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ECONOMIE

Maroc, pays émergent : les solutions des experts pour réduire les inégalités

Devenir un pays émergent en réduisant les inégalités sociales constitue un défi abordé par le discours royal du 20 août dernier. Voici ce que pensent de cette problématique les économistes Eric Maskin, Michael Kremer et Michel Aglietta.  

Maroc, pays émergent : les solutions des experts pour réduire les inégalités
Jamal Amiar
Le 27 août 2014 à 12h50 | Modifié 11 avril 2021 à 2h36

Comment la globalisation et l’enrichissement des nations peuvent mieux bénéficier au plus grand nombre est une problématique principalement abordé par Eric Maskin et son confrère Michael Kremer de l’université de Harvard.

En substance, comme cela vient d’être exposé ce mois-ci au séminaire de Lindau (Allemagne) consacré à la science économique, les ressources humaines compétentes et préemptées par les firmes multinationales dans les pays en développement voient leurs salaires augmenter. Les travailleurs qui le sont moins sont ignorés et leurs salaires stagnent, voire baissent.

Eric Maskin a développé une théorie comprenant quatre groupes qui rassemblent travailleurs formés et non formés que l’on retrouve dans les pays développés et les pays en développement ; deux groupes de travailleurs et deux groupes de pays. Ne pas être formé ou compétent ici ou là est préjudiciable aux revenus, quelque soit le cas de figure. La théorie de Maskin est basée sur le « matching » le rapprochement et/ou la compatibilité entre travailleurs formés et travailleurs non formés en pays développés et en pays en développement.

La théorie n’est pas encore complètement affinée, faute de données disponibles sur tous les pays de la planète, mais on peut mesurer les inégalités grâce à l'index GINI. Celui-ci, présenté dans le CIA World Facts Book, révèle qu’accroissement des richesses n’égale pas une répartition plus égale. Il permet également de constater qu’il est difficile d’avoir des statistiques fiables dans plus de la moitié des pays de la planète.

En substance, plus l’index GINI d’un pays est proche de zéro, moins il y a d’inégalités. On devine ici que l’on parle des pays scandinaves et de la moyenne des pays de l’UE en général. Les Etats-Unis et la Chine font partie des pays où les inégalités sont cependant importantes. Plus qu’en Europe, moins que dans la plupart des pays émergents. Aux Etats-Unis, 1% des Américains détient 20% de la richesse du pays. 1% des 320 millions d’Américains se partagent 20% d’un PIB de 17.000 milliards de dollars.

Sur un classement de 141 pays, le Maroc (chiffres de 2009) avec un index de 40,9 occupe une 54ème place. « Il fait mieux » que les Etats-Unis, 41ème en la matière, ce qui montre la relativité de certaines statistiques et index.  

La Suède avec un index 23 est 147ème et l’Afrique du Sud avec un index de 63,1 est 2ème. Le Brésil est 16ème avec un index de 51,9. Plus vous êtes loin du premier rang, mieux vous vous portez sur le plan des inégalités sociales.

Eric Maskin reconnait lui-même l’aspect incomplet de ses recherches tout en les jugeant comme allant dans la bonne direction. Il dispose cependant d’une certitude : «Apprenez, et vous serez moins inégaux » affirme-t-il, titre d’un article qu’il publie sur un blog consacré au libre-échange. « La main-d’œuvre non formée dans les pays en développement a besoin d’une meilleure éducation, assène-t-il. 38% des adultes africains est analphabète et ce taux dépasse les 50% dans une poignée de pays. Avec de meilleures compétences, les travailleurs pauvres seront plus attractifs pour les entreprises multinationales, qui leur proposeront de meilleurs salaires (…). Si plus de gens étaient intégrés dans la mondialisation, affirme Maskin, les inégalités chuteraient ».

Eric Maskin confirme ainsi le cas de l’Amérique latine qui a vu les inégalités se réduire depuis les années 1990, l’imputant à de meilleurs taux de scolarisation. Ceux-ci sont passés de 30% dans les années 1970 à 88% aujourd’hui. Selon le Centre pour le développement global (Centre for Global Development), « la baisse des inégalités dans la distribution des revenus du travail des adultes est déterminée, entre autres facteurs, par la quantité et le changement des coûts en matière éducative ». M. Maskin note que malgré la hausse des aides au développement au cours des 20 dernières années, la part allant à l’éducation est en baisse.

Education, éducation, éducation

La vision de Michel Aglietta sur cette problématique exprimée dans un entretien au Monde (hors-série Bilan du Monde, édition 2014) est plus macroéconomique, plus globale sans s’éloigner de celle de M. Maskin. Chercheur au CEPII parisien (Centre d’études prospectives et d’informations internationales), M. Aglietta considère que « la capacité des Etats à réallouer des ressources aux biens publics et au travail est la clé menant à une nouvelle étape du développement mondial ». Comment ? Pour lui, les pays émergents doivent trouver « un nouveau régime de croissance », moins dépendant de la conjoncture dans les pays développés, celle-ci étant marquée par un chômage massif, une croissance faible et une crise écologique.

Interrogé sur le fait de savoir quelles seraient les caractéristiques de ce « nouveau régime de croissance », M. Aglietta indique qu’ « il ne peut y avoir croissance soutenue à long terme sans nouvelle mutation technique, et donc sans investissements dans des innovations susceptibles de répandre des gains de productivité dans tous les secteurs d’activité, comme l’ont fait la machine à vapeur ou l’électricité ». A ce sujet, une étude (riche en savoir) du McKinsey Global Institute publié en mai 2013 avait répertorié et  analysé un ensemble de technologies disruptives et leur impact sur la richesse globale et la création d’emplois.

Sur l’Afrique et la Chine, M. Aglietta met en avant les exigences suivantes :

-investir dans les biens publics dont la santé et l’éducation, surtout celle des femmes pour faire baisser le taux de fécondité ;

- permettre une accumulation progressive du capital et des gains de productivité pour encourager l’esprit d’entreprise ;

-protéger les jeunes entrepreneurs grâce à des politiques macro-économiques de maintien de taux de change réels sous-évalués et contrôlés ;

-soutenir le secteur manufacturier ;

-s’ouvrir vers l’extérieur en favorisant l’export.

Pour M. Aglietta, « les pays d’Asie de l’Est ont su réaliser ce parcours, surtout la Chine ». Coûts politique et humain inclus ?


 

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Jamal Amiar
Le 27 août 2014 à 12h50

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