BTP: Les prix des marchés font grincer les dents des professionnels
La journée d’information sur les marchés des BTP pour 2015, organisée à Rabat par le ministère de l’Equipement, ne recelait pas que des chiffres. Ces chiffres sont connus et leur variation d’une année à l’autre est presque minime. Cette journée était surtout une grand-messe de messages et de contre messages.
Abdelaziz Rabbah, ministre de l’Equipement et des transports, tenait à marquer son mandat par une sortie peu habituelle dans les annales de l’administration marocaine: l’annonce dans le détail des investissements programmés pour le secteur des BTP durant 2015. A lui seul, le chiffre avancé de 36 milliards de DH aurait été une raison suffisante, et à juste titre, pour drainer une assistance massive.
Hommes d’affaires, administrateurs, politiques et observateurs ont fait le déplacement pour écouter un Rabbah qui se voulait rassurant.
«Nous avons entamé plusieurs réformes dont les fruits seront palpables dès 2015 et 2016», a-t-il précisé d’emblée lors de son allocution d’ouverture, avant de se focaliser sur les BTP. Pour ce secteur, le ministre annonce l’achèvement de l’opération de classification des entreprises. Il reste un ajustement à régler pour les laboratoires opérant dans le secteur des BTP. «L’essentiel a été fait et l’opération de classification sera achevée en avril 2015».
Second message important: la préférence nationale dans les marchés publics. Rabbah en connaît l’enjeu et il a tenu à rappeler que cette règle est immuable. «Nous préférons encourager une entreprise basée au Maroc et qui draine des emplois et des impôts au lieu de traiter avec des entreprises dans les cartons», a-t-il tenu à souligner avec force.
La déclaration n’est pas anodine. Dans la salle siégeaient les représentants de la Fédération nationale des BTP (FNBTP) qui n’ont cessé de militer pour cette préférence. Et il semble que, malgré la bonne volonté déclarée du gouvernement, la préférence nationale dépend de l’origine du financement des projets.
Comme l’a souligné le ministre, certains bailleurs de fonds refusent de se plier à cette règle. Une bonne partie des dons et prêts accordés dans le cadre de la coopération internationale impose la liberté de compétition dans les marchés publics sans aucune clause à l’avantage des locaux.
Autre point chaud: la pratique des prix. Le ministre en a fait l’impasse, pas le vice-président de la FNBTP. Pour ce dernier, «la question des prix est primordiale car la baisse enregistrée depuis des années et qui devient une règle fragilise les entreprises marocaines». L’acteur associatif professionnel ira même jusqu’à citer l’exemple d’une entreprise étrangère (mais sans la nommer) qui avait arraché un marché public au Maroc en pratiquant des prix bradés pour venir, des mois plus tard, réclamer des indemnités à l’Etat.
Les professionnels se sont aussi focalisés sur les délais de paiement. Le ministre en a parlé aussi, mais juste pour reconnaître que des efforts sont fournis à ce sujet, mais des difficultés persistent.
Le message clé de Rebbah est le suivant: «patience nous y arriverons». Mais la patience a trop duré et les professionnels espèrent un tournant rapide. Surtout que, selon le porte-parole de la Fédération Nationale des BTP, dans certains marchés, le paiement est lié à des exigences non réglementaires. Quelles sont ces exigences? Il n’en dira pas plus. En tout cas, le mot corruption a été banni de la conférence, question de retenue sans aucun doute.
Côté chiffres, l’enveloppe budgétaire prête pour le marché des BTP est de 36 milliards de DH avec une forte domination pour le secteur portuaire qui programme plus de 12 milliards de DH en 2015. Le gros de l’investissement, soit 8,7 milliards de DH, est consacré à Nador WestMed.
Le secteur routier talonne le portuaire avec 9,7 milliards de DH d’investissement pour 2015. La plus grande partie de cette enveloppe (7,8 milliards de DH) est consacrée au réseau routier classique avec des projets d’entretien, renforcement et réalisation de voies expresses ou rurales. Les autoroutes du Maroc programment 1,8 milliard de DH dont l’essentiel ira à l’entretien périodique de la chaussée, le plus gros du parc autoroutier dépasse 10 ans d’âge et a ainsi besoin de soins plus urgents et récurrents.
Les chemins de fer, eux, promettent un investissement de 4,7 milliards de DH. Le détail de cette enveloppe révèle une nette domination des travaux de gares pour la ligne rapide (LGV). Quatre gares pour cette catégorie de ligne s’accaparent 1,67 milliard de DH contre 222 millions de DH pour 8 gares pour les lignes classiques.
L’ONCF, le maître d’ouvrage, prévoit également la construction de 1.574 logements sociaux pour ses collaborateurs moyennant une enveloppe budgétaire de 652,8 millions de DH.
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