CAN 2015. Issa Hayatou, l’inflexible
Le parcours du président de la Confédération africaine de football n’a cessé de défrayer la chronique par sa forte personnalité, certains parlent d'autoritarisme- et par sa longévité à la tête du football africain. Il est aujourd’hui en première ligne sur le dossier CAN 2015.
Il convient de revenir sur le parcours professionnel du président Issa Hayatou qui préside au destinées de la CAF depuis plus de 26 ans.
Grâce à son poids au sein de la FIFA dont il est vice-président, il a fait passer le nombre d’équipes africaines présentes aux phases finales de la Coupe du monde de 2 à 5 et a doublé le nombre de participants (16) à la phase finale de la CAN.
Hayatou a remplacé la coupe des clubs champions africains par une ligue des champions à l’image du modèle européen et a créé la CAN des moins de 17 ans, la CAN féminine et le Championnat d’Afrique des nations (CHAN).
Sous sa férule, l’Afrique du Sud a été le premier pays africain à accueillir la Coupe du monde. Il a contribué à développer la cohésion sociale grâce au vecteur du football sur le continent africain en dotant la CAF d'importants moyens financiers et en s’exportant au-delà des frontières africaines.
Malgré ces réalisations à mettre à son actif, ses détracteurs l’accusent d'user d’une gestion dictatoriale en matière décisionnelle de l'organisation qu’il préside.
Le dernier exemple en date concerne la sortie médiatique en octobre dernier du président français de l’UEFA, Michel Platini, qui soutenait la proposition marocaine de reporter l’édition de la CAN.
Le président Hayatou avait délivré une volée de bois vert à Michel Platini accusé «d’ingérence déplacée» suite à ses propos affirmant que «le Maroc a raison de demander le report car il ne faudrait pas risquer les vies humaines sous prétexte de disputer un tournoi de football».
En juin 2014, une enquête du Sunday Times sur l’attribution du Mondial 2022 laissait entendre que le président de la CAF avait touché des pots de vin pour favoriser la candidature du Qatar qui avait été retenue. Le Camerounais Issa Hayatou avait rejeté les accusations de corruption tout en reconnaissant avoir touché de l’argent destiné aux caisses de la Fédération camerounaise de football.
Réélu pour la 7e fois président de la CAF en mars 2013 à Marrakech, le puissant patron du football africain avait été accusé à cette occasion d’avoir modifié les statuts de la confédération qu’il préside pour éliminer la candidature du seul adversaire qui aurait pu lui faire de l’ombre.
A l’initiative de Mohamed Raouraoua, président de la Fédération algérienne de football et bras droit de Hayatou à la CAF, une disposition algérienne avait barré la route à l’élection présidentielle de la CAF à l’Ivoirien Jacques Anouma en imposant aux futurs candidats «d’être ou d’avoir été membre du comité exécutif de la CAF».
Soulignons qu’à l’issue de la visite d’Issa Hayatou à Alger samedi 1e novembre, la Fédération algérienne de football l’avait soutenue sans conditions en déclarant qu’elle s’alignerait sur la décision du président de la CAF de maintenir l’édition marocaine de la CAN malgré les réticences marocaines.
L’inamovible président de la CAF avait été très critiqué pour sa gestion «calamiteuse» de l’édition angolaise de la CAN. Le 8 janvier 2010, l’équipe de football togolaise avait fait les frais d’une attaque de rebelles angolais du front de libération du Cabinda qui s’était soldée par des morts et blessés.
Peu compatissant, le président Hayatou avait attribué la responsabilité de ce drame à l’équipe togolaise qui «n’avait pas prévenu la CAF de son itinéraire». Le Togo avait ordonné aux survivants de son équipe de football de déclarer forfait en boycottant l’édition angolaise de la CAN. Alors qu’il leur avait affirmé que le Togo ne serait pas sanctionné, Hayatou avait annoncé que ce pays était redevable d’une amende de 50.000 dollars et qu’il serait suspendu pour les 2 prochaines éditions de la CAN.
Nombre de détracteurs s’accordent à dire que son mode de management pose problème à l’image de certains politiciens qui persistent envers et contre tous même dans l’erreur.
Il faut dire que les enjeux financiers et politiques du football sont devenus tellement importants que certains dirigeants de fédérations se comportent comme de véritables chefs d’Etat.
Si le jackpot des droits de retransmission télévisés de la CAN empoché par la CAF ne cesse d’augmenter, le paradoxe est que cela empêche de nombreux pays africains de la suivre sur le petit écran.
La CAN est devenue un véritable business dont on ne connaît cependant pas le coût et surtout les gains. Pourtant, ailleurs qu’en Afrique, les états financiers des confédérations étrangères sont publics et même ceux de la FIFA sont disponibles.
Dans son communiqué du lundi 3 novembre, la CAF a sommé le Maroc de donner sa réponse définitive avant le 8 novembre prochain.
En cas du maintien du refus marocain d’accueillir la CAN du 17 janvier au 8 février, la CAF a prévu de trancher le mardi 11 novembre pour trouver un plan B lui permettant d’engranger les dividendes attendus de cette grand messe du football africain.
Les recettes de la CAN constituent une part majeure des budgets de la CAF, dont une partie est reversée aux fédérations membres. Les recettes de la CAN sont faites de billetterie, de droits télévisés et enfin de sponsoring. Les droits télévisés prévus pour la prochaine CAN sont de près de 50 millions de dollars. Les montants du sponsoring de la prochaine édition ne sont pas connus mais ce qui est sûr, c'est qu'un report ou une annulation sont une catastrophe sur le plan financier. Pour la CAF d'abord, pour les sponsors ensuite.
Les enjeux financiers du football international -africain ou pas- les enjeux politiques du football, sa capacité à mobiliser les foules et à renforcer les cohésions nationales, sont tels que le foot aujourd'hui est devenu plus puissant que les politiques et passe avant le principe de précaution, censé être sacré dans le domaine sanitaire.
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