La baisse du pétrole, une bonne nouvelle pour les pays importateurs
Selon la Banque mondiale, ils vont bénéficier d’une amélioration de la croissance et de l’emploi.
Dans son dernier rapport sur les Perspectives économiques mondiales, la Banque mondiale conclut que la baisse durable des prix du baril permettra aux pays importateurs de pétrole de dégager des bénéfices substantiels en termes de croissance et d’emploi, si cette baisse devait s’accompagner d’une accélération de la croissance mondiale.
Le temps est propice pour décompenser les prix énergétiques
« Pour les responsables de l’action publique des pays en développement importateurs de pétrole, la chute du prix du brut est l’occasion de procéder à des réformes budgétaires et structurelles et de financer des programmes sociaux », commente Ayhan Kose, directeur du Groupe d’étude sur les perspectives de développement à la Banque mondiale.
En 2014, la réduction de la facture énergétique de 31,7% selon les prévisions du HCP a déjà permis au Maroc d’améliorer sa position extérieure. Les importations ont enregistré un repli de 2,6% en glissement annuel.
La Banque mondiale recommande donc aux Etats qui subventionnent largement la consommation énergétique d’entamer la décompensation des prix énergétiques et de réallouer ces charges publiques au financement d’actions sociales.
Le Maroc emprunte d’ailleurs la voie recommandée par la Banque mondiale. En décembre, le ministère de l’Energie entamait la décompensation des carburants. Pour le butane, dont la consommation est subventionnée à hauteur de 15 MMDH par an, « les études sur la décompensation partielle des prix ne sont pas achevées» a déclaré Abdelkader Amara, le ministre de l’Energie, mais la volonté du gouvernement est bien de supprimer ces subventions.
Des programmes sociaux de réduction des inégalités mieux ciblés
L’argument souvent invoqué pour freiner la libéralisation du marché énergétique est qu’elle contribuerait à alourdir la facture d’énergie et de transport des citoyens, et heurterait de plein fouet le portefeuille des ménages les plus pauvres. En 2001 les ménages marocains allouaient 22% de leur budget à l’habitation et à l’énergie.
Mais le problème de telles subventions est qu’elles bénéficient plutôt à de grosses entreprises consommatrices d’énergie, selon Shanta Devarajan, économiste en chef pour la région Mena de la Banque mondiale, et constituent donc un gros facteur de discrimination.
Discrimination au détriment de l’emploi car ces grosses entreprises sont aussi très capitalistiques. Pour cet économiste, une politique publique plus éthique devrait intégrer cette question de l’emploi dans les débats autour de la libéralisation du marché énergétique.
Il suffirait notamment de consacrer une partie des dépenses normalement consacrée à la compensation aux transferts monétaires ciblés en faveur des pauvres.
Pour une politique pérenne permettant à la fois une réduction durable de la facture énergétique pour tous les citoyens et un engagement vers la transition énergétique, Musa Shteiwi, directeur du Centre d’études stratégiques de l’université de Jordanie, appelle les gouvernements à engager des dépenses dans les infrastructures de transports publics de qualité. Ces types de projets profitent d’ailleurs aux classes les plus pauvres comme aux classes moyennes, et sont porteurs d’emplois.
Le ministre de l’Energie plus sceptique
Voilà de quoi rassurer les dirigeants marocains, au premier titre M. Amara, qui a fait part de ses inquiétudes quant à une baisse continue du baril sur l’exploration pétrolière et gazière au Maroc. Le ministre anticipe qu’à un prix à 50$, les minors du secteur pétrolier doivent entamer des coupes dans leur budget et suspendre leurs investissements dans l’exploration.
Cette analyse n’est pas partagée par Francis Perrin,président de Stratégies et Politiques Energétiques et directeur de la rédaction de la revue Pétrole et gaz arabes, qui nous expliquait en décembre que la baisse provisoire de la rente pétrolière ne devrait pas contrarier les programmes d’exploration et d’exploitation déjà engagés sur le sol marocain.
En effet, aussi bien pour le pétro-gazier que pour l’énergie renouvelable, l’horizon de production est à 10-20 ans. D’ici là, le prix de l’énergie fossile aura eu le temps de remonter et la demande énergétique marocaine sera plus importante que jamais. Si les compagnies ont pu et vont continuer de réduire leur voilure au Maroc, cela est plutôt lié à l’insuccès de l’exploration.
Comme l’a résumé M. Amara, la baisse des prix du pétrole est à double tranchant. Il ne tient qu’aux pouvoirs publics de réallouer ces excédents budgétaires dans la promotion de l’emploi et de la transition énergétique.
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