un dernier hommage à celui qui a consacré une partie de sa vie à l’édition de l’Encyclopédie du Maroc.
Ce fut une belle cérémonie à la mémoire d’un grand homme. Mustapha Amar nous a quittés le 28 mars à l’âge de 80 ans des suites d’une longue maladie. Le 12 avril à Salé, sa ville natale, de nombreuses personnalités politiques et du monde de la culture, parmi lesquels Abderrahmane Youssefi, ancien premier ministre, lui ont rendu un dernier hommage.
Ancien militant de l’UNFP (ex-USFP) et pionnier de la sérigraphie au Maroc, Mustapha Amar fut l’un des plus importants éditeurs du pays, non par la quantité de ses productions, mais par son engagement sans faille pour la sauvegarde du patrimoine culturel du pays.
En tant qu’éditeur, il a notamment pris part à la création d’une œuvre inestimable : l’Encyclopédie du Maroc [Al-Maâlama], rédigée par une dizaine d’intellectuels marocains parmi lesquels Ahmed Taoufik et Mohammed Hajji.
De la fonction publique à l’édition des journaux de gauche
Né à Salé le 23 février 1935, Mustapha Amar décroche son bac au lycée Gouraud à Rabat et part étudier en France, en compagnie d’un cercle d'amis loyaux qui, bien des années plus tard, deviendront des notables de la gauche marocaine.
Son goût pour le voyage le mène de la ville des corsaires au port méditerranéen de Marseille, puis à la ville de Paris où il suit des études scientifiques. Après l'indépendance, Mustapha Amar est recruté à la Présidence du Conseil, auprès du Premier Ministre de l’époque, en charge des affaires étrangères.
Très proche de Abderrahim Bouabid, il quitte en 1965 la fonction publique après la fameuse grève de solidarité avec les services généraux et rejoint les bureaux du Parti de l'Union nationale des forces populaires, ancêtre de l’USFP. Il est alors chargé de la gestion des Editions Maghrébines, société éditrice des deux quotidiens Al Moharrir et Libération.
En dépit des tracasseries liées à la parution très surveillée des journaux à l’époque, il gérera la société avec la plus grande rigueur, et grâce à ses efforts pour la modernisation de cette imprimerie, la production fut élargie aux livres scolaires, aux ouvrages universitaires et à l'impression du premier annuaire du Maroc.
C'est d’ailleurs à cette époque qu’il décide d’acquérir, aux côtés d’un professeur d'université, la collection complète des photographies de Flandrin, évitant ainsi la dispersion de ce patrimoine inestimable. Aujourd’hui cette collection est propriété de la fondation Banque Populaire.
Son amour pour l’art le mène à éditer, en association avec plusieurs artistes, les cartes tapis en sérigraphie, puis des reproductions des œuvres de Benali R'bati, premier peintre marocain.
Edition de l’Encyclopédie du Maroc
Son plus bel accomplissement aura sans doute été l’édition de l’Encyclopédie du Maroc. Nous sommes à la fin des années 80. L’Association des Auteurs Marocains, regroupant de nombreux universitaires décide sous l'impulsion du professeur Mohamed Hajji, d’entreprendre cette œuvre monumentale. Mustapha Amar prend alors en charge la partie éditoriale en créant à Salé une nouvelle imprimerie (fermée aujourd’hui) dans laquelle il s’investit corps et âme pour la réussite du projet et ne gagnera rien en retour. C’est en partie grâce à son engagement que le Maroc peut s’enorgueillir de disposer d’une Encyclopédie alors que d’autres pays arabes et africains qui ont entamé le même projet à la même époque n’y sont toujours pas parvenus.
A Casablanca, il fonde la société de sérigraphie Serar. Il conclut un accord avec les Postes marocaines qui ont édité à l'occasion d’un vernissage de magnifiques timbres sur le thème de la sérigraphie, puis avec Royal Air Maroc, pour qui il créera les célèbres cartes tapis élargies, en couverture de menus première classe.
Son imprimerie Serar, modeste d'apparence, était un lieu de rencontreentre intellectuels, artistes, diplomates et universitaires.
Administrateur exigent, Mustapha Amar a formé des centaines de professionnels dans le domaine du graphisme, de l'impression et de l'édition. De son vivant, il ne s’est que peu intéressé aux biens matériels. La véritable richesse résidait pour lui dans la recherche, le savoir et la protection du patrimoine.
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