Bac marocain en français, un premier bilan encourageant
EXCLUSIF. Un an après le lancement de l’expérience pilote du baccalauréat marocain en français, le bilan d’étape dressé par le ministère est plus que prometteur. Voici les principaux éléments soulevés lors de l’évaluation, ainsi que les témoignages d’enseignants participant à l’expérience.
Annoncée comme une révolution dans le domaine de l’éducation au Maroc, le baccalauréat section internationale option langue française a tenu ses promesses. En effet, même si l’évaluation quantitative ne peut être faite qu’au terme de la troisième année de lycée, cette entrée en matière donne une première idée.
Au niveau qualitatif, plusieurs postulats figés se sont confrontés à la loi de la réalité.
Fouad Chafiqi, directeur des curricula au ministère de l’Education nationale, ne cache pas son étonnement: «nous avons surestimé les problèmes liés au passage d’une langue à une autre. La transition s’est faite naturellement, en douceur.» Etonnant lorsqu’on sait que l’une des principales causes de déperdition du lycée vers la faculté est due au manque de maîtrise de la langue.
M. Chafiqi tient un début d’explication: «le problème de l’utilisation de la langue est lié à la complexité des concepts scientifiques qu’elle véhicule. Concrètement, au lycée, les étudiants construisent leurs bagages en connaissances élémentaires, ce qui leur permet de s’adapter plus facilement à la nouvelle langue d’enseignement.»
Cette raison n’est pas la seule, car il faut revenir à l’origine de la composition de ses classes pilotes. A ce propos, M. Chafiqi nous déclare que la liste des candidats au bac option française a fait l’objet d’une étude préalable et d’une sélection, de manière à s’assurer que les étudiants seront en mesure de suivre normalement leurs cours.
«Les candidats au bac option français sont classés selon un grille bien déterminée. Nous les avons classés, en leurs attribuant une note qui se compose de 50% de la note obtenue dans la langue française à la troisième année de collège, à laquelle s’ajoute une autre moitié formée par la moyenne de quatre matières: l’arabe, les mathématiques, la physique et chimie et les sciences de la vie et de la terre,» nous dévoile Fouad Chafiqi, qui insiste sur le caractère optionnel de ce baccalauréat.
D’autres sources confirment le haut niveau de maîtrise des techniques de la langue. C’est le cas de Latifa Kourki, professeur de langue française au Lycée Moulay Youssef à Tanger, pour qui «malgré quelques différences de niveaux entre les étudiants, le niveau global de maîtrise de la langue française était très satisfaisant» ce qui lui permettait de transcender l’enseignement pur et simple de la langue vers la généralisation de la lecture. «Chaque étudiant avait un livre dans son sac» nous raconte-t-elle.
L’un des éléments catalyseurs de la réussite de la classe pilote réside dans la dynamique qui s’est créée autour des étudiants. «Nous avons réussi à faire évoluer cette classe, grâce principalement à l’implication et à l’assiduité du corps professoral. Cette rigueur se manifeste par une coordination ponctuelle et régulière» nous déclare de son côté Saïd Izaran, professeur de physique-chimie dans le même lycée, avant d’ajouter fièrement: «d’ailleurs, l’élève qui a décroché la première note en première année de lycée à Tanger est issu de la classe pilote. Il a obtenu une note de 19,18/20.»
Il est à noter au final que l’évaluation globale de ces classes pilotes se fera au terme de l’année scolaire 2015/2016, au moment où les premières promotions du baccalauréat option langue française passeront les épreuves finales. D’ici là, l’expérience sera élargie à d’autres lycées à partir de la prochaine rentrée scolaire.
Le ministère de l’Education nationale semble adresser un message clair: il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin.
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