Reportage. Province de Tiznit, le jour d'après...
EXCLUSIF. Après le choc des inondations, l'heure est au bilan dans le Souss-Massa. La province de Tiznit sort progressivement de l'enclavement et laisse entrevoir des paysages apocalyptiques dans certains douars. La mobilisation et la solidarité réelles permettent plus que jamais de panser les plaies de cette zone dévastée.
(Reportage photographique: Houda Outarahout) Cliquer sur les images pour les agrandir.
Tiznit. Derrière les murailles. Les vrombissements des tractopelles témoignent de la vive activité qui agite ce chef-lieu. On déblaie, nettoie, dégage... Les bras mécaniques s'échinent à remettre de l'ordre après le passage de l'oued Boutoukhssine et des eaux destructrices qui ont balayé le sud du pays le week-end dernier.
Ce mardi 2 décembre, la province de Tiznit sort enfin partiellement de son isolement ; l'heure est désormais au bilan et à l'action...avec les moyens du bord.
“Du jamais vu“
Les coulées de boue éparses et les pans de murs en morceaux rappellent les violents événements de ces derniers jours. Cependant, l'ancienne cité encore sous perfusion lundi dernier, semble retrouver un nouveau souffle grâce à la réouverture du principal axe routier reliant la province à Agadir.
Ces pluies torrentielles ont en effet provoqué 22 points de rupture sur les routes nationales et régionales, et «plus d'une centaine à l’échelon des douars», nous annonce un responsable de la municipalité, dont «la priorité est de sortir toutes les personnes de l'enclavement!».
Ce mardi matin, elles sont encore trop nombreuses. Agrara, Laouina, Sidi Ifni, Mirleft... Des zones sous blocus forcé, où le ravitaillement n'est possible que par voie aérienne, et où une spéculation émergente s'ajoute aux nombreux sujets préoccupants dans les couloirs de la municipalité.
Effervescence et épuisement y sont par ailleurs palpables. Jonglant entre un téléphone qui ne cesse de sonner et des citoyens désemparés toquant à sa porte, l'élu de la ville insiste sur la «situation de crise» que traversent Tiznit et la province.
Un dispositif préventif et une sensibilisation en amont ont permis de minimiser les pertes humaines dans cette région durement touchée (le dernier bilan fait état de 2 morts). Les dégâts matériels sont en revanche colossaux. Selon les autorités, près de 850 habitations se sont écroulées ou menacent ruine dans cette zone. 6.500 personnes sont classées en état de détresse.
Dans le chef-lieu, plus de 80 maisons ont été affectées et plus d'une cinquantaine de citoyens requièrent un hébergement d'urgence dans les centres d'accueil de la ville. Les villages de la province enregistrent eux des dégâts d'une toute autre envergure.
Douar Zaouïa ne se situe qu'à une dizaine de kilomètres de Tiznit. Le spectacle que nous offre ce village paraît pourtant surréaliste. Apocalyptique... «C'est du jamais vu! Âgés de plus de 90 ans, nos aînés assurent n'avoir jamais rien vécu de tel!» nous assène-t-on.
Les maisons éventrées vomissent leurs poutrelles sur le passage des oueds dévastateurs, certaines tiennent encore péniblement sur un sol friable, d'autres ont tout simplement été rayées de la carte... «Ici, le seul qui dispose réellement d'un titre foncier, c'est l'oued!», affirme un jeune du coin.
Solidarité à toute épreuve
En quelques heures, le village s'est en effet retrouvé prisonnier de trois bras de fleuves déchaînés, avalant les habitations dans leur cavalcade. «Nous savions que l'état d'alerte était enclenché, que de fortes pluies approchaient, mais personne ne pouvait s'attendre à une telle puissance. Les eaux ne sont pas montées de nuit, heureusement!», nous souligne-t-on.
Mêmes scènes de désolation du côté du Douar Amara. Ce patelin voisin, partiellement détruit, a été «plus chanceux», signale une habitante. Ce ne sont pourtant pas moins d'une vingtaine de maisons qui ont été réduites en gravas au cœur de la localité. Son cimetière a été totalement ravagé...
Mais par ici, on ne pleure pas sur son sort. Pas le temps! Tous sont à pied d’œuvre. Armés de brouettes, pelles ou tracteurs, les bras disponibles ne chôment pas. Si la province a pu apporter son soutien dès la réouverture des axes routiers, les premiers efforts ont été fournis par les habitants et les associations locales.
«Le choc a certes été violent, mais nous nous attelons désormais à régler les problèmes un à un», déclare une jeune femme, affiliée à un collectif du village. Avec d'autres membres, elles tiendront en fin de journée, une nouvelle réunion pour collecter des fonds afin de venir en aide aux voisins les plus démunis et évoquer le programme des jours suivants. Entre temps, la question du relogement de certains voisins est réglée, et «personne n'a eu besoin de quitter le village».
Ci-dessous, les images terrifiantes des eaux en furie qui ont emporté de nombreuses maisons à Aglou
Nous suivons le lit du fleuve jusqu'à Aglou. La route est praticable depuis quelques heures à peine. Sur la grande plage, destination finale des eaux, «le label bleu - plage propre» n'est qu'un très lointain souvenir. Les détritus charriés par les inondations s'amoncellent sur ce sable à perte de vue...
Pour les parlementaires et élus locaux, il ne fait aucun doute que “la province doit être reconnue zone sinistrée''. Les pertes humaines ne devraient pas constituer le seul indicateur, ajoute un responsable de Tiznit.
Sans cette reconnaissance, et l'appui étatique assorti, «nous nous dirigeons indiscutablement vers au moins trois années de sacrifices pour rétablir un semblant de normalité et parvenir à extraire les habitants de cette nouvelle précarité».
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