Rapport annuel de Bank Al-Maghrib: le Maroc doit allier les objectifs de compétitivité et de redistribution
La banque centrale recommande d’accélérer de nombreuses réformes en cours - justice, fiscalité, compensation, régionalisation – et de revoir plusieurs dossiers parmi lesquels l’éducation et les stratégies sectorielles.
Bank Al-Maghrib (BAM) vient de publier son rapport annuel 2013. Au-delà du bilan chiffré que nous avons déjà présenté dans nos colonnes et du satisfecit d’usage à l’égard de la résilience de l’économie dans un contexte difficile, BAM se penche sur les maux du Maroc et propose des remèdes à mettre en œuvre pour que le pays transforme le potentiel qui est le sien en développement économique et social.
Continuer à redresser la situation des finances publiques
En 2013, les autorités nationales ont réussi à réduire le déficit budgétaire de 2 points de pourcentage à 5,5%, notamment grâce à la réforme de la compensation et à une maitrise des dépenses d’investissement. Mais les efforts d’indexation doivent être poursuivis et élargis.
La masse salariale constitue, selon BAM, une source de vulnérabilité budgétaire. Pesant 11,3% du PIB, elle est l’une des plus élevées de la région Mena. Malgré le programme de départ volontaire de 2005, entre 2006 et 2013 les effectifs ont augmenté de 9,2% et les dépenses de personnels de 52,6%. Le revenu moyen d’un fonctionnaire marocain équivaut à 4 fois le PIB par habitant, contre 1,4 en moyenne dans les pays à revenu moyen.
Tandis que les dépenses augmentent, les recettes notamment fiscales se tassent sous l’effet des difficultés économiques des entreprises et de la levée progressive des barrières douanières. Cela conduit le Trésor à accroitre ses levées sur le marché intérieur avec pour conséquence une dégradation des conditions de financement. La dette du Trésor a franchi le seuil symbolique des 60% en 2013.
Les chantiers de réformes urgentes à mettre en œuvre
Malgré les bons résultats de l’année 2013, l’économie marocaine a besoin d’un effort de consolidation interne et pour cela il lui faut mener à bien les grands chantiers de réformes en cours :
-Les retraites, l’une des réformes les plus urgentes ;
-La régionalisation avancée, qui permettra d’améliorer la démocratie locale et participative ;
-La justice, pour améliorer l’Etat de droit et le climat des affaires, domaine dans lequel le Maroc accuse un certain retard ;
-La réforme fiscale, puisque malgré l’imposition ciblée et progressive de l’agriculture en 2013, beaucoup de propositions ayant fait l’objet d’un consensus lors des dernières assises de la fiscalité restent à mettre en œuvre pour une meilleure intégration des activités informelles. Outre l’impact sur les recettes fiscales, cela permettra d’améliorer les performances globales de l’économie et la qualité de l’emploi ;
-La gouvernance des finances publiques : la Loi organique relative aux finances publiques, en cours d’adoption par le Parlement, est certes une avancée car elle permettra d’améliorer l’efficacité budgétaire, mais elle doit être renforcée par un élargissement de son champ d’application, le renforcement de la discipline budgétaire et plus de rigueur dans la gestion des comptes spéciaux du Trésor ;
-La compensation, dont il faut accélérer l’élargissement pour instaurer la réalité des prix tout en mettant en place des filets sociaux pour protéger les populations les plus vulnérables. Cette réforme devrait permettre de dégager un espace budgétaire pour accroitre l’investissement dans les infrastructures et le développement humain ;
-Le système éducatif doit également faire l’objet d’une profonde réforme car en dépit d’améliorations quantitatives, sa qualité et son efficacité laissent à désirer. En effet, dans le système d’éducation fondamentale, avec une durée moyenne de scolarisation de 4,4 années le Maroc se classe derrière la moyenne des pays d’Afrique subsaharienne (4,7 années) et celle des pays arabes (6 années). Quant au système de formation professionnelle, il n’y a qu’à constater le taux de chômage des jeunes qui en sortent pour s’interroger sur sa qualité et sa capacité à répondre aux besoins du marché du travail.
Développer le secteur privé en s’appuyant sur les TPME
Le développement d’un tissu de très petites, petites et moyennes entreprises (TPME) est incontournable pour créer les emplois nécessaires à une croissance plus inclusive. Mais l’une des mesures essentielles pour y parvenir est la facilitation de l’accès au financement. C’est dans ce but que BAM a mis en place un fonds de soutien pour les TPME ainsi qu’un observatoire pour accompagner ces entreprises.
Revoir les stratégies sectorielles
Le bilan en demi-teinte des stratégies sectorielles amène à s’interroger sur leur cohérence ainsi que sur les conditions de leur élaboration et de leur mise en œuvre. BAM pointe du doigt la nécessité de définir des objectifs réalistes, de mobiliser les moyens adéquats et de pratiquer des évaluations de ces stratégies. Elle recommande à ce titre la création d’une agence indépendante d’évaluation des stratégies sectorielles pour en améliorer l’efficacité.
L’avenir du Maroc est en Afrique
Selon BAM, face aux difficultés pour réaliser l’intégration régionale au sein du Maghreb et à l’atonie de la croissance en Europe, l’orientation du Maroc vers l’Afrique subsaharienne pour un partenariat de co-développement se confirme comme étant une option stratégique de premier ordre.
Face à cette ambition de devenir un hub régional, la question de la flexibilité du régime de change revient sur le tapis. Cependant, cette flexibilisation doit se faire prudemment après la réalisation d’un certain nombre de pré-requis et en suivant un calendrier précis.
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