A Casa, Lydec veut remplacer l’ONEE mais à quel prix?
Le ministère de l’Intérieur et la ville de Casablanca veulent confier la distribution d’eau, d’électricité et l’assainissement à la Lydec dans 7 communes jusque-là régies par l’ONEE.
Une décision qu’ils veulent passer coûte que coûte ce 31 mars, alors que les communes n’en ont même pas encore discuté en vue d’un vote.
A l’ONEE, les grèves se font à l’ancienne: les piquets sont toujours de rigueur. Ce mercredi 11 mars, l’ensemble du personnel du siège de Casablanca de l’Office et des bureaux d’El Jadida, Safi, Settat et Benslimane observe une grève d’un jour.
En bas du siège casablancais, le sit-in bat son plein. Plusieurs centaines de personnes bloquent la petite ruelle où cohabitent, côte à côte, l’ONEE et la BMCE. Sous les regards curieux des cols blancs de la banque, descendus griller une cigarette et assister au spectacle, les manifestants crient à l’unisson : “Hassad, Sajid, cassez-vous, l’ONEE n’est pas à vous !”, en portant des pancartes noires “Je suis ONEE”, façon Charlie hebdo. Dans leurs regards et sur le ton de leurs voix se mêlent colère et incertitude.
C’est que nos électriciens nationaux sont très fâchés. Depuis qu’ils ont appris l’existence d’une convention, signée le 26 septembre dernier entre le ministère de l’Intérieur, la Commune urbaine de Casablanca et leur directeur général, leur confiance en leur institution et en l’avenir a été mise à mal.
Cette convention a pour objectif d’étendre, au profit de la Lydec, le périmètre du contrat de gestion déléguée sur toutes les communes du Grand Casablanca. En effet, il y a 7 communes qui n’ont jusque-là pas été l’objet de concession et sont restées alimentées directement par l’Etat à travers l’ONEE.
La convention invoque deux arguments pour étendre ce périmètre, sous le signe d’une politique “d’harmonisation”: le contrat de gestion déléguée entre la ville de Casablanca et la Lydec, signé courant 1997 qui dispose, dans son annexe 1, que l’accord accompagnera l’extension de la wilaya, une fois que les communes rurales aux alentours rejoindront le périmètre urbain.
Deuxième argument: le discours royal à l’ouverture de la session parlementaire d’automne 2013, appelant à transformer la capitale économique en un hub régional.
Ce document de 5 pages prévoit, dans le cadre de l’harmonisation, de passer le patrimoine de l’ONEE dans la ville à l’autorité délégante (Commune urbaine de Casablanca). Une commission d’experts est en train d’évaluer ces équipements pour que la CUC les achète, à juste prix comme prévu par la Convention.
On parle là d’équipements objet de longs investissements par l’ONEE: 1.600Km de lignes moyenne-tension, 6.000 km de lignes basse-tension, 1.250 postes de transformation et de distribution au public, 9 postes sources en d’exploitation et 3 autres en cours, en plus d’une assiette foncière de 20 hectares, estimée à un milliard de dirhams selon une source de l’ONEE.
Ces communes comptent 296.000 clients en basse-tension et 1.900 clients industriels de moyenne-tension. En électricité, ces clients représentent 1.360 Gh, soit 11 % du chiffre d’affaires distribution de l’Office, ce qui laisse ce dernier dégager un bénéfice de 250 MDH annuellement, et 400 MDH toutes activités confondues.
Tour de force
D’après les sources de Médias 24, le ministère de l’Intérieur et la Commune urbaine de Casablanca espèrent boucler cette opération d’harmonisation ce 31 mars.
A partir de cette date, les transferts seront entamés. Les négociations se poursuivent encore et le comité d’experts chargé de l’évaluation s’empresse de livrer sa copie.
Mais les responsables de la ville ont deux obstacles devant eux.
L’ONEE a décidé d’embaucher un cabinet de consultants pour évaluer ses propres biens et comparer avec les évaluations que le comité de la ville est en train d’effectuer. Une source de la Lydec a affirmé que des experts de la Lydec siègent dans la commission d’évaluation, chose qui nous a été confirmée par une source au sein de la CUC. “C’est une anomalie,” affirme un cadre de l’Office. Mais la tentative de l’ONEE d’évaluer par ses moyens ses propres biens se heurte à l’empressement des responsables de la CUC. “On nous a clairement demandé d’entamer les démarches et laisser les comparaisons pour après” explique notre cadre.
Le deuxième obstacle auquel la CUC et la wilaya devront faire face ce sont les ressources humaines de l’ONEE, très remontées.
“212 agents opérant dans le périmètre en question s’interrogent quant à leur sort, et appréhendent le futur” explique à Médias 24 un technicien de l’ONEE qui manifestait ce mercredi matin. En effet, le syndicat de l’ONEE, affilié à l’Union Marocaine du Travail, n’a pas été inclus lors de ces négociations, qui se déroulent en toute discrétion pour ne pas faire monter la tension au sein du personnel de l’Office.
“On nous a déclaré qu’on était libre de choisir de rester des fonctionnaires de l’ONEE ou de passer chez la Lydec, mais cette explication est floue et n’est l’objet d’aucun acte écrit” a déclaré Abdelkrim Zeroula, le secrétaire général du syndicat ONEE UMT devant la foule de manifestants.
Les communes hors-jeu
En plus de l’appauvrissement patrimonial et opérationnel de l’Office, que va induire cette opération, la démocratie locale a été le grand perdant lors de ces négociations.
En effet, en plus de la charte communale qui accorde toute leur souveraineté aux conseils communaux de choisir le mode de gestion des services publics, la loi 54-50 portant sur la gestion déléguée et adoptée en 2006 dispose que tout passage de service public régi par l’Etat à un mode de gestion concédée, doit être décidé par le conseil communal. L’autorité de tutelle (la wilaya) ne pourra prendre de décision à la place du conseil que lorsqu’il s’agit d’urgence ou de sécurité de l’Etat. Contacté par Médias 24, Haj Taha, élu local de la commune de Bouskoura nous a expliqué que cette convention de passation des pouvoirs de l’ONEE à la Lydec n’a fait l’objet d’aucun examen par son conseil. Même son de cloche chez la commune de Lahraouiyine, M.Hafid, élu contacté par Médias 24 a affirmé que son conseil n’a même pas pu jeter un coup d’oeil sur la convention du 26 septembre.
“On attend,” affirment les deux élus qui, visiblement, ne sont pas mis au courant par les évolutions de l’affaire, ni par ses enjeux…
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